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vendredi 4 novembre 2016




Tjilatjap

20 décembre 1937

Mes bien chers tous
Hier c’était la fête à notre Mamms. Ce que j’ai pensé à vous, vous n’avez aucune idée. Et combien de bons vœux, je vous ai envoyés ! J’espère de tout cœur que vous avez passé une belle et bonne journée.
C’était le cas pour nous ici. Le matin nous avons enfin reçu ce piano de Kleber de Soerabaya. Kleber est le machiniste ici, je crois que je vous avais déjà écrit qu’il avait un piano et qu’il nous le prêtait aussi longtemps qu’il n’avait pas sa maison à lui. Sa femme viendra au mois de mars. Enfin nous avons ce piano et en sommes très heureux. Oscar s’est tout de suite mis à jouer, et aussi Kleber joue très bien. C’est beau chez nous, j’aimerais bien que vous puissiez venir voir. C’est heimelig comme au salon à la maison quand Tatali venait et se mettait à jouer. Maintenant aussi nous passerons de belles soirées ensemble et c’est tout à fait l’ambiance de Noël. J’en suis si heureuse et aussi Buby est bien content. Peut être que nous irons encore en tournée cette semaine pour en même temps chercher Koo qui viendra à notre rencontre jusqu’à Cheribon (Cirebon, côte nord) et passera les journées de Noël avec nous.
Cela m’a fait si plaisir que ce soit justement à la fête de Rötteli que j’aie ce plaisir du piano. Kleber va me donner des leçons !!! et je suis bien décidée à recommencer.
Je viens aussi de recevoir mes beaux rideaux, on vient de les pendre après avoir changé 6 fois de barre, elle n’était jamais juste. Mes bien chers j’ai plus à faire que Mischt Hans am Hochzytstag (intraduisible : Jean Fumier le jour de son mariage).
Je vous avais dit qu’on m’avait aussi appointée pour organiser les décorations du club en vue des fêtes de la naissance (royale). Cela me donne beaucoup à faire, et ces hommes me laissent simplement tout faire, commander, etc.
Tout de même il faut que vous ayez ce petit mot de votre Ge qui passera Noël avec vous en pensée et de cœur. Mais vous saurez que j’aurai aussi un beau Noël ici, avec notre arbre, une bonne tourte et si possible une oie que je n’ai pas encore achetée parce qu’on en trouve presque pas !
Mes biens chers tous, tous, tous, un bon muntschi à chacun…….de votre Ge….





mardi 24 mai 2016




Keboemen

22 décembre 1935

Mes bien chers
Il me vient justement à l’idée que dans deux jours c’est Noël. Je n’ai encore rien du tout préparé, rien commandé, pas fait de menu, rien. Mince, il faut que je me dépêche, et ne vous attendez pas à une longue lettre.
D’abord merci de tout cœur pour toutes vos bonnes lettres qui nous ont fait tant de plaisir, on les lit et les relit. Il a fait beau recevoir un bon courrier.
Vous me gâtez tellement. Merci mille fois de tout cœur pour la jolie robe. Elle est ravissante et elle me va fantastiquement bien. La couleur est plus que distinguée et elle ne me fait pas du tout pâle comme je le craignais un peu après avoir reçu l’échantillon. C’est une couleur tout ce qu’il y a de fin, et très raffinée, car elle me fait un beau teint, je t’assure. La façon aussi est charmante, les manches sont bien et elles me vont parfaitement. Il n’y a qu’autour du trallalla (derrière) que cela tend un peu, un signe que je suis devenue plus forte. Je vais ouvrir un pli et le faire un peu moins large de sorte que cela me donnera un peu plus d’ampleur, autour des hanches. Il n’y a pas tant à coudre, mais je ne crois pas que je réussirai à la terminer pour Noël, justement à cause de ce pli, mais cela sera pour après quand j’aurai mes visites, je serai contente d’être bien. J’ai reçu aujourd’hui l’avis d’un recommandé, je pense que ce sera la ceinture.
Nous avons également reçu la cravate de Tata pour Buby, qui est ravissante, Oscar en a un plaisir fou. Entre parenthèse, ce pauvre diable a travaillé aujourd’hui toute la journée, il est bientôt 7 heures du soir et il y est encore. Avec cela il veut écrire à Max et Tata !
J’ai également reçu cette lettre avion de madame Danz. Heureusement que je lui ai envoyé une carte postale pour leur souhaiter de bons jours de fêtes. Mais zut, je ne peux pas leur écrire par avion, je vais bien lui répondre, mais par bateau. Si je commençais ce système, je me ruinerais en timbres avion. La photo !!! Mes chers, j’ai fait les hauts cris. La bouche peinte de la Ditteli, c’est comme une couronne de cervelas (saucisses suisses très populaires) posés délicatement sur sa binette. Elle a au moins fait en sorte de prendre la plus grande place sur la photo, il y aurait le danger qu’on ne la remarque pas ! autrement ! Mais bon sang, cette binette. Elle a de beaux pieds, cela il faut le lui laisser, mais le reste, misère ! Qui sait, peut être serait-elle proclamée reine de beauté en Abyssinie grâce à ses lèvres, mais le reste c’est du cheval. Après elle, vient la petite Carrera qui a l’air gentil mais bête. La petite Thiébaud ressemble à sa mère, elle a une expression vulgaire. La jeune Straub et Vio sont les mieux. La Brodbeck est insignifiante. Mais n’allez pas raconter tout cela à madame Danz, cela gâterait l’effet de la lettre que je vais être obligée de lui écrire !
A propos de la Rickshaw j’en ai de nouveau une bonne qui prouve que mon nouveau système porte déjà des fruits.  Vendredi matin, je me préparais à aller en ville quand je vois la Rickshaw passer en auto, aussi allant en ville. J’allais encore vite déjeuner quand les Hartong sont venus. Ils voulaient passer chez la Rick, mais ne la trouvant pas, ils sont venus s’asseoir chez nous. Madame devait aussi aller en ville, alors j’ai été avec eux en auto. Nous avons naturellement rencontré la Rick dans un magasin. En me voyant avec mad. Hartong elle m’a lancé un de ses gentils regards, si, pour ne pas être doux était au moins sincère, puisqu’il me dévoilait clairement tout l’amour qu’elle a pour moi. Quand j’ai vu cela, je me suis cambrée, j’ai relevé la tête et l’ai regardée froidement. Cela n’a duré qu’une seconde, elle a immédiatement changé d’attitude et m’a poliment saluée. J’ai répondu très poliment à son salut, et parlé quelques mots avec les deux dames avant de prendre congé pour aller mon chemin. Alors la Rick m’a offert sa voiture pour aller faire mes commissions. J’ai refusé gentiment, mais j’ai dit que je les retrouverais dans tel magasin où elles devaient aussi aller. J’avais besoin de la Rick pour acheter des sarongs pour les domestiques, comme cadeau de Nouvel An. La Rick s’y connaît bien tandis que moi je ne vois pas encore la différence entre la valeur des dessins. Nous avons encore été ensemble dans 2-3 autres tokos (échoppes), moi je laissais ces deux femmes choisir leur butin pendant que je m’occupais du mien de mon côté, alors à tout moment la Ric s’approchait de moi avec une gentillesse quelconque. Moi, je la laissais faire et lui laissais voir en même temps qu’elle ne m’impressionnait pas avec ses avances. A la fin, elle m’a dit qu’ils iraient à Djocja ce weekend-ci, si j’avais des commissions. J’ai répondu que je verrais, et que si j’en avais je le lui dirais à temps. Mais je n’ai rien dit, je ne veux plus de ses services, j’ai appris à m’en passer. Ah, oui, c’est moi qui ai la flûte maintenant, et c’est elle qui danse. J’ai toutefois bien soin de ne pas trop tirer la ficelle du pantin. Je les tire, je les lâche pour mieux les retirer, les « cifelles ». C’est une bonne occasion pour m’exercer au jeu, pour plus tard, car je pense bien que j’en rencontrerai encore beaucoup sur mon chemin, des Rickshaw.
Papa, Garçons, je vous écrirai à chacun l’année prochaine, je ne pense plus y arriver cette dernière semaine. Oscar, qui m’a dit pendant toute l’année qu’il voulait écrire à Mr. Dunlop (voir lettre du 14.11.1932 Comment tout a débuté), me déclare maintenant qu’il avait compté que moi je le ferais. Tableau, me voilà encore à pondre une lettre de plus, et une qui n’est pas trop facile. Enfin, allons-y, mais c’est vous qui en pâtissez. Vous ne m’en voudrez pas mais vous comprendrez bien, hein ?
Merci pour tous vos bons vœux de Noël et pour la nouvelle année. Vous savez combien nous aussi nous penserons à vous tous, et comme je m’imaginerai l’arbre à la véranda, vous tous autour, ensuite le souper dans la chambre qui sent bon le sapin, et toutes les histoires de la Dame de Noël.
Mes chers, encore une fois un JOYEUX NOEL et UNE BONNE ET HEUREUSE. Un bon muntschi à chacun avec toute mon affection et mes tendres pensées. Nous serons les uns chez les autres en pensée, aussi à Sylvestre et Nouvel An.
Tiens, cette lettre n’arrivera que pour Nouvel An, Noël aura déjà passé.
Le jour après Noël j’aurai les v.Tinteren pour 2-3 jours, puis John avec ses amis de Delft pour une nuit, puis Frans et Anne pour quelques jours. Pas le temps de s’ennuyer ! Pour le soir de St Sylvestre je vais faire une Soirée Tzigane avec de la musique tzigane et du vrai bon goulash hongrois, dont j’ai reçu la recette de Flock. Oh, mes chers, je vous embrasse de tout mon cœur. Ge….
A la main
Ce matin Buby s’est réveillé pour aller faire pipi, il faisait si beau dehors qu’il m’a réveillée. Nous nous sommes vite habillés et avons été promener. Il était 6 heures, c’était exquis et j’ai eu tant de plaisir. Buby a recommencé à fumer la pipe. J’en suis contente, car je crois que cela lui fera moins de tort que les cigarettes.


lundi 23 mai 2016




Keboemen

16 décembre 1935

Mes bien chers
Me voilà avec un Buby de 31 ans. Une fois de plus nous l’avons bien fêté ce premier pas dans la trentaine. John et Jans sont venus, samedi après midi déjà, et comme de juste nous nous sommes tous couchés avec une chique. Nous avons ri quelques bons coups, puis vers la fin les deux hommes ont eu, non une chique pleureuse, mais une chique philosophique, alors Jans et moi nous avons filé doucement car nous avions sommeil.
John avait amené deux de ses mécaniciens pour réviser notre Puce qui mijote depuis quelques temps. Les 4 hommes ont travaillé à la magnéto tout l’après midi et le soir vers 7 heures, ces deux mécaniciens ont décidé de retourner à Solo, car John veut avoir la Puce sous la main là bas où il a tout ce qu’il faut pour une bonne et complète révision. Si cette magnéto nous joue encore des tours, il y mettra un Delco ( ???). J’écris cela pour les garçons, car moi-même je ne comprends pas trop bien ce que l’on entend par là.
J’ai de nouveau beaucoup joui d’avoir Jans qui est toujours la même, gentille et si cordiale. Ils ont été les deux terriblement malade, John a eu la malaria tropica (la plus mauvaise) et Jans la malaria terziana la plus bénigne, qu’ils ont rapporté de Pengandaran, le lieu de chasse où nous devions les accompagner. 
auj. réserve naturelle
Pengandaran, nov. 2013

Pengandaran beach
Nous sommes bien contents d’avoir été prudents, Buby et moi, Oscar a bien grondé John d’être si bête et d’y amener Jans encore, et il a promis de ne plus y aller, malgré les bonnes chasses.

Hier matin, à son réveil, Buby a ouvert un gentil petit paquet et avec un cri de joie en a sorti le merveilleux couteau de poche. Ce cadeau désiré depuis que nous sommes ici, lui fait un plaisir fou. C’était d’ailleurs le seul signe de vie et de bonne fête qu’il ait reçu jusqu’à présent. Je ne sais pas ce qu’il y a eu avec l’avion, mais toute la semaine nous avons été sans aucune lettre, ni de Suisse, ni de Hollande. Pas un mot, je vous dis. Quand Karim, le clerc de bureau javanais, revenait sans lettre, un jour après l’autre, nous avons presque fini par l’insulter. Cette fois-ci Buby aussi était bien impatient et aux heures de courrier nous nous tenions les deux au portail pour tacher d’attraper les lettres plus vite, les lettres qui ne venaient pas. Il a été annoncé par radio que l’avion arrivait ce matin à Batavia-Tjililitan, de sorte que nous les aurons demain à midi.
Il est retourné au travail ce matin, Buby, mais il n’est pas encore comme il devrait. Pendant son absence, Visser n’a fait que le strict nécessaire, et a mis de côté le plus possible sur le pupitre d’Oscar. Il a beaucoup à liquider, et j’ai déjà été avertie qu’à Noël il travaillera probablement tout le jour. Belle perspective ! Enfin, faut pas s’en faire, il y en a beaucoup qui aimeraient pouvoir travailler. Je m’efforce maintenant de ne pas penser à Noël comme à une fête, mais simplement comme à une soirée où la chambre sera éclairée par un arbre avec des bougies, au lieu de la lampe habituelle. Je penserai à vous mais pas trop, vous comprenez ! Malgré tout je ne suis pas malheureuse, bah, on apprend tant à se faire à tout, ici, dans ces choses-là surtout. Heureusement qu’on a la nature qui nous aide, car en ce moment nous sommes en plein printemps, de sorte que l’ambiance de Noël  ne se trouve que dans les souvenirs. Bah, cela reviendra aussi. Grâce à toi, je suis élastique, et cela m’étonne moi-même très souvent, comme je puis me faire à tout, facilement.
Voilà, je viens de vous quitter pour me couper une robe, ce qui m’a pris deux heures. C’est une petite robe écossaise rouge noir et blanc, dont je dois vous avoir envoyé un échantillon. Demain matin je la couds, après demain je la finis et la porterai le soir pour aller à ma leçon. Il faut toujours que j’aie une occasion spéciale pour inaugurer une robe. Jans s’en est fait de très jolies, vraiment elle était bien habillée, ces deux dernières fois. Elle est aussi moins grosse, elle a maigri de 10 kg, on voit tout de même la différence quoiqu’elle soit encore grosse. Elle pèse maintenant 95 kg. Le 28 ou le 30 décembre John viendra nous ramener la Fiat, avec trois amis de Delft. Probablement toute la bande couchera ici, une nuit. Le 31 j’attends donc Ann et Frans pour passer Nouvel-An avec nous. Ils déménagent à Semarang déjà le 20 courant. Gare, en janvier nous y irons avec la Puce.
Hurra ! Hurra ! Hurra ! Le mail vient d’arriver, plus vite que nous ne l’attendions. Nous avons donc reçu ta lettre Tatali, avec vos bons voeux pour la fête d’Oscar. Il a lu la lettre avec plaisir et me charge de vous remercier de tout cœur, vu qu’il ‘arrive pas encore à le faire lui-même. Cela viendra et ne lui en voulez pas de ce qu’il n’écrive jamais. Il n’écrit à personne, même à ses meilleurs amis, c’est moi qui écrit pour lui.
Merci aussi pour ta lettre 116. Dans deux jours nous recevrons déjà la 117, l’avion était hier à Singapore. Tous les jours à midi, la radio annonce les étapes des avions en chemin pour les Indes et pour la Hollande. A cette saison ils ont fréquemment à lutter contre de mauvaises conditions atmosphériques et depuis tous les accidents, il a été strictement défendu aux pilotes de prendre le moindre petit risque, c’est pourquoi ils aiment mieux subir des retards maintenant. Hé, il a fait beau les lires, toutes ces lettres, il y en avait aussi une de Dan, le meilleur ami à Buby, la première que nous recevions depuis que nous sommes ici ! Cis nous a aussi écrit une gentille lettre avec des photos de ses garçons. Coen et Eddy (frères de Oscar) n’ont encore donné aucun signe de vie, depuis des mois et des mois.
Oui, j’ai toujours oublié de te remercier pour l’agenda que j’ai bien reçu et qui m’a de nouveau fait plaisir. Est-ce que cela te ferait plaisir si je t’envoyais celui de ma première année ? Il te faudrait naturellement bien le garder et me e renvoyer à l’occasion, ou le garder jusqu’à mon retour. 
Je viens d’apprendre un bout de ma leçon de javanais. C’est cela qui est intéressant, Faaather ! une fois que je saurai bien cette première langue orientale, je pourrai facilement apprendre les autres. Il se pourrait bien que je me mette une fois au japonais. C’est des char… mais ils ont du bon quand même.
Est-ce que Mottet va m’écrire ? S’il le fait, qu’il n’oublie pas de me renseigner sur ce que je lui ai demandé.
Donc mon Faaather a été à Milan. Mon vieux, fais bien attention avec tes combines. Rappelle-toi ! Je serais bien contente si je recevais un gribouillage de toi de nouveau, car tu sais, il faut le reconnaître, tes lettres sont et restent toujours épatantes de présence et de réalité. Je ne veux pas te faire des compliments, mais il ne faut pas cacher la vérité non plus, hein ? Comment vont tes rhumatismes ? J’espère que la collection de petits pots vous parviendra bien. Dis, raconte-nous donc comment tu as trouvé l’Italie, et les conditions là-bas. On dit que Musso/lini n’en a plus pour longtemps à jouer le Duce. Je n’écoute plus jamais les nouvelles au radio et quand je demande des renseignements à Buby il me raconte ce qu’il veut, le polisson. Il est déjà allé se coucher, cette première journée au bureau l’a éreinté, mais aussi depuis 2-3 jours il fait chaud, bon sang, je n’ai encore jamais ressenti une pareille chaleur ici. Vers midi on a le sentiment d’être un sac de plomb, il faut une immense volonté pour se lever de sa chasé et si on y arrive c’est pour immédiatement se laisser tomber dans une autre. Qu’est- ce que je ferais si je ne pouvais pas aller dormir ! Oscar, lui, souffre moins de la chaleur, c’est à dire, moi, je n’en souffre pas, je la ressens seulement plus que lui. Il l’a supporte assez bien tout de même.
Les Engelhart sont donc partis en vacances hier. Lui pour Soerabaia et elle chez une amie, ensuite ils se retrouvent pour aller à Sarangan, là où nous avons été et ils finiront par Bandoeng. Ils resteront loin trois semaines. La semaine passée, mercredi dernier donc, tante Engel est venue jouer au mah-jong avec Oscar qui était encore couché. Le soir le docteur est encore venu et nous avons tous pris le thé ensemble. Tante Engel voulait aller au cimetière ce jour-là, mais elle n’en a plus eu le temps, alors le lendemain j’ai été pour elle, et j’ai bien arrangé la tombe de sa mère avec les fleurs qu’elle m’avait laissées. Elle en a été si contente, qu’elle m’a envoyé son livre de cuisine, celui qu’elle s’est fait elle-même en copiant toutes les recettes qu’elle a trouvées bonnes. Tu sais Mamms, tu as aussi un livre pareil. Eh bien, tante Engel le garde comme la prunelle de ses yeux , ce livre, car elle y tient beaucoup, et maintenant elle me l’a envoyé sans que je le lui demande, pour le garder et en copier ce que je veux. Je trouve cela gentil d’elle.
La semaine passée j’avais été avec elle au village et j’ai acheté un sarong pour ma bi-ba-boe, car c’est bientôt leur nouvel an, alors ils doivent tous s’habiller de neuf. C’est la coutume qu’on leur fasse cadeau de ce qu’ils ont besoin. J’ai donc choisi un sarong et un slendang qui nous plaisait bien, à tante Engel et à moi. En rentrant, j’ai laissé le paquet ouvert dans ma chambre à coucher pour que la baboe le voie, car je voulais voir qu’elle g… elle pousserait. Elle a fait semblant de ne pas le voir. Un peu plus tard, pour attirer son attention, je lui demande s’il fallait que les slendang aient le même batik que les sarong. Elle me répond que oui, que c’était mieux, plus fin, mais pas un de ses muscles n’a bougé, rien, un visage entièrement sans expression. Je me dis : mince alors, elle ne semble pas en avoir beaucoup de plaisir à ce futur cadeau. 
kain sarong

ex. batik sarong (privé)
Des sarong (tissus), des kain (tissu porté en jupe) et des slendang (châle) sont des choses que je ne sais pas encore acheter je ne vois pas encore la différence entre la beauté et la  qualité des dessins Mais tout de même je commençais à la trouver difficile, blasée et gâtée, ma baboe, de ne montrer aucun plaisir, ne donner aucun signe de contentement, enfin zut, la vache, que je me suis dit, et je n’y ai plus pensé. 

Mais voilà ces derniers jours elle a toujours mis le même sarong, et je commençais à m’en étonner, vu que les domestiques aussi changent chaque jour de vêtements. Je regardais ce sarong sans penser à rien, mais un moment après en voyant le mien, le neuf dans mon armoire, je m’aperçois que c’est le même que la baboe porte depuis deux-trois jours ! Voilà donc le secret de sa mine impénétrable. Si je n’avais rien vu, elle aurait accepté ce sarong sans un mot. Elle l’aurait mis pour venir me remercier et après il aurait filé au mont de piété, jusqu’à plus voir.
Pour la fête à Oscar j’ai fait du cognac aux œufs, et pour servir le blanc des œufs, j’ai encore fait des langues de chats. Ces deux choses ont bien réussi, mais j’ai encore fait une tourte à laquelle j’ai travaillé pendant deux matinées, et nom d’une pipe, elle était pire que du vieux pain. Pourtant j’ai tourné pendant 40 minutes j’ai bien tout mesuré et fait exactement d’après le livre de cuisine. Je crois que cela tient au four ou du moins ce que j’ai comme four, je ne peux pas bien régler la chaleur. Enfin, le lendemain je l’ai sortie pour la fourrer de crème, la tourte était pleine de trous comme un bon Emmenthaler et dure et sèche comme du chäfersfüddle (sec comme un pet de coucou). Je me suis dit qu’il fallait sauver l’apparence en faisant une bonne crème au rhum. Cette charrette de crème, il fallait la cuire, je l’ai ratée deux fois de suite En la faisant la troisième fois, j’ai attrapé le « tout de suite » de peur de la rater encore une fois. Comme je devais courir au cabinet et que je ne voulais pas la quitter des yeux, je l’ai prise avec. Enfin j’ai rempli la tourte, replacé le couvercle (de la tourte !) et j’ai fait le glaçage auquel il a aussi fallu travailler pendant une demi-heure. A la fin je l’ai étendu sur la tourte et j’ai fini de la garnir avec des petites cerises rouges, et des feuilles vertes que j’ai découpées dans de la succade (c’est le mot hollandais) (glaçage). Elle aurait été vraiment jolie cette tourte, mais pour comble de malheur, j’ai placé les cerises et les feuilles trop vite, et elles se sont noyées dans le glaçage qui n’était pas encore sec. Oh, je vous dis, pour une ratée, c’en était une, et ne me demandez pas ce qu’elle a coûté !!! J’aurais presque pu m’en faire envoyer une de chez Pierre pour ce prix ! Enfin, on apprend par expérience.
Ce mois-ci on arrivera à notre ancien salaire, moins trois florins. Ce sera la première fois cette année ! Heureusement , car j’ai de la peine à tourner ce mois-ci. Oscar m’a donné les Fl. 50.- qu’il a reçu de son père pour son anniversaire, cela remet à flot aussi, un peu, du moins. Mais flûte, au moins je n’ai pas un centime de dettes. Oscar a retiré Fl. 237.- de ses actions de la N.I.H.B. (Banque néerlandaises des Indes), non, c’est des obligations qu’il a, son père nous a fait envoyer la somme ici, mais nous ne voulons pas l’employer ou une très petite partie seulement et le reste s’en ira sur le carnet d’économies.
Maintenant, mes bien chers, je tombe de sommeil. Il est 11 heures, la radio dit justement bonsoir et je vous en souhaite de même.
Mardi matin.
Merci encore une fois pour la recette des sandwiches. La première fois tu ne me l’avais pas donnée aussi complète. Maintenant je vais essayer à nouveau.
Mes chers, cette lettre vous arrivera juste pour Noël. Vous serez tous ensemble et vous penserez à nous. Est-il  nécessaire de dire que nous en ferons autant ? Au moins le soir de Noël ? Je pourrai faire un bel arbre cette année, tante Engel m’ayant prêté toutes ses choses de Noël, vu qu’elle ne les emploie pas. Nous vous souhaitons donc de bons jours de fête, paisibles et heureux.
Il reste mes chers garçons auxquels je ne suis pas arrivée à écrire séparément non plus. Garçons, profitez de votre Noël à la maison, vous amassez pour plus tard des souvenirs d’une valeur inestimable, croyez-en mon expérience.
Et maintenant, bien chers tous, encore une fois nos vœux les meilleurs……(j’ai déjà une bouteille de Graves dans la glacière pour cette occasion) A chacun de vous bons muntschis….
De vos Buby et Bubinette
P.S. Quand j’ai fait les langues de chat, Oscar m’a aidée à tourner la pâte, car c’était justement son premier jour hors du lit de nouveau. Puis c’est lui qui les a dressées sur la plaque. On s’est bien amusé, et au beau milieu c’est Visser qui arrive lui faire une visite !!! Il a dû rire…    Ge…




lundi 15 février 2016







30 décembre 1934

Keboemen

Je vous écris encore une fois à la main cette fois-ci quoique notre machine soit prête, seulement nous attendons qu’elle nous parvienne d’une façon ou d’une autre, vu que M. Visser n’ira pas à Semarang ces prochains temps. J’espère bien que vous aurez reçu le dernier courrier, comme d’habitude, malgré qu’il ait manqué d’un cheveu l’avion à Batavia. Vu que c’était jour de Noël, les trains n’avaient pas de poste, nous n’y avions pas pensé, j’étais toujours de l’idée que Noël serait le mercredi. Enfin, grâce à Liang notre jeune chinois du bureau si dévoué à Oscar, qui a filé à la poste et s’est entendu là pour faire aller nos lettres à Djocja d’abord, ensuite avec le grand express à Bandoeng pour attraper l’avion. J’espère que la combine aura réussi. A Liang, je lui ai fait cadeau de 10 paquets de cigarettes, ce qui m’a coûté 80 cents. Le 24 décembre nous avons écrit jusqu’à passé minuit pour liquider toute notre correspondance de fin d’année. Les Visser fêtaient leur Noël, ou ce qu’ils appellent Noël, n’étant pas du tout croyants, alors ils sont venus nous dire bonsoir dans le cours de la soirée et à minuit, j’ai laissé Buby finir d’écrire et j’ai vite sauté chez eux où la radio jouait et chantait justement Stille Nacht (Douce nuit) depuis la Hollande, pendant que Mme V. finissait de décorer la chambre du pavillon où ils ont passé la fête à cause de Hanny. Alors là, en voyant leur arbre et en entendant ce chant de Noël merveilleusement chanté, j’ai pleuré un petit moment, pas même 5 minutes, cela m’a seulement émue un moment. Enfin, je suis restée un bon moment à écouter une messe de minuit, Buby est venu me chercher et nous sommes rentrés les deux dans notre petit nid, où notre bel arbre nous attendait et un chni énorme de feuillets de lettres qui traînaient partout, heimelig. Cet épisode a été la seule humidité de Noël de votre Ge… qui a passé la fête très bien et très heureuse. Le matin de Noël, nous avons donc eu la chasse à la poste et ensuite nous avons fini de décorer l’arbre et toute la chambre avec vos photos et celles de Linette placée au milieu de beaux lys blancs. Dans l’après midi nous avons reçu un nouveau modèle de radio, le Philips super cathodique qui est très bon. A midi j’avais joliment décoré la table avec de belles fleurs rouges, et le soir, c’était superbe, sur ma nappe jaune j’avais 6 candélabres d’argent, dont deux faits avec les vases en argent donnés par l’oncle Charlie, placés sur mes miroirs de Paris, avec des guirlandes de fleurs rouges et blanches, au bout de la table des chrysanthèmes blancs dans un vase bien décoré de rouge par la Rickshaw et également un arrangement de fleurs rouge et blanc de Mme Visser. L’effet était épatant. Nous avons eu un saumon à la mayonnaise, un plat froid joliment garni, ensuite un poulet avec petits pois extra fins et une compote de fruits. Nous voulions bien nous habiller pour notre dîner de Noël, mais à 7 heures Mr. Visser vient nous demander d’aller boire un verre de bowle. Nous y avons été en robe simple et Oscar aussi en chemise et pantalons, en désappointement ou satisfaction de la Rick. qui était en grand soir. Nous ne pouvions pas partir si vite, de sorte que nous n’avons soupé qu’à 9 ½ h.  et bu à votre santé avec notre Graves. Nous avons allumé notre arbre vers les 10 heures, mais ces verres de bowle à la liqueur et au champagne nous avaient assommés. Je ne pourrais pas vous dire exactement si ou non nous étions stouquettes ! Enfin, nous avons paisiblement regardé notre arbre, bien serrés l’un contre l‘autre, écoutant la radio et nous sentant heureux, reconnaissants et….. fatigués. Le lendemain matin, Buby est allé travailler et moi j’ai eu la visite des Röhwer qui venaient admirer mon arbre qui était le plus beau cette fois-ci. Je lui ai dit que le soir j’allais le rallumer pour Nicky, alors elle me dit, et bien, c’est bon, nous viendrons aussi et après  nous irons chez nous allumer le nôtre. Je me suis dit, mince, voilà que j’aurai toute la clique, j’ai donc fait préparer des sandwichs au foie gras, aux œufs, aux tomates, et pour les messieurs un peu de charcuterie avec cornichons, à prendre sur le pouce. La chambre était bien décorée par Buby, toutes les lumières entourées de papier rouge et sur la table j’avais placé les petites assiettes à bonbons sur des étoiles découpées dans le même papier crêpe rouge. La Rickshaw est venue la première dans une robe du soir rose, copiée sur la mienne, avec toutes ces fronces, tu sais Mamali. Je l’ai complimentée et lui ai dit avec un gentil sourire que la copie avait bien réussi. ! Vous auriez dû voir sa binette pendant quelques secondes ! Oh oui, la petite Woldringh n’avale plus tout ce qu’on lui sert ! Mon apprentissage est passé maintenant, je sais où j’en suis, mais t’en fais pas mamali, je continue à être gentille ! Enfin le vieux Röhwer est venu, puis les Visser, avec forces grimaces et une mine qui n’annonçait rien de bon. Il nous a appris qu’il était arrivé une lettre avec les premières mesures de réorganisation et d’assainissement !!! dont les principales sont des réductions de salaires telles que nous étions loin de nous y attendre.
Röhwer Fl. 450.--, descend à Fl. 275.--,
Visser de 600.--, à Fl. 400.--,
et Woldringh de Fl. 275.--, à Fl. 200.--,
salaire officiel, mais…. Avec un bénéfice sur le pikol (60 kg) de coprah que la fabrique moudra par mois. Visser reçoit 1 cent par pikol, Röhwer ¾ cent et Woldringh ½ cent. Si la fabrique moud normalement, elle avale 20'000 pikol par mois, ce qui nous ferait une remise de Fl. 100.--, en ce cas nous gagnerions au changement, mais il est à douter que cela n’arrivera pas souvent dans le courant de l’année, de sorte qu’il vaut mieux ne pas y compter. Le clou, c’est que si une des fabriques travaille avec perte, comme c’était le cas pour la nôtre pendant cette dernière année, elle sera fermée jusqu’à ce que les prix du coprah et de l’huile lui permette de nouveau de tourner. Pendant ce temps de fermeture, ce seront donc les 200.--, seulement. J’ai immédiatement décidé que notre vie se règlerait sur le salaire de Fl. 200.--, uniquement, sans tenir en compte du surplus possible, chaque fin de mois. Je ne veux pas encore réduire le salaire des domestiques, c’est la mesure la plus facile à prendre, mais à mon avis ce n’est pas là qu’il faut commencer, toutefois mon kebon ne viendra plus que le matin Nous avons dédit le journal ayant chaque soir les dernières nouvelles par radio de sorte que nous partageons l’abonnement avec les Röhwer, ce qui fait une économie de Fl. 200.--, par an, le journal étant très cher ici. Les R. le liront le soir même et nous le lendemain matin. Il ne faut pas croire que toutes ces restrictions nous touchent beaucoup. Bah, aussi longtemps que nous sommes en santé, nous resterons heureux. Il faut encore être content d’avoir du travail et quel travail à l’avenir ! Sur les 5 fabriques, 18 Européens ont été congédiés, il ne doit rester que 4 Européens par fabrique, un administrateur, un comptable, 1 premier et un deuxième machiniste, tout le reste est remplacé par des ouvriers chinois et javanais, bien meilleur marché ! Papa W. nous avait bien annoncé des changements mais nous ne nous doutions pas dans cette mesure. Enfin, nous sommes contents d’avoir notre radio en cadeau, aussi il a bien su ce qu’il faisait quand il nous a fait ce cadeau ! Blockhuis, l’ami spécial de Buby, file aussi, c’était à prévoir ! Ces nouvelles dispositions ont empêché la Rickshaw de dormir à ce qu’elle m’a dit. Il faut qu’elle congédie 2 de son personnel, elle en avait 5 pour eux deux. Ha ! je suis si contente d’être simple et de savoir vivre selon mon porte monnaie, Buby aussi est d’accord avec toutes les mesures que je prends, ainsi notre petite vie continue. Non, il y aura le moins possible d’extras, à part cela, aucun changement à la nourriture, simple mais bon.
Dimanche après midi, 4 ½ h. je viens de me lever de ma sieste. Buby, après dîner, est retourné au bureau, c’est la fin du mois. Nous voulions jouer au tennis mais voilà qu’il pleut. J’ai saisi l’occasion pour me faire belle dans ma robe de laine citron avec la belle ceinture. Quand Buby rentrera, nous prendrons le thé, ensuite nous nous remettrons chacun à nos lettres. Devant ma fenêtre, mes trois bosquets de sureau fleurissent tant et plus, n’est-ce pas drôle pour vous d’entendre cela à Noël ? Je vous ai donc dit que le soir de Noël j’ai reçu un arrangement de fleurs de Mme Visser. Le lendemain quand j’ai voulu écarter le papier pour donner à voire aux fleurs je m’aperçois qu’elles ne sont pas dans de l’eau, mais dans des mouchoirs. J’ouvre le bouquet complètement et je vois un beau vase moderne en étain, rempli par une boîte de cigarettes, trois mouchoirs pour Buby et trois en dentelle pour moi. J’ai eu un grand plaisir, surtout au vase, une chose que je désire depuis longtemps. Il est maintenant rempli de zinias merveilleux, gros comme des dahlias. Je trouve gentil des Visser. A Nicky, j’ai donné un livre d’enfant, une histoire pour petite fille.
Oh ! mes chers, vous allez rire. Cette semaine avant hier, mon kebon vient me raconter une histoire de deux enfants, vers ou dans mon puits, à laquelle je ne comprenais rien. A midi, quand Buby est rentré, nous lui avons fait répéter l’histoire, et il se trouve que jeudi soir, vers les 5 heures, notre kebon a vu deux enfants (2 esprits, fantômes) vers notre puits, une hallucination des esprits comme il dit. Il a presque pleuré en me disant qu’il ne pourrait plus travailler ici, sans quoi il allait mourir, parce que ceux qui voient des esprits meurent  s’ils ne donnent pas de slamatan  (banquet) et que lui ne pouvait pas en donner un, n’en ayant pas les moyens. La fin de l’histoire, c’est que j’ai donné 2 Fl. à la baboe pour qu’elle prépare un slamatan ; c’était donc de la boustifaille pour 10 personnes environ. Vous devriez voir les montagnes de riz et toutes ces bonnes choses de rijsttafel, servies dans de jolies écuelles en feuille de bananier. Il y a aussi 2 paquets de fleurs odorantes, l’un c’est le kebon qui doit le donner en offrande aux esprits, et l‘autre ce sera le prêtre qui viendra tout à l’heure avec les hommes invités. Ils vont prier près du puits pour éloigner les esprits et demander la clémence d’Allah, ensuite le manger leur sera distribué et ils repartiront, et ce qu’il y a de plus beau, ma maison sera purifiée pour une année au moins . Mais je les ai averti que si l’un d’eux se mêlait encore une fois de voir des esprits, qu’il pouvait quitter sa place sur le champ. Le kebon vient de perdre son enfant, ensuite une sœur, le tout en l’espace d’une semaine, et maintenant c’est leur grand temps de jeûne (Ramadan), ils n’osent manger qu’une fois la nuit venue, c’est pour le coup qu’ils sont faibles et ont des hallucinations. Nous n’aurions pas été obligés de donner un slamatan, mais alors je risquais que les domestiques filent l’un après l’autre et que plus personne ne veuille venir travailler dans la maison hantée par les esprits de je ne sais quelle catégorie. Oh oui, nous sommes aux Indes, le pays des mystères. Une fois de plus, nous en éprouvons profondément le charme.
Mes bien chers, c’est Sylvestre aujourd’hui, je pense que vous êtes maintenant une fois de plus réunis et heureux d’être ensemble, et moi je le suis aussi en vous écrivant et en vous envoyant tant et tant de bonnes pensées et de vœux pour la nouvelle année. Que va-t-elle bien nous apporter ? C’est une question qui se pose anxieusement et j’avoue que je préfère la politique de l’autruche. Je ne peux rien changer aux événements, tout de même je ne peux qu’avoir confiance en Dieu et prier pour vous tous. Non ce n’est pas exactement l’exemple de l’autruche que je suis, mais celui de quelqu’un qui se trouve bien dans son petit coin et qui ne veut pas en sortir. Ce n’est qu’à mon propre sort que je préfère penser et à celui de mes si chers à qui appartiennent toutes mes pensées. Je ne veux pas étendre les regards plus loin que par dessus les frontières de notre vie à nous tous, et c’est là aussi que se concentrent tous tous les vœux de mon cœur. A toi, Papali, qu’elle t’apporte le succès que tu mérite cette nouvelle année, mais avant tout qu’elle te conserve en bonne santé, c’est nos vœux les plus chers d’ailleurs pour vous tous. A vous, mes frères, vous que j’aime encore trop, que cette nouvelle années vous mène, ou du moins, vous approche du but au quel tendent vos efforts, et fasse de vous les hommes dont mon cœur de sœur a toujours rêvé. Toi, ma Mamali, tu viens en dernier de la famille, c’est probablement par manque d’affection de ma part. Qu’en penses-tu ?
Eh ! mes chers, Buby vient de rentrer, il est 5 heures pour une tasse de thé il est restée 10 minutes ensuite je lui ai lavé sa figure en sueur et il est reparti au travail. Il reviendra à 7 heures pour souper et baigner et repartira jusqu’à minuit, car, mes chers, le 2 janvier il part pour Tjilatjap (Cilacap) pour 2 jours et moi je l’accompagnerai probablement. Il doit remplacer le comptable là parce que celui-ci ira en tournée à la place de l’administrateur, M. Kleyn, qui, lui même a été appelé de toute urgence à la fabrique de Rangkas, vu que d’après nos déductions l’administrateur de Rangkas n’a pas accepté les réductions de salaire et a dédit, je pense. Enfin, nous saurons l’histoire plus tard. Il est maintenant vers les 9 heures, Buby est retourné au travail, moi je suis ici à vous écrire en écoutant Joséphine Baker chanter. J’ai deux amours etc, un très beau programme de fin d’année, très varié. Sur notre table à côté de l’arbre, sur la belle nappe de dentelles d’Irma, la jolie coupe en vieux saxe remplie de fruits, sur un plateau en argent, les 2 verres, à côté un chandelier avec une bougie rouge et 2 petites paniers d’argent remplis de fruits confits et de petits chocolats. Au milieu, une belle tourte reçue d’un chinois, la girlie dans un beau pyjama à attendre Buby et minuit pour boire à la santé des siens avant d’aller coucher. Il n’y a que la lampe à pied qui brûle, la Stimmung est bien. Ce soir pendant un petit moment j’ai un peu eu les bleus de devoir passer ma soirée seule, je ne peux pas aller au bureau parce que les chinois y travaillent encore, mais demain soir j’irai. Enfin, maintenant que j’ai bien arrangé tout, je jouis de la Stimmung élégante, gaie et heureuse de mon homme et n’ai aucun désir d’être ailleurs. Mes chers chéris BONNE ET HEUREUSE ! VOTRE GE…


Bonjour, nous sommes au matin de Nouvel An, il est 6 heures, et vous maintenant vous vous apprêtez à trinquer, à moins que vous ne soyez tous paisiblement au lit à ronfler. Bonne Année, Mamali, que tu restes en bonne santé, que 1935 soit pour toi riche en tout ce qui rend à la vie la peine d’être vécue. nous avons tellement bu à la santé de vous tous hier soir à minuit, annoncé par les cloches de la cathédrale de Batavia. C’était si joli, si festif, simplement Buby n’en pouvait plus de fatigue, aujourd’hui il a une même longue journée et demain ce voyage et ensuite le même montant de travail à être liquidé dans 2 jours. Il est si content de ta chemise, mais je crois bien qu’il a oublié de t’en remercier. Il ne faut plus envoyer ces chemises-là, elles sont trop chères et de plus on les reçoit ici aussi maintenant. Merci de tout cœur pour ta bonne lettre 66. Je vais tâcher d’y répondre pour le prochain courrier. Je me réservais de t’écrire un bon long bout cette fois-ci mais c’est moi qui ai dû écrire à Papa W. à la place de Buby, alors tu comprends ! Sois contente que je ne sois pas comme tant d’autres à me demander, est-ce que la nouvelle année m’apportera enfin la chance de me marier etc. Je le suis, et tellement heureuse.






23 décembre 1934,

Keboemen

Mes bien chers
Je vous écris à la main cette fois-ci parce que ma machine est à Semarang. Cette semaine a vite passé. La petite Hanny était encore malade, toujours de la fièvre. M. V. a dit à Buby d’aller en tournée à sa place. Je l’ai accompagné le mercredi à Semarang et le vendredi à Djocja, Solo. A Semarang j’ai téléphoné à Margot qui nous a dit de luncher chez elle quoiqu’elle soit au lit avec une angine. Nous avons passé 2 heures chez eux et vu l’oncle Charlie qui est très malade, trop haute pression du sang. J’ai cru lui donner la recette d’ail, mais en vrai anglais il a fait la grimace et Oscar m’a déconseillé d’insister. Il a terriblement changé, et j’ai vu à un de ses regards qu’il ne se remettrait plus, il avait cette peur dedans comme j’ai souvent observé chez les mourants. Quoique il ne m’ait pas été excessivement sympathique, j’ai quand même eu mal au cœur à voir comme les Warrens le considéraient en nuisance. Margot, en petite poupée du monde, ne lui donne pas beaucoup d’amitié ni d’affection, l’oncle Maurice non plus vu que l’oncle Charlie n’a pour ainsi dire plus d’argent, ce qu’on appelle plus rien serait encore beaucoup pour nous. Malgré cette 2. visite nous ne pouvons pas encore nous sentir au chaud là.

Et maintenant mes chers il me reste à vous écrire à vous entretenir de quelque chose de beau, de ravissant, d’exquis, de merveilleux de magnifique, de cher, quelque chose pour laquelle je ne dispose pas d’assez de mots pour exprimer surtout à ma chère, mon unique ... C’est le petit cape, qui est arrivé !
Je n’ai pas pu faire autrement, j’ai transpiré aux yeux quand je l’ai déballé. Oh, c’est fantastique ce qu’il est beau et il me va…. !!!  c’est un rêve. Tu en auras des photos. 

improvisation

Nous allons en faire avec notre arbre parce qu’il faut aussi que vous le voyiez. Mes chers, nous venons de souper, il est bientôt 9 heures c’est fou, on a encore tant à écrire.
Mes bien chers, j’ai eu tant de plaisir à vos lettres et à tous vos bons vœux que nous réciproquons tous deux de tout cœur. Nos pensées seront intensément parmi vous tous  pendant les jours qui vont suivre et le soir de Noël, surtout quand nous serons les deux à admirer l’arbre, à chanter Voici Noël et à écouter la radio, la messe de minuit et beaucoup de belle musique. Ce que c’est chic maintenant d’avoir cette radio, vraiment je ne sais pas comment nous avons pu tenir si longtemps sans musique et pourtant nous étions tout à fait heureux quand même.
Faaatherli, Charlot, merci aussi pour vos vœux. Vous m’avez tous gâtée cette année, soit en m’écrivant soit en m’envoyant une multitude de jolies choses utiles ou pratiques. Je me réjouis quand je pourrai en faire autant. Est-ce que Loulou passera les fêtes avec vous ? Personne ne m’en dit rien, lui non plus. S’il reste à Londres, je ne lui ai pas écrit, c’est cela qui m’embête, et maintenant je n’ai presque plus le temps.
Celle-ci est ma dernière lettre envoyée en 1934, et il me semble que nous ne venons que d’arriver. J’aimerais la terminer en vous remerciant encore une fois du fond du cœur de votre immense affection, profonde et dévouée qui m‘a rendue et me rend si heureuse depuis… que je suis au monde. Que 1935 soit pour chacun de vous une année heureuse sur toute la ligne, qu’elle vous conserve en bonne santé, qu’elle vous soit prospère et vous apporte les succès auxquels vous travaillez,
votre Ge….soeur et copine