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dimanche 12 février 2017




Kediri

27 décembre 1938

Mes bien chers,
Encore vite un mot avant que 1938 soit tout à fait passé. J’ai reçu la lettre de Charlot ce matin, avec les salutations et les bons vœux de Loulou aussi, merci, merci de tout cœur, Mynes Mamms, m’a aussi gâtée avec les bas et la petite chemise pour Oscar que j’ai reçu ensemble ce matin. Merci mille fois. La petite chemise est bien telle qu’il les porte ici, mais alors sans manches. Je suis justement en train de découdre les manches, alors cela lui fera un très bon vêtement. Quant aux bas, ils sont un peu trop épais, et puis la couleur n’est plus moderne en effet. Tu sais, le matin je ne porte jamais de bas, il fait trop chaud, et puis c’est plus sain et plus sportif d’avoir les jambes et souvent aussi les pieds nus. Et le soir quand je veux faire du chiqué, je mets des bas, mais alors ils doivent être jolis comme en Europe, tout à fait à la mode. Vois-tu, ne t’en fais plus pour moi, étant près de Soerabaya, je n’ai plus aucune difficulté de me procurer quoi que ce soit. Aussi pour ces petites chemises pour Buby, la tienne est bien trop bonne, une qualité trop solide, trop comme il faut. Ici les japonais en livrent de très bonnes pour 75 cents, et quand elles sont fichues, on les met aux pattes, car on en met deux propres par jour alors ces lavages abîment bien les choses, et j’ai peur que les articles de Suisse soient tout de même trop chers pour l’usage qu’on en fait ici.
Et Noël, l’avez vous bien passé ? Oscar est parti en tournée le 21 décembre alors je suis allée chez tante Engel en même temps et je suis restée là. Le 24 Oscar est revenu en même temps que Boy depuis Soerabaya. Nous n’avons rien fait de spécial, c’était heimelig, on a fait des jeux le soir, etc. Le jour de Noël, nous avons préparé le dîner le matin, 2 oies, et un aspic etc. C’était assez difficile de composer ce menu de Noël, car oncle Engelhart est aussi au régime, et moi aussi et tante E. voulait suivre les deux régimes à la fois. Enfin, on y est tout de même arrivées, et ce qui m’a un peu fait rire, c’est que tante E. ne faisait rien sans me consulter. C’est moi qui lui ai donné les instructions pour farcir les oies, les rôtir avec des champignons, etc et pour faire l’aspic aussi. N’es-tu pas fière de ta Furzi, Mamms ?  La pomme ne tombe pas loin de l’arbre, hein ? Le soir on a allumé l’arbre, et les hommes ont fait une photo. Si elle a réussi, vous en aurez une. Puis on a distribué les cadeaux et j’ai vraiment été gâtée. J’ai reçu une belle cuillère en corne avec des motifs en argent, pour le riz, quelque chose que je vais aussi une fois vous envoyer pour vous servir votre riz le dimanche. J’ai aussi encore reçu un immense sac à ouvrage que tante E. a brodé elle-même. Buby, lui, a reçu un cendrier et un beau livre très intéressant. Moi je n’avais que des cigarettes pour les hommes Engelhart, et un fichu pour tante E. Ils nous ont vraiment gâtés, et elle avait fait venir un tas de bonnes choses depuis S’baya. Nous sommes revenus hier dans l’après midi, Oscar avec un rhume terrible qu’il a pris dimanche matin, le jour de Noël en jouant au tennis. Ce matin il avait un peu de température, mais il a quand même été travailler, et à 1 heure ils sont partis en tournée de 4 jours. Comme ils coucheront trois soirs à S’baya, j’ai décidé d’y aller aussi, et demain matin à 7 heures je vais prendre le train et je retrouverai Buby le soir à l’hôtel. Je vais surtout pour aller au dentiste, il y a mes deux dents de devant qui ont des trous.
Je vais profiter d’être à S’baya pour choisir de l’étoffe pour nos chaises du salon. Elles sont quand même trop vilaines pour encore les employer ici et comme nous ne savons pas encore quand nous pourrons venir en Europe, nous avons décidé de faire la dépense. J’espère que je trouverai quelque chose à mon goût et pendant que nous sommes encore à l’hôtel, nous avons tout le temps de faire recouvrir ces chaises. C’est le cadeau de Noël que nous nous donnons, les deux.
Quant à la Mies (fille Engelhart), je ne sais pas si elle viendra encore en Suisse. Pendant que nous étions là chez les E. ils ont reçu une lettre d’elle où elle racontait qu’elle n’avait plus de ronds et elle en demandait pour son voyage à Gênes, disant qu’elle ne pourrait même pas aller en Suisse. Les parents lui ont fait envoyer de l’argent, mais je ne sais pas ce qu’elle fera maintenant, ni si ce nouveau renfort suffira jusqu’en Suisse !!! J’espère donc qu’elle ne vous causera pas une nouvelle déception d’une manière ou d’une autre. Ce Boy, il m’a l’air assez gentil, mais je n’ai pas pris la peine d’apprendre à le connaître très bien, je lui en veux toujours de ce qu’il vous a fait quand il aurait dû venir au Chalet. Naturellement j’attends une occasion pour mettre cela au clair, avant que cette affaire soit au clair je ne tiens pas à son amitié.
 Est-ce que je t’ai seulement remerciée de ta 196, Mamms de mon cœur ? C’est toujours si bon de recevoir tes lettres, et surtout autour de Noël etc. Enfin, cette année j’ai été assez gâtée, la Bänggu, cette bonne âme, m’a aussi écrit et moi je ne l’ai pas fait, n’ayant pas eu son adresse. Je vais le faire pour sa fête. Aussi à la Giggerli, je n’ai pas écrit, mais je vais le faire sous peu. Je veux encore profiter de liquider toute ma correspondance pendant que je suis ici à l’hôtel et que je n’ai rien à faire. Maintenant les pluies ont percé, il pleut tous les jours régulièrement et le climat est redevenu normal et agréable. Je commence aussi à m’habituer à cette vie à l’hôtel et je n’y plais bien mieux que les premiers jours qui étaient affreux.
Je pense que nous irons de nouveau chez les Engelhart pour Nouvel An à moins qu’on reste ici et qu’on aille se coucher, sans fêter. J’ai su me «blinder » pour cette année-ci contre les fêtes et tous les sentiments qu’elles éveillent. Même à Noël, avec l’arbre je n’ai pas pleuré ou du moins je n’ai eu qu’une petite larme (de crocodile) au coin de l’œil. Cela sera ainsi pour la nouvelle année aussi.
Ce soir j’ai eu la visite de Hoekman, le comptable de la Mexolie, qui aurait voulu avoir la place de Buby ici. Il est venu m’apporter quelque chose, alors je l’ai invité à boire quelque chose et j’ai parlé et j’ai été amicale, en me disant : attends Bibi, on t’aura ! Il a déjà changé vis à vis de Buby et j’ai bon espoir qu’on finira bien par s’entendre, une fois que ces Sayers seront loin, et si Elout ne met pas trop les bâtons dans les roues. Oscar trouve qu’ici l’administration de la fabrique, c’est beaucoup de bruit pour peu de chose, du moins quand ces types se plaignent d’avoir tant de travail.  Je ne sais pas encore s’il a raison, l’avenir le montrera, mais en tous cas, il n’a pas peur qu’il ne puisse pas suffire à son travail. Je ne sais vraiment pas dans quel but Elout m’a dit si sérieusement qu’il avait peur que Buby ne soit pas capable de diriger Kediri. Nom d’une pipe, il y a des machinations qui ne sont pas des plus claires dans toute cette affaire.  Enfin, qui vivra verra. Mais on en a des jaloux ! Il me semble même que le père Engelhart soit un peu jaloux de Buby, car nous gagnons plus qu’eux, maintenant, et lui ne peut plus monter plus haut, étant déjà trop vieux. Tu sais, il n’est pas jaloux méchamment, non pas cela, mais un peu envieux quand même.
Dodge 1939

 Il y a aussi de quoi, quand on nous voit rouler dans cette grande voiture, et le premier janvier elle sera échangée contre une Dodge modèle 1939. Toutes les années la fabrique les reprend contre une neuve, ainsi nous roulons toujours aussi safe que possible. 
Et voilà, mes chers, vous êtes de nouveau un peu au courant de ce que je fiche, il me reste plus qu’à vous souhaiter encore une fois mille et mille bons vœux pour la nouvelle année et surtout la bonne santé à chacun de vous. Padre, mon cher vieux Macaroni, je t’envoie un bon muntschi. Aux garçons également. Comment va la main de Loulou ? Et toi, mynes Rötteli mia carissima, alias Mamms de mon cœur et Sou-Frou (sale femme), un bon muntschi aussi qui contient tout le cœur de votre Ge…. et son Buby

P.S. J’ai reçu aujourd’hui une lettre de la meilleure amie de Linette (sœur décédée d’Oscar), qui est ici aux Indes aussi. Je me réjouis de pouvoir la voir une fois.
J’ai répondu aux Gassmann (propriétaires du Journal du Jura)
Bien des amitiés à Minna !










mercredi 9 novembre 2016




Tjilatjap

30 décembre 1937


Mes bien chers Parents,
Vous me souriez si gentiment, avec tant d’affection hors du petit carton velouté ici devant moi sur la table à écrire, que je ne puis faire autrement que de vous le dire. Vos deux gentils sourires m’ont accompagnée, suivie pendant tous ces jours de fêtes et je me suis sentie si immensément riche, reconnaissante d’avoir toute votre affection et votre tendresse. Je ne peux pas vous dire, je ne sais pas vous dire tout ce que je ressens en vous regardant.
Mes Parents qui m’ont élevée, aimée, soignée avec tant d’amour pendant toutes ces années, je vous dois tant de bien, de bon et de beau, à vous qui m’avez donné un foyer où j’ai été si heureuse. Mon cœur est plein de gratitude et j’espère bien que vous le sentez, même à travers la distance.
En vous regardant comme cela, les deux gentils, et dignes, un peu vieillis depuis que je vous ai quittés, je me demande comment j’ai pu le faire, comment et pourquoi j’ai mis cette distance entre nous.
Si je vous ai quittés c’était vraiment pour suivre les lois de mon cœur et de la vie d’ici-bas. Et j’ai aussi la satisfaction de pouvoir vous dire à cœur ouvert que je l’ai fait pour être heureuse, pour trouver le bonheur. Que cela vous soit un soutien dans les moments où vous pensez à votre Pfuttlet. Elle ne vous a pas quittés pour rien, votre sacrifice n’a pas été inutile.
Mes bien chers, je crois bien que je suis un peu sentimentale ce soir. J’aimerais tant vous embrasser seulement vite, vite en cette fin d’année. Que Dieu vous protège et vous bénisse.
Oscar qui me voit pleurer en vous écrivant s’est mis au piano et me joue ce que j’aime pour me consoler. Mon Buby ! Et il réussit à me rendre raisonnable de nouveau, à me calmer, à me consoler.
Et puis l’espérance revient, on se reverra un beau jour et on en jouira. Jusque là ayons confiance en Dieu…
Et maintenant, je crois que je ne vous ai même pas encore remerciés pour votre beau cadeau. Vous ne savez pas quel plaisir vous j’avez fait. Vous êtes tellement bien tous les deux. C’est de nouveau une photo qui ne me quitte pas, aussi je la montre à tout le monde. Ainsi vous avez aussi fêté Noël avec nous, et toujours j’avais vos gentils yeux qui me suivaient par toute la chambre.
Naturellement je ne veux pas critiquer un certain menton qui a une certaine tendance à disparaître dans une deuxième édition ! Je pense que c’est la faute  aux ma-mac-maca-macaro-macaronis, alors il n’y a rien à faire, hein Padreli ?
Voilà, mon humeur s’est envolée. Mes pensées, mon cœur sont de nouveau ici. J’avais un vrai moment l’ennui de vous deux, mais la vie reprend son droit.
Ce soir nous allons au Soos, où je dois changer les livres du cercle des lecteurs que j’administre. Pendant ce temps Buby jouera au badminton ou au billard. Il y a justement Kleber qui est arrivé, il va rester à souper avec nous. En ce moment il est assis sous la lampe à lire et Buby joue toujours, une sonate de Chopin. Dans un coin de la chambre il y a le petit arbre dont nous avons pris une photo que vous recevrez en son temps. Dehors le vent s’est levé, dans un instant il va pleuvoir, il tonne déjà, cela va donner un gros orage. Le chien se frotte à nos jambes. Voilà le djongos qui annonce « soedah klaar » ce qui veut dire : Madame est servie. Alors allons attaquons !
Noël 1937 (l'arbre à gauche)


Aujourd’hui c’est St Sylvestre, demain Nouvel An ! Le temps va terriblement vite. D’un côté j’en suis bien contente, et d’un autre je trouve dommage que les années s’envolent aussi vite, sans laisser de traces ! que des cheveux gris et des rides. Enfin, passons là-dessus.
Mes chers, je ne suis plus arrivée à finir ma lettre hier soir, devant aller au Soos où nous sommes restés jusqu’à minuit. J’étais fatiguée, je n’en pouvais plus, j’ai presque pris mal et ce Buby qui reste toujours collé jusqu’à la dernière minute, il croirait un crime de rentrer tant qu’il y a encore du monde là. Enfin zut.
Ce soir j’ai les Oliemans, Kleber et le Ferdy (Engelenberg) ! Mais je dois dire que cela va mieux avec lui maintenant. Le Buby a enfin vu la réalité. D’ailleurs il va se remarier, sa femme arrive de Hollande en février avec un petit garçon de 7 ans. C’est une divorcée. Il se donne de la peine pour bien se tenir maintenant et se met aux petits oignons avec moi, car il a demandé si sa future pouvait habiter le pavillon chez nous jusqu’à leur mariage. Je ne peux naturellement pas faire autrement que de leur donner ce pavillon, mais j’ai dit que je ne la voulais pas pour manger, car cela va durer un mois. Je vais donc leur installer une petite chambre à manger dans la seconde chambre du pavillon et elle pourra prendre une koki qui pourra cuire dans ma cuisine. Ce n’est pas merveilleux, mais je ne peux pas avoir quelqu’un d’étranger pendant un mois à ma table, c’est trop long. Vous voyez j’ai toujours quelque chose en train, Elly Oliemans n’en revient pas de toutes les visites que j’ai toujours.
Je vous écrirai plus longuement et répondrai à tes lettres, Mamms, dans quelques jours. Ceci est seulement un petit mot pour la fin de cette année, mes chers.
Avez-vous eu un bon Noël ? J’espère que oui. Nous aussi, surtout le premier soir, seule avec Buby, il a fait bien beau. Je vous décrirai tout cela longuement. Je viens de recevoir le rapport de Buby par avion. Merci Charlot ! Je ne savais pas combien coûterait le port, j’ai été très étonnée que ce soit si cher, Oscar aussi. Ici c’est devenu tellement bon marché qu’on ne s’en rend plus compte. C’est pourquoi j’envoie aujourd’hui le montant du port que nous désirons te rembourser. L’autre chèque a été pour la fête de Mamali.
Mes chers, j’ai un grand gstürm (stress) ici, il y a encore tant à faire, je suis aussi très occupée avec la décoration du Soos, vu que la naissance (Beatrix, 31.1.1938, fille de princesse Juliana)  peut être annoncée d’une heure à l’autre.
Mes bien chers, encore une fois tous nos vœux les meilleurs pour la nouvelle année. Qu’elle soit pour vous bonne, prospère et heureuse……..
Aussi de Buby les meilleurs vœux, mais je sais qu’il vous souhaite de tout cœur tout le bien possible.
Un bon muntschi de votre
Buby - Bubinette
Et Prosit 1938 !




vendredi 12 août 2016




Batavia

29 décembre 1936

Voilà Noël est passé une fois de plus, et vous serez sûrement contents d’apprendre que je l’ai excessivement bien passé. Pour commencer j’ai eu un tout petit moment l’ennui dans l’après-midi du 24. C’est en me rhabillant l’après midi que j’ai commencé à répéter nos chants de Noël, et alors en chantant « voici Noël, ô douce nuit », j’ai tout à coup vu mon Padre près de l’arbre dans la véranda chantant de tout son cœur, de tout sa baffle, alors cela a été le déluge pendant un moment. C’est drôle comme cela peut vous prendre à une simple évocation. Enfin, je me suis bien reprise et j’ai été en ville faire mes dernières emplettes, vu que Buby n’est rentré que très tard. Il avait été essayer une auto que la fabrique de Rangkas voulait acheter. Après souper nous avons fait l’arbre et arrangé la chambre, et le matin de Noël nous avons continué les préparatifs. Comme je n’ai pas de djongos, il fallait mettre la table et faire et arranger ces mille petites choses que nécessite une invitation. Bep m’avait apporté une immense boîte de fondants et un tas de petites choses pour garnir la table, qui en fin de compte était très jolie. Enfin, vers 5 heures nous avons été faire notre toilette et les Bigots sont arrivés avant que nous fussions prêts. J’avais mis une belle robe tandis que Bep n’était qu’en pyjamas. Je trouvais cela un peu drôle d’autant plus qu’ils avaient l’intention d’aller faire une visite d’adieu aux Bos en dessous de chez nous. C’était leur première visite, officielle encore, et Bep, en tant que Mme Bigot, s’est montrée en pyjamas. Je n’en revenais pas, et je pense bien que cela a un peu froissé les Bos.  Enfin, cela ne me regarde pas, mais j’espère bien que cela ne m’arrivera jamais de faire une faute pareille. Quand ils sont venus, nous avons d’abord bu du thé et mangé du Weihnachtstollen. Jan était tout saisi quand nous avons allumé l’arbre à la tombée de la nuit. Mon petit arbre était très bien, j’avais arrangé les branches (Buby plutôt) un peu à la manière des sapins et l’illusion était bonne. Le radio jouait des chants de Noël, c’était comme chez nous. Après un moment j’ai distribué les petits cadeaux que j’avais achetés pour chacun, et sur chaque paquet j’avais écrit quelque chose. Oscar et les deux gosses ont fait flamber de ces bougies étoiles comme nous dans le temps. Quand les bougies touchaient à leur fin, nous nous sommes mis à table, aussi éclairée par une couronne de bougies. Je n’avais fait que du bouillon (qui n’était pas assez fort) et nous mangions des petits pains avec un tas de choses, de la charcuterie, fromage etc. Pour terminer j’avais fait de la crème fouettée avec des œufs et du cognac. C’était heimelig et vraiment dans l’ambiance de Noël. On voyait que Bep tenait avant tout à me faire plaisir en voulant me remplacer ma famille. Elle était vraiment très très gentille et sincère. Ils sont partis à 9 ½ heures déjà à cause des enfants et parce qu’ils étaient tous très fatigués. Comme il me restait encore un tas de bonnes choses à bouffer, Oscar est allé chercher les jeunes van der Stock pour passer un moment de Noël ici, vu qu’ils étaient seuls et que c’est leur premier Noël, au moins pour la jeune femme, ici. Nous avons rallumé l’arbre, causé et grignoté les noix, noisettes etc. Vers 11 heures ils sont rentrés et voilà. Samedi matin nous avons encore été faire une dernière courte visite aux Bigot et ensuite chez les Lensink. Vers trois heures de l’après midi nous avons été à bord avec Elout, Mr. Kleyn de Rangkas et là nous avons rencontré beaucoup de monde de la banque qui venait dire adieu aux Bigot . Le bateau est parti à 4 heures et nous sommes rentrés tranquillement. Le dimanche Oscar a été à Priok (le port) toute la journée pour surveiller un embarquement d’huile et faire des essais sur un débarquement de coprah.  Ils étaient 4 de la Mexolie et ils ont été invités par les officiers du bord à dîner avec eux. Moi j’ai attendu jusqu’à 2 heures avec mon dîner et ensuite j’ai mangé seule et suis allée me coucher. Vers 5 heures, comme il n’était pas encore rentré, je me suis habillée pour aller au ciné car après tout je voulais aussi profiter de mon dimanche et je pensais bien que ce n’était pas seulement le travail qui retenait Buby là-bas. Juste devant la maison, le voilà qui rentre, alors après souper nous avons encore été chez les Hausermann voir leur arbre et bavarder un peu. Hier soir nous avons été jouer au tennis. J’irai aussi jouer le samedi matin maintenant avec un tas de femmes, dont une était l’amie de Bep et qui m’est aussi très sympathique.
Pour mon Noël j’ai reçu un petit vaporisateur à eau de Cologne et j’ai donné à Buby une belle cravate et une ceinture. Nous n’avons pas fait trop de dépenses vu que notre voyage à Keboemen nous a coûté très cher, et Buby doit avoir une nouvelle raquette de tennis ( !!!) sous peu. J’ai tout de même énormément dépensé ce mois-ci, de sorte que nous allons un peu faire ceinture au mois de janvier.
Nous ne savons pas encore si peut être nous allons à Padalarang pour Sylvestre et Nouvel An (à l’ouest de Bandung en altitude). Si nous restons ici, nous fêterons tout tranquillement ici à la maison. J’aime mieux garder l’argent pour m’acheter des robes maintenant que j’ai mon buste, ce sera plus facile. D’ailleurs Buby aura beaucoup à faire ces temps, ils doivent avoir terminé le rapport annuel avant fin février. Buby travaille déjà maintenant tous les soirs en revenant du bureau. Peut être qu’en février il partira pour Banjoewangi qui sera tout près de Bali, on peut s’y rendre en bateau à rames. Je ne sais pas encore si je l’accompagnerai.
Tu me demandes si j’ai déjà porté ma belle robe blanche. Hélas non, je n’ai pas encore eu une occasion vraiment appropriée. Vois-tu, à cette soirée chez Jöbsis, je ne voulais pas être trop bien, il me faut être tellement politique avant, jusqu’à ce que nous soyons bien introduits. Je sais bien que je ne dois rien à personne, mais notre position est déjà assez difficile ici sans que j’y ajoute encore la jalousie des femmes. Mais j’en aurai bien l’occasion bientôt, j’espère, il se peut qu’avec les fêtes du mariage de la princesse (Juliana de Hollande) nous sortions une fois ou l’autre et alors je me ferai belle. Nous en avons eu des congés ces derniers temps. D’abord le Jeune musulman (Ramadan), puis Noël, Nouvel An et les 7 et 8 janvier aussi, sans compter les 9 et 10. On va fêter pendant 5 jours. Toute la ville est déjà décorée et elle sera très bien illuminée.
Pour en revenir à Buby, c’est presque certain maintenant que nous resterons ici, c’est Amsterdam qui le demande même. Bigot a encore reçu une lettre à ce sujet avant de partir. Vous pensez ce que je m’en réjouis, mais tout de même vous comprenez aussi comme cela fait des jaloux, car il faut bien admettre qu’on est poussé un peu plus que les autres, quoique Oscar fait tout pour mériter son avancement, et s’il ne satisfaisait pas je ne crois pas non plus qu’on le favoriserait. Enfin, vous pouvez bien penser combien cela fait des jaloux, car quoique la chose soit discutée dans le courrier personnel de la Banque, il y a toujours des fissures qui mènent la nouvelle au-dehors. Tout ce que je vous écris à ce sujet, il faut le garder pour vous et ne pas aller le chanter, compris Padre ?
Une fois de plus j’arrive à la fin de ma feuille, et c’est de nouveau midi, faut aller surveiller mon dîner.
J’ai vu un Douglas arriver ce matin, peut être qu’il y aura une lettre à midi. Les avions passent toujours exactement au-dessus de notre flat, quand ils arrivent et partent. C’est chic d’être à Batavia !!!














Batavia

22 décembre 1936

J’ai eu tant de plaisir  ta longue lettre de Noël. Elle est arrivée cet après midi avec une lettre de Kitty et je les ai prises avec moi au lit pour les lire tout à fait à mon aise.
Merci de tout coeur pour les belles perce-neige, est-ce que ce sont déjà des nouvelles ou datent-elles encore du printemps passé ? J’ai tant de plaisir aussi à mes pives dont je vais en rouler quelques une dans du asbestos pour les blanchir et donner l’illusion. 


Notre arbre de Noël cette année sera un jeune thuya planté dans une vieille boîte de fer blanc et coupé dans la forme d’un sapin ! Je suis si contente des porte-bougies que tu m’as envoyés, ils sont parfaits pour être fixés à ces branches incommodes. Enfin je me réjouis de fêter Noël. D’abord je n’avais pas grande envie de faire quoi que ce soit, mais voilà que Bep Bigot (Mme Bigot) m’a dit qu’ils viendraient nous dire adieu le soir de Noël parce qu’ils s’embarquent le 26 seulement. Ils ont déjà dit au revoir à tout le monde, tous leurs amis etc. et ont gardé cette soirée de Noël pour nous. Est-ce que ce n’est pas gentil, cela ? Cela m’a tout de suite donné un but pour entreprendre un tas de choses gentilles, telles que faire un arbre, garnir la table, arranger un thé souper etc. Cela fera un vrai Noël et pour les gosses j’aurai de petits cadeaux, en même temps que pour mon grand gosse. Malheureusement un des Bigot, Hans, a mangé quelque chose et a dû se mettre au lit avec de la fièvre, provenant d’une indigestion, et maintenant ils ont peur de ne pas pouvoir venir. Cela m’embêterait bien, mais si c’était le cas, Bep m’enverra l’auto et nous irons avec l’arbre et tout le barnum (toutes ces choses) chez eux. Donc en tous cas nous passerons Noël presque en famille. Je ne peux pas vous dire comme cela m’a touchée qu’ils aient arrangé la chose ainsi alors qu’ils ont pourtant beaucoup d’amis plus vieux que nous, et habitant de grandes maisons etc. Non, ils viendront passer leur soirée de Noël chez nous au flat. Oh, je ne peux pas vous dire comme ils ont été bons pour nous. Je vous ai déjà raconté dans ma lettre précédente comme lui a bien traité Oscar en plusieurs occasions. Vraiment nous avons eu de la chance avec eux, et dire que le 90% de cette amitié dépend de sa première visite à lui à Keboemen qui a décidé de notre venue à Batavia. Et dire que 9 chances sur 10 nous y resterons à Batavia ! Mais chut, encore rien dire là-dessus.
Comment as-tu passé ta fête, Mamms ? J’espère bien gentiment. J’aime beaucoup l’échantillon de ta nouvelle robe et je peux bien me représenter comme la façon doit être distinguée avec tous ces plis cousus. Je suis contente pour toi et contente.
Tu me demandes qui nettoie ma maison et prend soin de mes meubles à Keboemen ? si Wies est si souvent malade ? mais c’est Toemar naturellement. Mon ancien djongos qui est maintenant chez Wies et qui espère revenir chez moi une fois que Wies s’en ira. Et vraiment la maison était bien entretenue. Wies ne fait qu’aller regarder, mais c’est Toemar qui prend soin de tout. Je lui ai donné un pourboire et il riait aux anges quand il m’a dit adieu. Aussi longtemps que les meubles restent là, il ne doute pas que nous retournerons à Keboemen. Oui, je ne sais pas encore ce que nous allons faire de nos meubles. Si nous les vendons nous n’en recevrons presque rien et vraiment c’est dommage, à moins qu’il se présente une occasion. Enfin on verra.
Ta lettre était tellement heimelig, qu’après l’avoir lue je n’avais plus aucune envie de dormir et j’ai été cherché mes livres de chant et j’ai chanté pour moi seule et répété des chants de Noël !
Ce matin j’ai acheté des châtaignes pour fourrer notre caneton pour le dîner de Noël, mais nom d’une pipe, ces châtaignes sont presque toutes pourries, malgré que je les aie payées 60 cents  la livre. J’ai aussi acheté des grosses noix.
Non, je n’ai plus rien entendu de cette traduction à faire pour Mr. Jöbsis. C’est la dépression qui est intervenue et je pense que Mr. Jöbsis a d’autres intérêts pour le moment, peut être que cela viendra encore.
A votre fondue de Nouvel An, vous mangerez chacun un morceau pour moi qui n’ose plus toucher au fromage aussi longtemps que je suis ici aux Indes. Mais tant pis, l’essentiel est que je me porte bien avec cette diète.
Nous ne savons pas encore ce que nous ferons à Sylvestre, peut être que nous irons danser quelque part, ou alors nous ne ferons rien du tout et irons au lit comme si de rien n’était.
Samedi passé, le jour de ta fête en allant lädele (lèche-vitrine), nous avons rencontré le jeune van der Stock qui demeurait à Laren vis-à-vis des Wilde Zwanen (ancienne résidence de papa W.) Il est revenu avec sa jeune femme il y a deux semaines de son congé d’Europe. Ils habitent un tout petit pavillon mais très confortable. Ils sont aussi du Oxford Movement (aujourd’hui Réarmement moral) et je crois que nous deviendrons bons amis (ils le resteront effectivement.)

Mes chers Tous, je ne vais plus faire long feu, je dois encore écrire à Papa W. vu qu’Oscar doit travailler pour Bigot tous ces soirs ci.
Encore une fois, Bonne, bonne et heureuse nouvelle année…..




jeudi 26 mai 2016




Keboemen

29 décembre 1935

Mes biens chers
Je vous écris à la main pour ne pas réveiller Buby qui dort encore. Il est 6 heures j’ai dû me réveiller pour faire sortir les chiens et laisser entrer le djongos. Je profite de vous écrire un mot à présent car je ne sais pas si j’y arriverai encore avant le courrier de mardi. Les Gerbens sont arrivés hier après midi, nous avons passé une très gentille soirée et avons eu beaucoup de plaisir à nous retrouver ensemble. Ils restent jusqu’au 2 janvier (Bon sang il n’y a pas moyen d’écrire, les petits chiens sont de vrais tigres qu’il faut essayer de garder tranquilles !) Frans commencera alors son travail à Semarang et nous nous promettons de nous voir souvent. Frans n’a pas encore bonne mine, mais je crois qu’il se retrouve lentement. Oh ! ils sont gentils et si sympathiques ! On est si content de les avoir  et de finir l’année avec eux. Aujourd’hui ou demain, j’attends encore John avec ses 4 zigues de Delft. On sera toute une compagnie, mais John ne restera pas très longtemps, car ils vont tous fêter à Bandoeng.
Comment avez-vous passé Noël, mes chers ? Nous, nous avons eu un Noël charmant. Oscar a travaillé le matin, mais l’après midi  nous l’avons passé ensemble à faire notre arbre et faire les fous. On a ri, on s’est chamaillé etc, enfin il a fait beau. Vers le soir nous avons été baigner et tout à coup Buby me demande s’il doit se mettre en smoking. Aussitôt dit aussitôt fait, moi j’ai sorti ma robe de noce de la malle  et nous voilà en train de nous habiller comme si nous nous préparions pour une grande fête. Une fois prêts, nous avons pris l’apéritif en buvant à la santé de tous nos chers, puis nous avons été souper dans notre salle à manger très bien décorée par le djongos qui trouvait cela à son goût, de faire du chiqué. Je n’ai pas fait grand chose, une tasse de bouillon, puis un caneton farci aux châtaignes avec de la compote aux pêches. Comme dessert la tourte au chocolat qui était le gâteau de Noël. Puis nous avons été allumer l’arbre que nous avons regardé assis l’un à côté de l’autre sur notre banc. J’étais heureuse, mes chers, j’ai beaucoup pensé à vous mais sans une petite larme. Tout mon Noël s’est passé ainsi. Nous avions de la belle musique au radio, j’en jouissais et Buby aussi, en fumant sa pipe. C’était heimelig. Le clou de la fête, vers 10 heures, était « The holy city » chantée par un chanteur anglais, les 3 versets exactement comme tu me les a écrits. J’ai pris le papier et j’ai bien suivi les paroles. C’était si beau. Cela a rendu mon Noël parfait !
Deux jours avant Noël, avec le courrier avion nous recevions 2 longues lettres de Eddy et Ans, sa petite fiancée qui a 23 ans et vient de faire son diplôme de sœur d’hôpital. J’avais écrit à Eddy pour sa fête. Il nous écrit qu’il est tellement heureux qu’il désire nous faire part de sa joie et qu’il m’envoyait quelques fleurs. En lisant cela on a ri et on s’est dit que c’était bien et surtout bon marché de me faire un cadeau pareil sur du papier. Buby a pensé que c’était une manière de parler comme on dit : say it with flowers. Et voilà, on y pensait plus, quand le jour après en me réveillant de ma sieste vers 4 heures, je vois un coolie apportant un immense panier de fleurs. Je me demandais justement qui pouvait bien recevoir des fleurs ainsi quand le coolie se dirige vers notre portail et vraiment cet immense panier nous était adressé. Une fois que le djongos l’avait déficelé, je l’ouvre et trouve 10 merveilleux, immenses chrysanthèmes blancs avec un cœur jaune, couchés dans la verdure et au milieu une petite carte avec ce seul mot : Eddy. Vous ne pouvez pas vous imaginer le plaisir que j’ai eu. C’était si riche et surtout si inattendu. J’ai vite fait venir Buby du bureau pour venir en jouir avec moi, puis je les ai arrangés dans un grand pot en cuivre dans lequel les Javanais cuisent le riz et que j’ai au salon comme vase. Cela donnait un tel aspect de fête à notre chambre !
Et maintenant nous avons passé de beaux jours avec Anne et Frans. En  ce moment, les deux hommes sont assis (les pieds sur la table) à la véranda, chacun fumant sa pipe et ils discutent, tandis qu’Anne et moi avons composé le menu et le programme de demain soir, et maintenant nous écrivons chacune pour le courrier de demain. Vous ne m’en voudrez pas si cette lettre est un peu courte. Les prochaines seront de nouveau plus longues. J’ai reçu votre dernière lettre juste au jour de Noël. C’était si beau ! merci à tous pour vos gentilles lettres, j’en ai un tel plaisir et Buby aussi.
Mes chers encore une fois tous nos meilleurs vœux pour la nouvelle année...
God bless you all
Ge….