vendredi 15 avril 2016




Keboemen

26 mai 1935

Et voilà, nous sommes au soir d’un beau dimanche.
Nous avons passé un dimanche tranquille. A midi nous avons eu une rijsttafel excellente, sinon très variée, seulement 12 plats. Nous avons fait une photo de la table, j’espère qu’elle aura réussi. A 5 heures nous avons eu un bon game de tennis et maintenant chacun est assis dans son coin à écrire, le radio et Tipsy entre nous deux.

lettre 87

Merci beaucoup pour ta lettre 87, Mamali, et pour le bout de Chüggou (Louis). Alors mon vieux, tu es à Londres, ou plutôt à Birmingham en ce moment. J’ai beaucoup pensé à toi pendant ce weekend. Oui, tu as raison, profites-en de ton temps en Angleterre. J’en ai aussi rapporté des souvenirs uniques, malgré tout. Je vais écrire à Claude que tu y es. Ils sont à Yeovil, une grande fabrique d’avions. Peut être que Teddy t’invitera une fois à monter en avion avec lui, car Claude m’a écrit qu’ils volaient quelques fois le dimanche, en privé donc. Je me réjouis de recevoir de tes nouvelles de là-bas, bien détaillées, n’est-ce pas ? Cela me rappellera mon bon vieux temps, ayant aussi été à Birmingham plusieurs fois.
Chaggu (Charlot), vous êtes les trois à St Gall (loge chez Tata), chanceux, vous. Je peux bien penser le bon temps que vous avez. Est-ce que tes études te plaisent là ? (économie). Et les copains ? Dis Tata, tu ne le gâteras pas trop, sans quoi il ne restera plus rien pour moi quand je reviendrai.
Mais maintenant il faut que je vous avoue quelque chose. Une chose qui m’a fait dire – m… de plusieurs fois, une chose qui m’a fiché malheur, j’en aurais bien pleuré. C’est que, bah, merde va, mon petit paquet, vous savez bien, mon petit paquet que je vous annonçais si joyeusement, eh bien, ce petit paquet en ce moment n’est pas dans les malles de Voskuil, mais il est ici, sur mon bureau. Je l’ai reçu en retour mardi passé, alors que ma lettre à vous venait de partir. C’est la fille aînée de Mme Voskuil qui m’a écrit. J’avais envoyé le paquet à son adresse, une plantation de sucre près de Kediri. Ce petit paquet est arrivé trop tard, les Voskuil étant déjà partis pour Batavia, et trop tard même pour leur être envoyé au bateau, car cette plantation Kwarasan est très isolée et le service postal doit ressembler à celui de Sutz. Je regrette maintenant de ne pas avoir envoyé les quelques petites choses que j’avais achetées d’abord, au lieu d’attendre ce type pour en avoir encore plus. C’est foutant ! Enfin, je vais chercher quelqu’un d’autre à qui je puis le donner.  Mais c’est dommage, car l’occasion était unique avec les Voskuil, vu qu’ils venaient à Bienne. Enfin, ce sont des choses auxquelles il faut aussi savoir s’habituer, mais cela me fait rager, surtout parce que je vous en ai informé. Si je n’avais rien dit, l’ennui ne serait pas si grand. Enfin, ne m’en voulez pas et ne soyez pas trop désappointés. Zut, va.
Revenons à du plus gai. Ces jours j’ai reçu un mandat postal pour verser le montant de mon abonnement au Jardin des Modes et Chic et Pratique, pour la saison 35-36. Je n’avais pas l’intention de le renouveler, cet abonnement, ayant encore beaucoup de modèles que je n’ai pas fait, et ces modèles sont tellement bien, qu’ils peuvent très bien servir pour deux ans ici, mais voilà que mon Buby, mon vieux bandit, a vu ce mandat et l’a payé de son compte privé sans prendre garde à mes protestations. Vous pouvez penser comme je suis contente, car cela m’enchante de continuer à recevoir mes journaux favoris.
Cette semaine j’ai aussi reçu réponse du Jardin des Modes à ma demande de renseignements sur ces mannequins idéals. Ils m’ont écrit une lettre très aimable et donné un prospectus avec toutes les explications nécessaires. Je n’attends maintenant plus que l’avis de Hedy. Dans une lettre précédente je t’avais demandé, mamali, d’en parler à Hedy et de me rapporter ce qu’elle pensait de ce mannequin. Si tu peux, demande aussi l’avis de la Denderli. Pour épingler l’étoffe on doit fixer des bandes de tissus sur la carcasse. On peut donc former ce mannequin sur le corps même, et l’on peut l’employer pour plusieurs personnes, pouvant toujours le former à nouveau d’après n’importe quel corps. Buby a dit qu’il fallait sûrement que je l’achète, mais je n’aimerais pas me décider avant d’avoir entendu l’opinion de Hedy ou de la Denderli, qui ont peut être des objections que moi je ne suis pas assez routinée pour découvrir. Stpl. mamali, n’oublie pas de m’informer là-dessus. Je pensais avoir ta réponse par ta lettre 87, mais tu n’en dis encore rien. Ce sera peut être dans la prochaine lettre si tu ne l’as pas oublié.
Buby est devenu un expert à ce radio je vous dis, il trouve des stations, c’est formidable, la Russie, la Sibérie, enfin tout, c’est fantastique, toujours sur les ondes courtes bien entendu. Tu sais ce qu’ils jouent souvent? Le Yankie duddle dande, yankee duddle keep it up, etc. C’est toute une chanson, qui est aussi traduite en hollandais.
Mardi passé madame Engelhart a passé la journée ici pour converser en anglais, et mardi prochain, c’est moi qui vais à Premboen, le matin tôt déjà, pour toute la journée. Je m’en réjouis, cela me fait aussi du bien de parler anglais un peu car avec Buby je ne parle que hollandais maintenant.
Et mes chers, je n’ai fait que parler de moi, et vous tous vous allez bien, j’espère. Mon pauvre cher Faaatherli, je vais encore t’en envoyer de ces racines (akar bahar, voir lettre du 29.4.35), tu verras cela va t’aider. Alors Stern est chez vous. Vous lui donnerez nos salutations et lui direz que nous nous verrons une fois à Tokyo !
Les Engelhart ont reçu les offres de leur bureau de voyage pour le tour du monde, en première et deuxième classe combiné selon les lieux et circonstances, bateau, chemin de fer, hôtels, le tout par personne revient à Fl. 1300.00, ce qui fait environ Frs. 3000.- bien comptés. Allons, Max et Tata, décidez-vous, car ce n’est vraiment pas cher et songez qu’à Keboemen, grande Metropole, vous aurez Koscht u Logie frei, sogar ohni Trinkgäut !!! Verbleibsdauer unbegrenzt. Hajo ! Einsteigen i Züri füfzg u furt, dertdüre fertiggesputzt. (logés, nourris, blanchis, sans pourboire, durée illimitée, en voiture et vogue la galère)
Cette semaine j’ai bien avancé, coupé des pyjamas, une jupe, un kimono. J’ai donné deux pyjamas en molleton à mon type qui les a bien cousus, pour 75 cents la paire Maintenant je vais lui donner ceux en soie, et moi je me mets aux robes.
Mes chers, je ne sais pas si j’arriverai encore à ajouter quelques mots avant mardi.
votre Ge…
(Mamali, tu fais au moins bien circuler mes lettres, car je pense à chacun en les écrivant.)







Keboemen

20 mai 1935

Mes bien chers

Vite quelques mots pour accompagner les petites photos. Aujourd’hui au lieu d’écrire, je me suis fait un pyjama. Samedi j’ai fait le pantalon et aujourd’hui la veste. C’est un record pour moi, de l’avoir fini aussi vite, mais aussi j’en ai un terrible besoin, n’ayant plus une pièce entière.
Samedi les Engelhart sont venu écouter le match Hollande – Angleterre. Il n’a commencé qu’à minuit, de sorte qu’ils ne sont partis qu’à 3 heures du matin. Dimanche toute la journée on était foutus de sommeil, de mauvaise humeur et je n’avais aucune envie d’écrire. Vous me pardonnerez, et aussi pour ces prochaines semaines, mais cela prend tellement de temps de faire de la lingerie et des robes.
Une bonne nouvelle. Les Engelhart iront peut être en Europe, soit en septembre 35, soit en avril 36. Ils iront par la Chine, le Japon, l’Amérique et reviendront par l’Afrique pour faire le tour du monde.  Ils m’ont tout de suite dit qu’ils te prendront avec, mamali. Est-ce que cela te chante ? Ils jugent nécessaire d’aller voir leur fils âgé de 17 ans. Il paraît qu’il a beaucoup changé ces deux dernières années qu’il est en Hollande, et maintenant il veut devenir aviateur. Les parents ne sont pas trop d’accord, c’est pourquoi ils veulent aller causer avec lui et se rendre compte de quel côté il tourne, leur Boy. Ah oui, ce sont quelques fois des problèmes difficiles pour les parents ici, surtout cette séparation d’avec les enfants justement à un âge aussi critique.
M. Elout est parti vendredi matin. Bien qu’il ait été une visite très agréable, nous sommes tout de même contents de nous retrouver les deux, mon Buby et moi. Je suis contente qu’il se soit plu ici chez nous, en tous cas, la sympathie est assez bien établie entre nous trois.
Alors vous avez loué le Chalet. Qu’est-ce qu’ils en disent les garçons ? Nous ici, nous trouvons que vous avez eu raison de le faire, vu que vous n’êtes que les deux seuls, et du moment que vous pourrez y passer vos weekend, Sutz ne vous manquera pas trop. Oui, oui, bien des choses changent dans la vie !  J’espère tout de même que le bon vieux temps reviendra une fois et que nous serons tous réunis au Chalet une fois de plus !
Je suis si contente que j’aie pu donner quelques petites choses à madame Voskuil pour vous tous. Ce sera un peu un dédommagement pour la brièveté de mes lettres ces dernières semaines avant Soerabaya. Tu ne t’en feras pas si une fois tu ne recevais pas de lettre pendant une semaine. Tout va bien ici. Nous entrons de nouveau dans la saison sèche, les matins sont comme en septembre chez nous, mais ces dernières nuits il y a eu un clair de lune tel que je n’aurais jamais rêvé qu’il put exister. Le charme des nuits ici ne peut pas se décrire.
Madame Engelhart viendra peut être ce matin pour rester toute la journée et parler anglais. Maintenant qu’ils ont ce voyage en perspective, elle viendra une fois par semaine pour renouveler ses connaissances d’anglais. Ce sera un grand plaisir pour moi, car on s’entend toujours mieux.
Hier je me suis acheté un beau crêpe de chine, uni, rose-mauve, un peu cyclamen, une couleur qui me va très bien. J’en ai 3.50 m. pour Fl. 1.80. Je me réjouis de faire la robe. J’ai aussi vite été en ville hier soir avec la Rickshaw et nous avons acheté du molleton rose et bleu, avec de petites fleurs pour 2 paires de pyjamas. Je fais faire les pantalons par mon zigue. C’est toi qui rirais, quand je lui dis qu’il faut qu’il les fasse assez grands à une certaine place. Après cela, je vais lui faire faire des soutien-gorge !!! Je pense qu’il se fiche copieusement de moi, mais comme il ne le laisse pas voir, je m’en balance.
Ah, je viens de recevoir les photos, elles sont affreuses et tu vas de nouveau te faire un tas d’idées. Je regrette seulement que la plupart soient si foncées, mais on en prendra encore ! Madame E.  trouve que j’ai engraissé, il y avait environ un mois qu’elle ne m’avait plus vue. Mes chers, je vais terminer. J’aurais encore un tas de choses à vous dire, mais diable, rien ne me viens à l’idée en ce moment et une fois que la lettre sera loin, je pourrai me fâcher. Mes bien chers tous, portez-vous bien
votre    Ge…

P.S. Mamali, tu fais au moins bien circuler mes lettres, n’est-ce pas ? Je pense à chacun et chacune quand j’écris, mais ne puis plus le faire séparément. Tu ne m’en voudras pas, Tatali, hein, parce que je n’ai pas encore répondu à ta bonne lettre.

mercredi 13 avril 2016





Keboemen

20 mai 1935

A sa maman

Nous avons reçu ta lettre 86 hier seulement, car l’avion en partant de Bagdad a rencontré une tempête de sable qui l’a fait retourner à Bagdad, de sorte qu’il a eu un jour de retard.
Maintenant, vite, avant que je l’oublie : J’aimerais que tu demandes à Dr Rummel qu’il écrive ce que j’ai eu comme maladie, cette certaine fois. (encéphalite, mortelle habituellement en 1922) Il y a déjà longtemps que je voulais toujours te demander cela, mais chaque fois j’y pensais quand la lettre venait de partir. Rummel est maintenant le seul dr. qui me connaisse encore de ce temps là. Je n’ai aucune raison spéciale de te demander cela, mais c’est seulement une précaution, car souvent encore, les médecins ne veulent pas croire que j’ai eu cela et un écrit pareil, où Rummel explique ma maladie pour un médecin (nous n’avons pas besoin d’y comprendre quelque chose, nous le savons bien) pourra peut être m’être utile plus d’une fois s’il me fallait consulter un spécialiste etc. Tu comprends, moi je ne peux pas expliquer cela si bien, et encore chaque fois que j’en ai parlé ici à un dr. il me regarde avec un air incrédule, et en dedans de lui, je suis sûre qu’il pense que j’exagère. Je te dis encore une fois, je n’ai aucune raison spéciale pour te demander cela maintenant, mais Rummel est déjà vieux et je voudrais avoir cette attestation avant qu’il soit trop tard. On ne sait jamais. Tu peux très bien demander cela à Rummel, il comprendra très bien. Je leur ai une fois écrit une carte, donc tu n’as pas besoin de te gêner.

Alors c’est fait ! Le Chalet est loué ! Je ne savais pas trop bien ce qui m’arrivait en lisant cela dans ta lettre, cela m’a donné un mal du pays fou pendant toute la journée, mais comprends-moi bien, je trouve que vous avez tout à fait raison de l’avoir fait. Surtout, ainsi tu n’auras plus tant de visites et tu pourras vivre pour toi cet été, si tu t’y prends intelligemment, c’est à dire si tu peux t’empêcher de trop t’occuper de ces gens et de leur vie, comme c’est l’habitude à mynes Mamms qui doit toujours gâter quelqu’un. Mais peut être, c’est presque sûr, les expériences Brero etc, t’ont changée et que tu penseras un peu plus à toi-même. Je suis si contente que tu aies gardé les deux chambres au soleil, et ma chère galerie. Ah, ce que j’ai rêvé là-haut, tous mes rêves de jeunesse de jeune fille, ensuite à  Buby, et tu sais le reste ! Et ce que j’en ai joui de ma chaise longue, de la vue sur le lac, des belles après midi, les belles soirées, oh ce que j’en ai joui…Et nous deux, last but not least, nous en avons aussi passé de belles après midi là-haut, seules les deux. 
vue ouest

Bah, je ne veux pas trop y penser. Je te raconte cela, mais dis toi bien que pour rien au monde je voudrais encore être à Bienne sans mon Buby. Ah, non, je suis bien trop heureuse ici, mais tu comprends, j’ai aussi été complètement heureuse à la maison, alors le souvenir, de temps en temps, revient très fort. D’ailleurs, quand j’étais encore à Bienne, j’avais aussi de ces moments-là, auxquels je ne pensais et ne rêvais qu’à Buby. Tu t’en rappelles bien, pas ?  Bah, la nature humaine est ainsi faite.
Comme il faut encore faire une photo pour terminer le film, Buby est justement en train de me prendre, et j’espère que les photos seront prêtes assez tôt pour pouvoir encore les joindre à ma lettre. Ainsi j’aurai une excuse de ne pas écrire la lettre circulaire famille et n’écrirai que celle-ci. Si je n’ai pas de photos, je vais écrire une lettre, car il faut toujours sauver les apparences pour St Gall.
Ce sont eux (Tata et Max Haury) qui vont faire des binettes quand ils ne pourront plus venir se prélasser à Sutz ! Oh, tu sais, je te l’accorde que tu n’aies plus de household à Sutz et plus de visites, du moins plus autant. Oscar aussi trouve que vous avez eu parfaitement raison de louer, mais nous trouvons les deux que le prix est trop bas pour un parc pareil. Mais n’est-ce pas, les Locataires n’osent rien changer au jardin, ne pas abattre des arbres ou quoi que ce soit sauf l’entretenir ? Ecris-moi sur ce point stpl.
vue est

 C’est vrai, si vous l’aviez loué au type de la General Motors (de 1935-1975 grande fabrique à Bienne), le chalet serait resté une propriété distinguée, mais je pense que vous n‘auriez pas pu y demeurer en même temps, tandis que maintenant c’est devenu un peu un manoir paysan. C’est dommage pour le parc, mais tant pis, tu peux en jouir, c’est donc le principal. Comment peux-tu penser que je ne sais plus ce que c’est qu’un Stöckli ! (petite dépendance d’une ferme). Je suis bien loin de la Suisse, pour longtemps, mais je n’oublie pas ce qui est essentiellement suisse, penses-tu, je n’y ai pas vécu 25 ans pour ensuite l’oublier en deux ans !
Cette noce d’Irma a dû être rudement moche, bon sang ! malgré toutes les belles toilettes. Oui, c’est cette Emmy dans la voiture avec Irma, mais est-ce qu’ils n’ont pas décidé avant ce jour, pour savoir qui se mettrait ensemble dans les voitures ?
Flock n’a pas écrit non plus pendant très longtemps. Il n’y a que la semaine passée que j’ai reçu une courte lettre d’elle. Je ne crois pas qu’elle ne t’a pas écrit à cause de cela, d’ailleurs elle ne pouvait pas s’attendre à ce que tu lui fasses encore un cadeau, mais il ne faut pas oublier qu’elle aussi maintenant doit d’abord s’adapter à un nouveau milieu.

Maintenant écoute :
J’ai donc donné aux Voskuil
1. un petit panier en écaille, avec un bord en argent ciselé, 2 pieds, tu le garderas pour toi si cela te fait grand plaisir, autrement tu en feras cadeau à Tata.
2. une grande broche en argent ciselé, mat, oxydé, motif de la ciselure : poupée de wajong. Cette broche est  pour toi.
3. une broche idem, mais plus petite, motif de la ciselure : paons du kraton. Tu peux en faire cadeau à Fanny, Guggige ou Hedy Aberlin.
4. un bracelet en argent, formé de 9 boutons travaillé en filigrane, genre Makassar, chainette de sûreté à la fermeture. Cadeau pour Flock, tu l’enverras à ses parents à Hauterive.
5. Un pendentif en filigrane, une fleur ronde, doré
une broche idem mais de forme ovale, doré, les deux pièces pour toi
6.un pendentif en argent, filigrane, fleur ovale. Je l’ai spécialement fait faire pour toi, mamali, pour qu’il accorde avec la broche ovale, dorée. Il est pour toi.
7. un pendentif filigrane, fleur carrée, coins arrondis, argent oxydé, à Tata, Fanny ou Hedy
une broche en argent filigrane, forme assortie aux pendentif, mais pas oxydé, tu peux soit donner les deux pièces ensemble, soit les donner séparément à Tata, Fanny ou Hedy.
8. un petit pendentif arg. en filigrane, forme ovale. Pour Fanny ou Giggerli.
9. 2 boutons de manchettes argent, filigrane, fleurs carrées. Pour qui ??? Réfléchis, il n’y en a pas 4 pièces, il n’y en a que deux, donc une paire !!!

Si tu donnes le petit panier à Tata, tu ne lui donneras rien d’autre, si non tu pourrais lui offrir les No. 7, donc le pendentif et la broche. Enfin, ne te presse pas de distribuer les choses. Garde-les un peu vers toi, et décide-toi lentement. Ne les leur donne pas à choisir, car alors tu n’en finiras plus et elles ne seront pas contentes avec ce qu’elles auront. C’est des femmes, je connais cela ! Je te laisse distribuer ces choses, cela te fera sûrement aussi plaisir de le faire et d’avoir quelque chose à donner, seulement les choses que j’ai indiquées comme étant pour toi, seront pour toi, et tu ne les donneras pas. Ces pendentifs en filigrane ne se font qu’en argent, sans quoi je les aurais achetés en or pour toi, mais au lieu de cela, je les ai fait dorer ici. Madame Voskuil en avait aussi un quand elle est venue nous rendre visite, c’était si joli. Le sien était aussi doré ainsi. Papali pourra très bien les donner à dorer de nouveau. Les boutons de manchettes aussi, il faut les dorer, c’est plus joli. Il n’y a que les choses oxydées qu’il faut laisser comme elles sont. Si tu trouves nécessaire, tu pourras aussi donner quelque chose à Mina. Enfin, arrange-toi et fais comme tu le juges bon. Si tu trouves que je devrais encore donner de ces choses à quelqu’un d’autre, alors écris-le moi. Tu n’oublieras pas de m’écrire à qui tu as donné telle et telle pièce. Cela m’intéresse. J’espère que ces choses seront de votre goût et qu’elles vous feront plaisir. Les Voskuil sont donc partis jeudi passé, le 15 mai, et débarqueront en Europe dans les premiers jours de juin. Je ne sais pas où ils débarquent, mais ils nous ont dit qu’ils passaient par la Suisse cherche Itje (leur fille) avant de rentrer en Hollande. Peut être qu’ils ne feront que passer à Bienne entre deux trains, de sorte que tu devras aller à la gare, ou je ne sais pas. Enfin, tu seras sûrement renseignée, soit par Itje, soit par eux-mêmes. Concernant la Mexolie, tu hurleras avec les loups, chez les Voskuil, mais tu ne diras pas ce que nous pensons d’Elout etc. Cela ne regarde plus Voskuil, il est dehors maintenant et nous, nous devons nous adapter aux nouveaux venus. Naturellement tu leur laisseras sentir que nous regrettons notre ancien directeur, ce qui est vrai d’ailleurs, mais entre parenthèses nous sommes aussi contents du nouveau vent qui souffle. Voskuil ne semble pas avoir été sans tort maintenant que nous avons entendu l’autre cloche aussi ! Enfin c’est un méli-melo.
J’ai eu beaucoup à faire par la présence d’Elout, mais je suis bien contente qu’il ait été ici cela donne du changement. Une chose qui m’a fait bien plaisir c’est qu’il ne pouvait pas sentir la Rickschaw. Il prétend qu’on ne pouvait pas appeler cela une femme ! Il ne voulait pas aller leur faire de visite mais enfin le dernier soir il y est allé, pour me faire plaisir, m’a-t-il dit, et surtout pour ne pas nous causer des ennuis, après, une fois qu’il serait loin, car je lui ai un peu raconté. Une fois là, chez les Röhwer, ils l’ont retenu à souper, alors voilà notre Elout qui nous écrit un billet, avec une bonne excuse, et il nous écrit : They want to keep me here for super ! Say the word ! Il voulait que nous lui donnions une excuse pour revenir mais nous ne l’avons pas fait, parce que nous n’avions rien d’assez bon pour faire cela, et nous ne voulions pas faire enrager les Röhwer. Quand Elout est revenu, il était furieux contre nous, par ce que nous l’avions laissé chez les Röhwer toute la soirée. La fin de l’histoire, c’est que nous avons été nous promener au clair de lune, les trois, avec Tipsy, laissant la maison grande ouverte !!! Le djongos étant déjà rentré. Nous avons chanté et bien ri. Elout a quelque chose de NöggNögg, un tête calée enfin, il me rappelle un peu mes Nöggi, et cela suffi pour que je ne le trouve pas antipathique.  D’ailleurs il a été très correct, très agréable pendant tout le temps, et nous sommes maintenant de bons camarades. Je crois que lui m’estime aussi assez. Il semble beaucoup apprécier Oscar, en tous cas il lui a montré une confiance énorme. Les Röhwer en ont de nouveau été bien jaloux et le vieux a cherché à faire du tort à Buby en allant raconter à Visser que Buby n’avait pas agi correctement avec un chinois qui avait à faire  Röhwer. Heureusement que Buby a pu prouver les contrare. Visser connaît bien Buby aussi et ne se laisse pas influencer par ce vieux gaga de Röhwer, mais ce sont de sales gens. Elout a aussi donné raison à Buby. Par devant je suis toujours gentille avec eux, ne t’en fais pas, j’ai bien appris à être fausse, d’ailleurs nous ne nous fâchons plus du tout à cause d’eux, au contraire on en rit. On rit surtout de leur immense jalousie. Avec cela nous continuons d’être heureux les deux.
Voilà Buby qui revient pour finir la lettre à papa W. ce sera de nouveau une chasse ce matin jusqu’à ce que le courrier soit loin ! Maintenant tschau!



lundi 11 avril 2016






Keboemen

13 mai 1935


Oui, c’est vraiment le 13 aujourd’hui pour la maîtresse de maison Woldringh. Un 13 mêlé, car du plaisir elle en a aussi eu. Elle vient de recevoir un gentil petit paquet avec un beau soulier bleu marin qui lui va comme un gant et un bas qui n’est pas mal du tout, quant à la couleur. J’en ai beaucoup de plaisir, et te remercie de tout cœur. Je ne sais pas si ce soulier vient de Banely ou si c’est un cadeau de toi, enfin mes chaleureux remerciements à qui ils reviennent. J’en suis excessivement contente, car ces sortes de souliers sont très chers ici. De recevoir ce paquet m’a un peu adouci mes misères de la matinée.
Ecoutez donc : d’abord en inspectant la lessive de hier, j’ai trouvé des pièces mal repassées qu’il a fallu retourner. Ensuite les nouvelles pincettes m’ont taché tout ce qu’elles ont touché, et principalement les pantalons et vestons de Mr. Elout. J’arrive à la cuisine, la baboe vient me dire qu’elle avait laissé tomber le fer à repasser, il est cassé et plus raccommodable, il y avait 10 jours que je l’ai acheté. Ensuite elle me montre une paire de pantalons de Buby, les derniers neufs cela va de soi, une chemise, et des caleçons de dessous de Mr. Elout, qu’elle a simplement laissé « brûler » en les cuisant un peu !!! Elle a essayé d’abord de faire partir les taches, avec cela elle a perdu un temps fou et maintenant elle est en retard une heure pour son dîner. Les hommes attendent, ils baillent, ils ont faim et ne peuvent pas manger. J’ai bien été aider à la cuisine, et en revenant dans la voorgalery j’ai taché tout le tapis ayant du charbon à mes semelles !!! quel jour, nom d’une pipe. J’ai aussi trop eu d’épinards ! et je n’ai pas d’entremets ! Oh lalala, Zut, dans la vie faut pas s’en faire, mais c’est embêtant tout de même.

Vous savez, je n’arrive pas à vous en écrire long cette fois-ci. Toutes mes matinées se passent à la cuisine, au ménage quoi. Il ne faut pas m’en vouloir, mais je ne suis pas disposée à écrire aujourd’hui et serai contente quand, ce soir, je me mettrai à ronfler à la rencontre du 14 !
Samedi soir nous avons eu les Visser à bridger, et hier soir nous avons écouté le match HollandeBelgique, 2 – 0, les trois assis en pyjamas autour du radio. Nous avons soupé à 11 ½ heures. Le matin Mr. Elout est allé chez les Visser, Buby l’a suivi et la conséquence a été qu’ils sont restés à bridger de nouveau jusqu’à 2 ½ heures de l’après midi. Je les avais rejoint à 1 heure, et nous sommes enfin rentrés pour manger à 3 heures.. Les trois hommes ont énormément bu, toujours du Bols (alcohol fort hollandais), à la fin ils se sont mis à lutter et Buby a presque démis le bras de Mr. Elout avec un coup de jiujitsu. Vendredi soir, Mr. Elout a soupé chez les Visser, alors Mr. Visser a voulu embêter son chien et lui a enlevé l’os que ce dernier rongeait. Le chien est devenu furieux et a mordu Visser à 20 places différentes, et dans la lutte corps à corps, Mr. Visser est tombé sur des cailloux et s’est blessé à la tête. Oh, je vous dis, cela a été toute une histoire. Nous étions déjà au lit, mais en entendant crier Mme Visser, j’ai vite été à la fenêtre et j’ai vu toute la lutte. C’est déjà la troisième fois que cela leur arrive.

J’ai mis ma robe de Hedy ce soir, alors la Rickshaw, cette chère enfant, a lâché son chien pour qu’il vienne devant notre jardin et elle l’a suivi. J’ai voulu entamer une petite conversation avec, faisant les semblants de ne pas deviner son manège, mais quand elle a eu un bon coup d’œil rinceur, cela lui a coupé la parole. Il y avait justement un colporteur qui me faisait la scie, un blanc, avec les cheveux rouges et un nez juif, je lui ai acheté des lames de rasoir, et pendant que j’étais occupée avec lui, la Rickshaw, s’est retirée dans son jardin, où elle va digérer sa petite jalousie. Bon, voilà les hommes qui reviennent.
Bon sang, ma lettre ne contient pas beaucoup d’intéressant ni de nouvelles, mais cette semaine il ne s’est rien passé de spécial les jours ont filés je me suis débattue avec les dîners à cuire. Oui, j’ai commencé de me couper une robe de crêpe de chine noire, pour toutes les occasions. Je la fais toute simple, je la porterai une fois avec le capeli en dentelles reçu de Hedy, et une autre fois avec le beau nœud en satin changeant jaune-orange de ma vieille robe de bal. Ce nœud, je le piquerai aux côtés comme une des robes de la princesse Marina (de Kent) que j‘ai vue dans le Sketch. Avec le reste de ma robe en tull, je vais me faire un grand cape. Je garderai les volants les uns sur les autres, tels que Hedy les avait mis sur la robe. Tu vois ce que cela donnera, pas ? Ainsi je pourrai une fois bien employer cette toilette monstrueuse qui prend tant de place dans mon buffet.
A toi aussi, mon Faaatherli, je voulais écrire spécialement, mais je n’y arrive plus. Merci pour tes lettres que j’aime toujours tant. A ce que je vois Brero reste donc à Lattrigen ? Il ne part pas dans le canton de Berne, quelque part comme maman l’avait écrit ?  Oui, je crois que tu n’as pas été sans apprendre une petite leçon avec lui, profites-en, hein ? Dis, tu donneras mes amitiés à Mottet, il y a si longtemps que je lui dois une lettre.
Des photos vous en aurez. Que vous preniez la loupe pour étudier cette sale g…le, je ne puis pas le comprendre, est-ce donc si intéressant que cela ? Enfin, c’est une raison de plus pour que je me fasse bien photographier une fois, car vous méritez bien de voir ma binette heureuse. Seulement n’oubliez pas que je ne suis pas photogénique et que 9 fois sur 10 je ne serai pas réussie. Les photos vous parviendront par prochain courrier, car elles n’ont pas pu être terminées pour aujourd’hui.
J’envoie ce jour une deuxième série de cartes postales de Keboemen, par bateau. La prochaine fois,  ce sera le tour à tes timbres. Le mois passé on a perdu pour Fl. 5.50 de timbres, achetés pour notre courrier, de sorte qu’il a fallu compter un peu !!!
Toujours votre vieille Ge….. et son Oscarli




dimanche 10 avril 2016




Keboemen

4 mai 1935


A sa maman
Nous avons donc bien reçu tes deux lettres no 83 et 84. La 84 nous venons de la recevoir ce soir, donc par le courrier par avion du samedi soir, normal. Oscar n’a pas reçu de lettre, car papa Woldringh est maintenant en voyage et nous a avertis qu’il n’aurait pas le loisir d’écrire pendant une ou deux semaines.
Nous avons eu beaucoup de plaisir à lire les manœuvres de Lölö (son frère Louis). Comme je puis bien me l’imaginer dans son tank...
J’ai reçu les photos maintenant, je les aime beaucoup et j’en ai eu un immense plaisir. De même qu’à la grande de vous trois, et ce que j’aime bien la regarder, il me semble alors que vous êtes tout près de moi avec vos gentilles expressions et vos bons sourires, vous êtes bien les trois.
Je t’écris à toi ce soir, et lundi, si j’y arrive, j’écrirai une lettre pour la compagnie. Demain dimanche nous aurons la visite des Erkelens et de Elout, qui viendront tous les trois de Tjilatjap. Ce n’est pas une visite qui m’enchante beaucoup, ni Oscar, mais enfin, on saura bien se tirer d’affaire.
Comment vas-tu maintenant et qu’a dit le médecin ? Oui, mamali, tu as raison de me dire tout, je l’apprécie beaucoup. Pourtant j’aimerais bien que tu me racontes encore un tas de choses de toi. Est-ce que tu as vraiment maigri ? Tu as eu raison de ne plus aller chez Rummel. Est-ce que ce Huber est sympathique ? C’est donc ton cœur qui te joue des tours ? N’est-ce pas que tu fera attention maintenant, et tu ne diras plus : schysse, wenn i Freud ha, wott i Freud ha, und cha mer der räschte id Schueh blose !  (dialecte bernois: merde, quand j’ai du plaisir, je veux du plaisir et pour le reste tant pis !) Vois-tu chacun doit s’imposer des restrictions dans la vie, aussi quand on est jeune. En tout cas, moi, je fais aussi déjà attention de manger et de me conduire sainement, pas d’excès en quoi que ce soit. Il te faut bien t’observer, bien te soigner. Maintenant que les garçons seront de nouveau loin, tu pourras te payer de vraies vacances cet été. Il n’y aura heureusement plus de Brero pour qui travailler. Tu as raison si tu te la couleras douce, mais attention, si la Gretula change et devient très gentille avec toi, cela sent du Sutz, des bains et des visites avec ses amies ! Comme il y a quelques années, te rappelles-tu ? Cette fois-ci tu seras ferme et tu ne te laisseras pas imposer des visites. Envoie-les au diable ou plus loin encore, mais pense à toi cette fois-ci.
Vois-tu il fait si beau être seule avec soi-même et toutes ses pensées et ses souvenirs. Moi, je ne m’ennuie jamais, jamais, et je sais que toi non plus tu ne t’ennuies jamais. Oui, on a bien de temps en temps envie de voir quelqu’un, de parler, d’échanger ses idées, mais après il fait beau tout de même de revenir à sa solitude. Au moins là on ne dit pas de mal et on peut laisser libre cours à ses pensées !

plage près de Cilacap

Nous sommes donc resté à Tjilatjap jusqu’à mercredi matin. Le mardi, après que les lettres aient été mises à la poste, nous sommes tous partis à la plage. Mr v.T. avait fait un petit bateau pour sa fille et nous voulions aller l’essayer. Buby n’a pas baigné, j’avais oublié son costume et nous n’avons pas pu en emprunter un, de plus il était de mauvaise humeur parce que nous l’avions fait venir avec nous. Donc moi, je baignais avec mr. et mrs. V.T. A un moment donné nous voulions essayer le bateau qui chavirait toujours. La petite en était effrayée et ne voulait pas y entrer. A la fin, c’est moi qui l’ai essayé et nous avons bien ri, car je ne pouvais jamais tenir l’équilibre. Après moi, c’est le gros v.T. qui y est entré. Je tenais le bateau jusqu’à ce qu’il soit assis dedans, ensuite je voulais le pousser pour lui donner de l’élan. Les premiers 3 mètres tout allait bien, quand tout à coup, plumps, le bateau se retourne comme un gant et v.T. disparaît sous l’eau comme un sac de pommes de terre. Moi je n’en pouvais plus de rire, il faut te dire que nous étions à la plage fermée, donc pas dans la mer ouverte. Une fois qu’il était hors de l‘eau de nouveau, il m’a offert d’y entrer de nouveau dans ce charrette de bateau, et tu sais que moi, j’aime bien m’amuser. Donc j’y entre et je me mets à ramer et à faire le guignol. Ensuite j’ai voulu en sortir pour y laisser entrer une petite fille. C’était difficile de sortir de cette coquille, j’avais une jambe dehors, et voulais justement sortir l’autre quand une vague fait bouger le bateau et le lance de toutes forces entre les jambes écartées. Tu peux te penser le mal que cela m’a fait. J’ai vu toutes les étoiles !!! Sitôt que j’ai pu, je suis sortie de l’eau et suis allée m’habiller. Je saignais un peu mais ne savais pas d’où... Ce n’était pas beaucoup, mais cela m’a fait peur tout de même. Outre cela, j’étais éraflée et j’ai encore maintenant un gros bleu, mais cela ne fait plus mal. Les deux premiers jours, j’avais bien de la peine à m’asseoir, oh, c’était drôle à voir, on peut bien dire que j’avais le c… enflé, haha.
Dimanche.
Il est déjà midi et nos visites ne sont pas encore arrivées. Heureusement que je n’ai que la rijsttafel, je n’ai pas à me fâcher à cause d’un dîner mal réussi, c’est seulement la baboe qui aura eu un travail fou pour rien. Tant pis, elle se consolera en recevant tous ces restes s’ils ne viennent pas. Et maintenant revenons à nos moutons.
Irma Hadorn. Je lui ai envoyé un joli petit abat jour en peau de waterbuffalo, finement découpé et pein. Un travail spécial de Djocja. Il m’a coûté Fl. 1.75, ce n’est pas trop cher, mais l’abat jour vaut mieux que son prix, seulement ce type qui le vendait avait besoin d’argent, et comme il pleuvait et faisait justement un terrible orage quand il était ici, je lui ai permis d’attendre ici que la pluie cesse un peu, c’est aussi pourquoi il me l’a donné en fin de compte pour ce prix si bas. Tu ne le diras pas à Irma, sans quoi elle ne l’appréciera pas.
Quant aux chapeaux de la petite Descoeudres, attends encore un peu. Je peux me procurer une forme ici, je sais ce qu’elle entend, mais je veux encore un peu étudier la chose et m’orienter à Soerabaya. D’abord je veux mettre en ordre l’affaire du buste. Qu’est-ce que Hedy en dit ? Je sais maintenant qu’il coûte Frs.Fr. 195.--, en longueur spéciale. Tu sais, on peut l’adapter exactement à son corps, ce qui est extrêmement pratique. Est-ce que Hedy trouve aussi que ce serait quelque chose pour moi ?

Lundi matin.
Nos visites sont arrivées hier vers 1 heure, et nous avons mangé à 3 heures ! Passé une belle après midi, joué au tennis, fait aller le gramophone, dansé, enfin quoi, nous nous sommes assez bien amusés. Le soir après souper, les Erkelens sont retournés à Tjilatjap. Alors que mr. Elout a demandé s’il ne pouvait pas dormir ici, vu que l’hôtel était si loin. Nous comprenons cela très bien et j’ai vite fait mettre en ordre ma chambre de visites. Je ne sais pas combien de jours il restera ici. Il est si simple et je ne fais pas du tout de chiqué, mais tu comprends cela donne à faire tout de même, il faut surveiller mes zigues car je veux que tout soit bien fait. Je suis si contente de toutes les visites que nous avons eues à la maison, tu ne peux guère te rendre compte, mamali chérie, combien cela me facilite les choses d’être habituée aux visites.
Maintenant vite encore le plus important.
Merci pour les bas que tu m’enverras, donc ces 4 paires. J’en serai très contente, car je n’en ai plus une paire d’entiers, sauf les deux que je viens de recevoir. Merci aussi pour les souliers je me demande s’ils m’iront ?
J’aimerais bien que tu me racontes ce que Hedy va me faire, que tu sois un peu plus exacte, car je ne peux souvent pas bien imaginer ce que tu veux dire. J’essaie naturellement de deviner, mais c’est quelque fois difficile, il te faut penser que je suis loin de tout et plus trop au courant de ce qui se porte. Par exemple je ne sais pas ce que tu vas me faire faire, si c’est une robe, une jupe de satin et une casaque, se composant avec ce cape, ou si ce cape fait partie d’une autre toilette. Tu mêles tout, ce que Hedy fait à Tata, ce qu’elle pense me faire, ce que je désire, ce que tu penses, bref c’est un peu une salade, et le temps presse de sorte que nous ne pouvons pas passer notre temps à écrire pour nous entendre. Voici donc ce que je comprends d’après ta lettre 84 et tes descriptions :
Tu as l’intention de me commander chez Hedy une petite robe se composant d’une jupe ne satin, avec casaque. Probablement cet ensemble sera en deux couleurs, noir et blanc, etc. Si c’est en deux couleurs, j’aimerais bien noir et blanc.  Si c’est en une couleur, je préfère ficelle clair, une couleur avec laquelle je puis porter un chapeau noir en paille luisante.
Ce qui me rend le plus service, c’est une robe ou un ensemble que je puis porter l’après midi à Soerabaya, donc en ville, aller au restaurant, il faut que ce soit chic, mais assez simple pour que je puisse le porter sans jamais être déplacée n’importe où que j’aille. Tu comprends ?
Dans cette idée là, j’aimerais donc aussi une petite robe en tissu lavable, soit de Bötschi, soit de Hedy, ou de n’importe qui. Une petite toilette gentille, me seyant bien pour être jolie quand je sors avec Buby qui sera très bien en uniforme blanc.
Toi et Hedy, je sais que vous m’aimez bien, et que les deux, vous me voulez bien habillée, mais il ne faut pas vous laisser tenter par un joli modèle excentrique. Cela revient trop cher et aussi ne me rendrait pas autant service que ce que je décris plus haut.
Maintenant en choisissant les tissus, pensez bien qu’il ne faut pas de tissus trop difficiles, vu qu’ils souffrent beaucoup ici par le soleil, la transpiration. Si c’est possible, toujours du lavable soit à la benzine, soit à l’eau froide.
Je vous rappellerai aux deux que j’ai horreur des manches kimono ne permettant pas de lever les bras librement. N’oubliez pas qu’ici il fait toujours beau temps, chaud aussi et qu’on ne peut pas supporter de ces façons qui ne permettent pas l’aisance des mouvements.
J’aimerais bien que tu donnes ce bout de lettre à lire à Hedy, ou que tu lui en fasse la lecture elle saura bien me comprendre. Je ne vous demande que d’observer ces quelques points, pour tout le reste je vous laisse libres me fiant à votre bon goût. Mes mesures n’ont pas changées, sauf pour les hanches, il faut compter 102 cm. Donc là où le füdi (derrière) ressort le plus. Ces 102 cm sont bien comptés mais tu sais que je n’aime pas qu’on voie trop les fesses.
Sitôt que m. Elout sera loin, je vais prendre un homme pour coudre, car depuis 15 jours je n’ai qu’un pyjama qui soit encore un peu présentable, tout le reste est en morceaux, déchiré, en mille haillons, c’est honteux.
Il est lundi soir.
Vite encore quelques mots.
Cette après midi il est de nouveau venu un Javanais avec de l‘argenterie se faisant à Djocja. J’ai acheté quelques petits bijoux pour Floc, Tata et Fanny et la Giggerli, et naturellement aussi pour mon Faaather. Enfin, j’en ai profité puisque madame Voskuil se charge de vous les apporter. J’en ai acheté pour une trentaine de francs, c’est encore Buby qui m’a encouragée pour en acheter autant, et c’est lui qui paye la moitié de son privé. Cela c’est pour vous tous. Oh, je vous dis, il est gentil mon bandit. Moi, si j’avais été seule j’avoue que je n’en aurais pas acheté autant, tu sais bien que je ne puis pas dépenser, moi ! Enfin,  je suis très contente, ainsi au moins vous aurez enfin quelque chose de moi. Dans ma prochaine lettre je te dirai ce qui est pour toi et à qui tu dois donner le reste. Maintenant je n’ai pas le temps.
Buby et Elout se tordent de rire en lisant des blagues d’étudiants. Quand je m’approche, ils tournent les pages et se taisent, et comme j’ai été à bonne école pour cela, je me retire. J’aime autant car cela me permet de vous écrire et puis j’ai bien appris de toi, il faut laisser les homes seuls souvent. En ce moment ils sont assis là à la voorgalery, les têtes ensemble comme des gamins d’école et ils rient tant que j’en ris aussi. Je suis si contente pour Buby qu’il ait quelqu’un qui le change du vieux Röhwer. Elout a dit que nous ne resterons plus trop longtemps à Keboemen, en tout cas pas plus d’une année, ensuite il faudra qu’on sorte qu’on puisse se mêler à des jeunes, vivre un peu quoi. Moi je laisse faire je suis encore bien heureuse ici avec mon Buby, seule, seulement on ne peut pas rester ainsi, de peur de devenir asocial.





jeudi 7 avril 2016


"Tjilatjap" et île Kambangan 

Tjilatjap

29 avril 1935

Qu’est-ce que tu auras pensé, quand tu n’as pas trouvé la petite enveloppe bleue au casier (de la poste), comme d’habitude ? J’espère seulement que tu ne t’es pas fait trop de soucis pendant cette dernière semaine. J’inclus ici ma lettre du 22 avril. Je l’avais fait porter au bureau par mon djongos qui l’a déposée là, pendant l’absence de notre petit chinois, Liang, le jeune si dévoué à Buby, et voilà que les autres chinois, jaloux de Liang, ne l’ont pas averti que ces lettres étaient là et qu’elles devaient partir. Ainsi il les a trouvées trop tard, le train était déjà loin, et vers midi il est venu vers moi, me raconter l’histoire et me suppliant de ne rien dire à Oscar aussi longtemps qu’il était encore au lit, car alors Toean (Tuan, Master) se fâcherait et ne guérirait pas si vite. Je lui ai promis de garder le secret jusqu’à ce qu’Oscar serait mieux, et le jour avant que Buby retourne au bureau je le lui ai dit. Il s’est naturellement fâché et il a engueulé ces zigues au bureau, de la belle manière. Au fond cela ne servait pas à grand’chose, les lettres n’étaient pas parties, et la déception vous était causée.
Une fois pour toutes, mes chers tous, ne vous en faites jamais quand pendant une semaine vous ne recevez rien, voyez-vous le courrier dépend de tant de circonstances souvent imprévues. Cette semaine par exemple, nous n’avons pas encore reçu vos lettres non plus, car l’avion a eu une panne de benzine, je cois, et arrivera aujourd’hui seulement, au lieu de samedi, donc avec trois jours de retard. Et comme vous voyez, nous sommes de nouveau à Tjilatjap, depuis hier après-midi. Buby est naturellement tout à fait remis et nous venons d’apprendre qu’ici à Tjilatjap tout le monde a eu la même chose. Il doit y avoir eu qq.chose dans l’eau ou dans le lait, je ne sais pas, mais enfin, tout est bien qui finit bien. Oscar est furieux d’être ici, car nous soupçonnons que Elout, a plutôt été faire la noce à Bandoeng au lieu d’aller en tournée, et pour des choses pareilles, Oscar n’entend pas plaisanter et venir perdre son temps ici alors qu’il a la fin du mois à liquider à Keboemen. Ce Elout, pendant la semaine qu’il a passée ici, s’est terriblement fait décrier, c’est un type excessivement câlé, mais un noceur, il peut boire comme un trou sans jamais rien en ressentir (comme René) et il fait la cour à toutes les femmes. La fois passée il a aussi voulu entamer un flirt avec moi, mais je l’ai gentiment éconduit. C’était en rentrant du Soos en auto, il a voulu commencer par me tenir les mains, etc, mais la Nägeli n’est pas faite de ce bois-là, raison de plus qu’elle est mariée maintenant, et aussi je ne vais pas faire cela avec un des supérieurs de Buby, que l’on rencontrera encore souvent, et aussi en compagnie de sa propre femme. Enfin, il a été un peu piqué au moment même, je crois plutôt qu’il a eu un peu honte, car il m’a ignorée pendant un bon moment, mais le jour après il a de nouveau été très aimable flirtant avec la femme à Erkelens, et traitant Madame Woldringh as a lady ce qui m’a fait bien plaisir, et à Buby aussi. Ach, tout comprendre, c’est tout pardonner. Ce Elout est un jeune type encore, de l’âge de Buby, auquel son nouveau poste de directeur est un peu monté à la tête. Il est aussi parvenu dans ses manières, mais si lui ne sait pas bien rester à sa place, moi je le saurai et ne me laisserai pas prendre comme la petite Erkelens, qui en ce moment est avec eux à Bandoeng. Vous pouvez vous penser le reste. Elle ne sait pas garder les distances non plus, appelant Elout par son nom, lui disant Luusbueb (coquin), etc. en hollandais naturellement.  Avec cela elle se croit beaucoup plus intelligente que la « Matam » Woldringh, mais rira bien qui rira le dernier. Elout nous respecte et a bien vu que je n’étais pas aussi bête que j’en avais l’air, il n’est pas bête, vous savez. Sa femme est avocate mais elle est en Hollande pour le moment ! Il m’a déjà dit qu’il me l’amènerait aussi à Keboemen, une chose qu’il ne dira sûrement pas à la petite Erkelens !!! En tous cas, mes chers, je suis bien contente d’être française, d’être welsche, je suis élastique, souple, je sais que je saurai très bien m’entendre avec Elout, cela sera comme avec Schwab dans le temps, une fois qu’ils savent à quoi ils en sont les types, ils se montrent de leur côté intéressant, pour le reste ils trouvent assez de femmes. C’est ce pauvre Erkelens qui doit toujours conduire l‘auto ou s’asseoir devant avec le chauffeur !!! pensant que les beaux yeux de sa femme lui procureront de l’avancement. En attendant les circonstances semblent bien lui être favorables, car Mr. Hoekmann, le nouvel administrateur de Tjilatjap, à peine installé, en est déjà reparti, et voilà la fabrique sans administrateur. De nouveau. Nous ne savons pas au juste pourquoi H. est parti. Il sera placé à Batavia, au bureau central. Nous croyons qu’il manquait de confiance envers lui-même. C’est un célibataire, et je crois qu’il broie un peu du noir, c’est un type du genre de Buby, tranquille et comme il faut, qui ne pouvait pas se trouver bien dans le cours d’eau de Tjilatjap.
Pour le moment les choses sont donc de nouveau indécises avec la Mexolie. Nous viendrons tous les 10-15 jours à Tjilatjap, chaque fois qu’Erkelens devra se rendre en tournée. Il a bien des chances de devenir administrateur, vu que maintenant c’est un des plus anciens dans la société. Ce sera embêtant pour les v.Tinteren qui ne s’entendent pas bien avec, mais nous aussi avons peur d’être placés ici comme comptable sous Erkelens. Autant que j’aime Tjilatjap, autant que je crains de devoir y venir sous ces conditions-là, surtout pour Buby. Mais enfin, cela ne sert à rien de s’en faire, tout arrivera comme cela devra. Dans la vie, surtout dans la vie ici aux Indes, il ne faut jamais se faire de souci pour quoi que ce soit, oh, tout s’arrange toujours ici, d’une manière ou d’une autre, mais tout finit toujours par s’arranger. C’est connu.
Samedi soir nous avons été à Premboen, soirée de tennis. Les Engelhart étaient vite venus me le dire quand Buby était encore au lit et moi je devais le dire plus loin, aux Röhwer etc. Entre temps nous avons demandé au Dr. Peddemors s’il voulait aussi aller à Premboen, car naturellement il connaît les Engelhart. Le Dr. a accepté avec plaisir et nous lui avons demandé si nous pouvions monter dans sa voiture, ce qu’il a aussi accepté avec plaisir. Les choses étaient donc réglées, et le vendredi soir quand j’ai été demander à la Rickshaw quelle réponse je devais donner aux Engelhart, elle m’a de nouveau dit : - oh, nous ne savons pas encore si nous y allons ou pas, enfin, les Engelhart le verront bien si nous arrivons. Moi j’ai répondu, bon, en tous cas, nous y allons sûrement. - Oh, oui ? Comment y allez-vous alors ? – Oh, nous sommes invités par le Dr. Peddemors ! Vous auriez dû voir la gueule qu’elle a poussée mais ils ont tout de même eu assez de caractère pour ne pas venir à Premboen. Quant à nous, nous nous sommes bien amusés, avons fait de nouvelles connaissances et sommes surtout contentes de connaître les Peddemors. C’est un jeune ménage, 2 enfants, très sympathiques. J’ai demandé à madame si elle aimerait venir jouer au tennis chez nous vu que le tennis du club était si éloigné de leur maison. Maintenant, aussitôt que nous serons de retour à K. nous demanderons à rendre visite aux Peddemors, pour entrer en relation correctement, et ensuite nous aurons de la compagnie. J’aime bien la jeune femme, elle doit avoir été institutrice, elle est aimable, mais franche et saine d’esprit. C’est une vraie femme de médecin, qualité appréciable, c’est une Hollandaise, une femme qui a suivi son mari aux Indes comme moi, qui a quitté sa famille. Nous avons passé les deux par les mêmes émotions, nous avons en beaucoup de choses les mêmes intérêts, c’est comme ici avec Wies, de sorte que je me promets beaucoup de cette nouvelle relation. Oscar aussi s’entend bien avec lui, et il y a encore un jeune docteur célibataire qui vient d’arriver pour remplacer Dr. Vonck. Nous jouons tous au tennis et nous allons bien nous amuser. Vous voyez donc qu’il y a toujours quelque chose qui bouge chez nous, et ainsi le temps passe, c’est effrayant.
Bientôt nous partirons pour Soerabaya, dans 2 mois, 8 semaines, un rien de temps.
Si Hedy a quelque chose en petite robe, il faudrait pas attendre trop longtemps avant de me les envoyer, car il faut penser que les paquets prennent toujours 5 semaines environ pour me parvenir, et après il faut encore que je les couse, ce qui ne va pas si vite non plus. Si tu trouves quelque chose en petite robe d’après midi, simple, mais élégante, en tissu de coton par exemple. C’est toujours frais, joli, cela se lave, c’est propre, jeune et aéré. Surtout pas de tissus trop cher ou trop compliqué, trop fin. Pensez, la robe bleue, ma jolie robe bleue de Max, elle ne tient pas. Je l’ai lavée deux fois jusqu’à présent, seulement à l’eau de savon froide, mais vu que le tissu est tissé très vaille, il se déchire à toutes les coutures, pourtant je les ai faites à 1 ½ cm du bord. Grâce aux restes que tu m’as envoyés, je peux bien la rapiécer, mais ce n’est plus la même chose, tu comprends. C’est Buby qui la regrette tant, cette petite robe, il me trouvait si bien avec. Pour venir ici j’ai mise celle de Hedy, la sable avec la corde comme ceinture. Elle a eu beaucoup de succès, mais je dois encore changer qq.chose aux manches que je n’ai pas cousues soigneusement. Nous sommes partis de Keboemen hier, dimanche après midi à 3 1/4 heures, mais à 3 heures je repassais encore cette robe ! Enfin, n’est-ce pas je puis compter sur toi et sur Hedy pour m’envoyer deux petites toilettes d’été, des petites robes simples, faciles à porter et surtout pas trop chères. J’aimerais beaucoup du blanc, vu que la teinte me va bien et que Buby se promènera aussi en uniforme blanc, alors tu comprends !!!
Le blanc est toujours distingué mais il faut qu’il soit lavable, à l’eau.
Conradus Woldringh 1935


Samedi soir et à midi déjà, nous avons entendu par radio que papa Woldringh s’était donc retiré des affaires (membre du conseil d’administration de la Banque centrale des Indes Néerlandaises). C’était drôle d’entendre la lecture de cette dépêche et de penser qu’il s’agissait de Fatherli.
Il part cette semaine depuis Keboemen, un petit paquet pour mon Faaather, alias cher vieux macaroni. Le petit paquet contient 2 bracelets noirs que tu mettras immédiatement autour du poignet et que tu n’enlèveras plus, en aucune occasion. Ce sont des racines, nommées akar-bahar, qui doivent contenir des substances de radium et qui sont excellentes contre les rhumatismes. 
bracelet Akar Bahar
Vous savez que moi aussi je porte un de ces bracelets, et vraiment je n’ai presque plus jamais à me plaindre de rhumatismes. Ici, il y a beaucoup de monde qui jure par cela, moi je n’y croyais pas au commencement, mais j’ai été obligée de changer d’avis. Elles ont une force mystérieuse ces racines, et les Javanais les estiment beaucoup. Je t’en ai envoyé deux, Papali, parce que je n’ai pas pu m’en procurer une grosse. Il te faut les porter les deux, et après 1-2 mois, tu verras que tu ne souffriras plus tant. Papa Woldringh les a aussi longtemps portées dans le temps. II te faudra avoir soin que les deux bouts se touchent toujours cela doit faire contact Pour les courber tu n’as qu’à les tenir au-dessus d’une flamme pas trop grande, et à la chaleur elles se laissent former à volonté. Elles ne brûlent pas, c’est justement à cela qu’on voit si elles sont vraies, car il y a aussi beaucoup d’imitations. Sitôt que j’en trouverai de plus grandes, je te les enverrai. J’espère que tu n’auras pas de douane à payer. Elles viennent de Bali, ces racines et d’une certaine place ici à Java, mais je ne sais pas au juste d’où. (plante originaire des Iles Moluques)



Je me réjouis de trouver vos lettres en rentrant, car elles sont toujours attendues avec plaisir. C’est pourquoi je puis bien me représenter ta déception, et à vous tous vraisemblablement, vu qu’on y compte sur les petits papillons bleus.

Princesse Juliana 1935

Nous venons d’apprendre que demain c’est jour férié, anniversaire de la princesse Juliana (future reine de Hollande et grand-maman de l’actuel roi Wilhelm-Alexander). La fabrique ici ferme et nous aurons donc aussi congé. Nous avons l’intention d’aller baigner tous, et d’en faire une bonne journée à la plage. Cela nous fera du bien.
Oscar vient d’avoir un téléphone de Bandoeng pour demander si tout allait bien, et je pense que nous resterons jusqu’à mercredi ou plus tard, jusqu’à la rentrée de ce trio noceur.
Oh, encore une nouvelle ! Vous ne savez pas, mais mon Buby commence sérieusement à envisager l’achat d’une petite voiture qui permette d’avoir un peu plus de liberté dans nos mouvements, surtout si nous restons encore à Keboemen. Maintenant que nos expériences sont faites, que nous connaissons le terrain sur lequel nous avons à marcher, nous ne voulons plus avoir une vie si isolée, cela a plus de désavantages que d’avantages, et nous ne voulons pas passer pour deux vieux originaux. Enfin, on verra. En tous les cas, ce sera John qui sera chargé de nous dégotter une voiturette mangeant peu de benzine, pour Fl. 100.-. à 200.-. Vous savez que l’impôt sur les voitures est aboli maintenant ici, et c’est le prix de la benzine qui a augmenté, de sorte que l’on ne paye que si l’on emploie la voiture. Enfin, ne va pas avoir peur que nous nous lancions trop à faire les grands. Non, nous serons toujours prudents, mais n’oubliez pas qu’une auto ici avec ces immenses distances est plutôt une nécessité qu’un luxe. Ce n’est pas la même chose qu’en Suisse, et puis il faut aussi penser que nous sommes jeunes et qu’il nous faut sortir un peu aussi, nous n’osons pas encore perdre l’habitude du monde. Je me demande ce que vous en pensez, toi Faaather, quelle est ton opinion ? Il ne s’agirait que d’un achat comptant, pas de dettes, en aucun cas.
Ce mois d’avril ne sera pas bon non plus, comme salaire. Nous ne recevons que Fl. 25.-. environ, mais les mois suivants seront meilleurs, selon toutes prévisions.
La prochaine fois j’espère que je pourrai vous écrire plus tranquillement et mieux.