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jeudi 13 juillet 2017




Batavia

6 juin 1940
215

Ma chère petite Rötteli mia
Mon cher Padre, mes chers Charlou

Je viens de faire de l’ordre ans mon panier à ouvrage, et en voyant tous ces bouts de laine provenant des innombrables jumpers et blouses que tu as tricotés pour moi dans le courant des dernières années, je me suis dit : si seulement je pouvais l’embrasser ma Rötteli. Aussi je les garde bien précieusement tous ces beaux cadeaux  ! Oh, mes chers, vous lirez bien un peu entre les lignes que j’ai bien l’ennui de vous ce soir. J’aimerais tant et tant savoir comment vous allez tous. Oui, je le sais bien par tes dernières lettres Mamali, mais que voulez-vous, on n’est jamais content !!! Enfin, mes chers, ce n’est pas le moment de penser ainsi et de se plaindre, aussi je me reprends, ne vous en faites pas. D’ailleurs je puis bien me représenter que vous avez bien d’autres soucis en ce moment. Je vois par les journaux que les mesures sont prises pour la défense nationale, mais est-ce qu’en civils vous avez aussi pris toutes les précautions ? Au moins n’hésitez pas à employer cet argent, dont je vous ai déjà parlé, pour vous mettre en sûreté. Je ne veux pas entrer en détail quant aux mesures à prendre, vous les savez mieux que moi, je présume. En tout cas, Mamali, Papali, vous savez que vous aurez toujours un home chez nous, quoi qu’il arrive et malgré la grande distance, si c’est nécessaire et pas tout à fait impossible, venez-y, aussi bien Oscar que moi nous vous recevrons à bras ouverts, vous le savez bien. Quant à la place, il ne faut pas vous en faire, il y en a toujours. C’est ce qu’il y a de beau dans ce pays-ci, tout s’arrange, il n’y a pas de situation aussi compliquée ou aussi imprévue qui ne finisse pas par s’arranger. Et vous aimerez être ici, vous serez même enchantés du pays, j’en suis plus que certaine. Quant à la chaleur, on aura vite fait de vous trouver une petite bicoque dans les montagnes où Padre fera son élevage de canards etc et où le climat est comme en Europe. Mes chers, soyez persuadés que vous avez ici un home avec des cœurs tout pleins d’affection qui vous attendent. Je ne parle pas de mes frères, mais j’y pense d’autant plus ! C’est terrible, terrible cette guerre, toutes les choses affreuses, monstrueuses qui se passent. Et se trouver ici, ainsi impuissant à soulager toutes les misères. Je travaille tout ce que je peux et tant que je peux pour la Croix Rouge. Je ne puis pas quitter mon domicile pour aller travailler quelque part, mais ici à la maison, je puis travailler à confectionner des habits pour les réfugiés.
Je pense que Minna s’est aussi enrôlée dans les services complémentaires ? J’y travaillerais aussi si j’étais en Europe.
Aujourd’hui Conradli a ri pour la première fois, je dis bien ri, vraiment ri. Jusqu’à présent il nous faisait toujours de beaux sourires, mais cet après midi, quand je l’ai lavé et que je lui ai mis une belle petite chemise pour recevoir son pappie quand il rentrerait du bureau, il a eu un tel plaisir qu’il riait et poussait des cris de joie. C’était si joli d’entendre ce rire d’enfant. Je crois qu’il a eu du plaisir à la couleur de cette petite chemise qui est d’un beau bleu éclatant. Une fois que Boili était là et que j’aurais voulu que Conradli rie, il ne l’a pas fait !!! C’est toujours ainsi et je trouve si dommage que Boili n’en jouisse pas autant que moi.


L’autre soir, je lui donnais la bouteille et je parlais avec Boili. J’avais aussi mis la petite jaquette de lin de mon costume de Hedy, et dont le col se tenait contre mon cou au lieu d’être aplati. Enfin, à un moment donné, quand je regarde Schnucksibol, le voilà qui fait un pampeli (pampu, moue, petite moue) pour pleurer. Vite j’appelle Boili pour venir regarder, mais hélas, c’en était trop. Le pampeli s’est changé en cris et en pleurs. Conradli a été effrayé par ce col de jaquette et aussi il ne supporte pas ma voix qui est plus grosse que quand je lui parle spécialement à lui. Oscar a bien ri et ce Conradli qui avait un vrai chagrin ! Heureusement qu’il s’est vite consolé, mais quand je suis près de lui et que tout à coup j’appelle d’une voix forte, le pampeli se montre immédiatement.
Ce soir nous avons été en auto, voir quelqu’un vite, mais je suis arrivée 10 minutes en retard à la maison pour lui donner sa bouteille, alors monsieur criait et se lamentait comme si je l’avais eu au couteau. Oh, ce qu’il pouvait crier d’une façon lamentable, comme s’il était le plus malheureux et le plus mal soigné de tous les enfants. Il avait un vrai chagrin que sa mammie l’ait délaissé !!! Il était fâché aussi, car Oscar voulait un peu l’amuser pendant que je préparais la bouteille, et il n’en voulait rien savoir mais continuait de crier. Et il sait déjà stampfe (trépigner), vous devriez voir cela. Il commence à devenir tellement humain maintenant. Chaque jour apporte une nouvelle surprise. C’est un bel enfant, je puis le dire sans vouloir m’en vanter. Sa petite mèche de cheveux que je voulais t’envoyer dans ma dernière lettre, sera jointe à celle-ci, car la semaine passée, je l’ai oubliée. Il est tellement gentil aussi, toute la journée je ne l’entends pas, le matin dans son berceau il s’amuse tout seul avec ses doigts et quand je me montre, il me sourit, mais jamais il n’essaierait de bringuer. Peut être que cela viendra encore mais nous faisons maintenant déjà bien attention de ne pas le gâter. Et cela nous en coûte, je dois l’avouer.
Ce matin vers 5 heures par exemple, a éclaté un orage assez violent qui m’a réveillée. J’ai immédiatement pensé à mon Conradli dans la chambre à côté, mais voilà que Boili était déjà debout pour aller vers lui, alors nous avons pris l’excuse de l’orage pour le prendre dans notre lit où il est resté couché entre nous deux s’amusant avec un coin de drap pendant que nous deux essayions de dormir encore un peu. Je sais que je jouis d’un bonheur immense d’avoir notre petit enfant et de pouvoir en jouir ici tranquillement, alors qu’il y a tant de mamans en Europe qui voient leurs enfants souffrir. Je le sais que je suis privilégiée et j’en suis reconnaissante, croyez-moi. C’est bien ce petit enfant qui me donne une force et un courage moral inouïs. Comme je vous l’ai déjà dit, ne vous faites pas de souci pour moi.
Ce soir Boili est allé jouer au tennis. Nous avons loué un court pour un soir par semaine, avec les Fraay et plusieurs autres connaissances. Moi, je n’ose pas encore jouer, mais cela viendra sous peu. Ces derniers temps Oscar ne voulait plus y aller, mais je l’y ai obligé, car ici il faut faire du sport pour rester en forme et bien portant.
Dimanche soir, 9 juin 1940
Nous avons entendu aujourd’hui de l’accident survenu près de Bienne au lieutenant Homberger. Oui, mes chers, je puis bien m’imaginer dans quel état d’esprit chacun doit vivre, dans quel était d’énervement, de tension et de crainte, mais aussi avec quel courage et combien résolus à la défense de notre beau pays. Mes chers, comme notre général Guisan l’a dit, nous allons chacun faire attention de ne pas nous laisser gagner et nous laisser affaiblir par la psychose de guerre. Je fais donc aussi mon possible pour suivre son conseil et tenir mon courage à deux mains. Pour le reste, mes cher, je prie, je prie pour vous tous.
D’ici, je n’ai pas beaucoup de nouvelles à vous donner. Nous vivons calmement, comme d’ailleurs chacun ici. De temps en temps, nous faisons un petit tour d’auto et allons voir des amis, ou bien nous avons des visites. Moi j’ai repris mes occupations de ménage, car je suis tout à fait remise et me sens très fit.
mariage Koningsberger

Nous venons d’apprendre que Koo Koningsberger va se marier au mois de juillet. Ils ont demandé à Oscar d’être témoin et je pense que nous assisterons donc à la noce. Je suis en train de changer ma robe jaune en broderie de Leni, car elle va bien avec mon grand chapeau que j’avais acheté à St Gall avant de partir. J’ai bien soin de tous mes habits, car je cherche à économiser partout et sur tout.

Minnie Dozy Koningsberger et Oscar

Nous donnons beaucoup à la Croix Rouge. Conradli a de nouveau gagné 220 gr cette semaine. Il grandit tellement vite. Il s’amuse maintenant à toucher et tenir tout ce qui lui tombe sous la main, et surtout il veut toujours sucer sa chemise ou le coin d’un petit drap. Sans cela il est toujours content. Au mois d’août, nous allons louer un petit bungalow quelque part dans les montagnes encore avec une autre famille qui a 2 petits enfants. Ce sont les Hausermann, des Anglais d’origine suisse et qui ont rencontré René (frère du Padre) à Londres dans le temps. Je ne sais pas si Boili poura venir aussi, s’il aura congé, mais maintenant je ne peux plus l’attendre, il faut penser à Conradli qui doit aller à la montagne avant la saison des pluies.
Mes bien bien chers tous, je pense à vous presque jour et nuit et je prie pour chacun de vous. 




jeudi 6 juillet 2017




Batavia

19 mai 1940

Mes bien chers
Un avion part demain et nous pouvons écrire par cartes postales. J’ai reçu en retour plusieurs de mes lettres, ne vous en faites donc pas si vous êtres longtemps sans nouvelles de nous. Ici tout va bien, nous sommes en santé, Conradli aussi se porte bien. Je prie pour vous tous et pour notre chère patrie. J’ai écrit à mes frères, mais cette lettre est revenue. Ne vous faites pas de soucis pour nous. Je suis courageuse et calme, je dois l’être pour mon  Conradli. J’ai confiance et je prie. Nous sommes bien préparés ici et nous nous tenons sur nos gardes. J’ai bien reçu vos lettres 234 et 235. Merci aussi pour les bavettes et les journaux de Max.
Faites nous parvenir les nouvelles que vous pouvez avoir de papa Woldringh et d’Eddy, nous sommes anxieux à leur sujet. J’ai fait connaissance avec le consul suisse, je lui ai apporté de l’argent pour la Croix Rouge Suisse. Mes bien chers chéris, soyez calmes aussi, et ne vous laissez pas démoraliser par des influences contraires à notre devise suisse : un pour tous, tous pour un.
L’argent de mon carnet à la Caisse d‘Epargne est à votre entière disposition, employez-le pour votre bien. Mon papali, ma Mamali, mes frères, Banely, Mina, je prie pour vous.
God bless you all. Votre Nelly.




Ecrit à la main au verso de la dernière page de la lettre 214 du lundi de Pentecôte 1940
25.5.40
Mes bien chers
J’essaye de vous renvoyer cette lettre qui m’a été retournée par suite des événements survenus en Hollande (capitulation).
Ne vous faites aucun souci pour nous ici, pour le moment tout va encore normalement et bien, sauf que nous ne savons rien de nos chers en Hollande. Ne cherchez pas à écrire à Papa Woldringh, on fait tout le possible depuis ici, seulement si vous entendez quelque chose, écrivez-le nous.
26.5.40
Je viens d’apprendre que la correspondance avec la Suisse a repris normalement, mais il est trop tard pour encore vous écrire longuement, ce sera pour la semaine prochaine. En attendant n’ayez aucun souci pour nous, les choses vont bien ici, nous ne manquons de rien du tout et la santé est bonne. Boili aussi va bien et notre Conradli nous est un tel trésor dans ces temps surtout.
Mes chers, que Dieu vous protège
Votre Ge….
Mon affection va aussi à Minna ! et tous les vrais amis. Boili écrit à son père et partage mes sentiments dans cette lettre.








Batavia

lundi de Pentecôte 1940
(13 mai 1940)

214
Mes bien chers tous,
Nous venons d’apprendre qu’un avion partira demain matin pour tâcher d’atteindre l’Europe et je vais me dépêcher de vous donner de nos nouvelles, sans trop m’arrêter à des détails.
Je vous confirme ma très longue lettre 213, partie d’ici le 25 avril et qui vous parviendra peut être encore. J’ai reçu hier les deux lettres 234 et 235 de Mamali avec des bouts de lettre de Padre. Merci de tout cœur. Vous pouvez bien vous imaginer avec quel plaisir nous les avons lues et avec quels sentiments je les conserve. Je vais vite y répondre.
J’ai bien reçu les bavettes des Liechti. Je trouve touchant qu’elle me donne encore un cadeau. C’est pourtant bien la même qui m’a aussi donné un napperon pour le panier à pain lors de mon mariage ? Dis-lui que ce napperon, je l’emploie encore toujours avec beaucoup de plaisir et que par cela j’ai déjà souvent pensé à eux.
J’ai aussi reçu cette semaine un paquet de Sie&Er de Max. Remerciez-le pour moi, car ces envois me font toujours un plaisir extraordinaire ainsi qu’à Oscar aussi.
C’est dommage que je ne reçoive plus les Journal du Jura régulièrement, parce qu’ils vont encore toujours à Kediri, alors la poste là-bas ne me les renvoie pas toujours ici à Batavia. Si c’est possible, donnez ma nouvelle adresse.
J’ai bien reçu en son temps les haricots secs et j’en ai encore pour un dîner. Ils sont arrivés quelques jours avant notre départ de Kediri, si je ne me trompe pas, en tous cas je me rappelle les avoir reçus en plein déménagement. J’en ai beaucoup joui, et le beau petit sac en lin, je l’emploie maintenant pour emballer la bouteille de lait de Conradli. Autant que je peux je me sers pour lui des choses de la maison, car il faut qu’il apprenne de bonheur quelle grand-maman unique et quel grand-papa tendre et affectueux il a en Europe. Vos photos sont toutes dans sa chambre et ce sera les premières images qu’il pourra regarder, mon fils, il vous aimera donc déjà avant de vous avoir vus.
Tu me demandes ce qui est arrivé à mes dents de devant. Oui, elles sont devenues toutes jaunes, presque brunes de couleur et il faut que je les remplace. Je voulais attendre de venir en Europe pour le faire faire en Suisse ou à Paris chez un spécialiste, mais je pense que je vais le faire faire ici maintenant, car je ne peux plus trop attendre. C’est ma grossesse qui a fini de les gâter tout à fait. Elles ne sont pas pourries, seulement décolorées par suite du nerf qu’on a dû m’enlever il y a environ deux ans décela. Ne te fais pas de souci à ce sujet, cela me serait arrivé en Suisse également et cela n’a rien à faire avec l’état de santé. Naturellement que ma grossesse y est pour beaucoup, mes dents ont beaucoup souffert, mais c’est vraiment le seul ennui que j’aie eu pour avoir Conradli.
Maintenant, Motherlie, j’aimerais encore une fois te gronder pour la façon dont tu lis mes lettres. Dans ta lettre 234 tu écris : Girly, maintenant dis-moi pourquoi tu as attendu si longtemps avant de dire à Boili que tu étais… Sur la photo où vous avez fait la promenade, tu as eu l’air bien triste. Tu sais, Mother-eyes peuvent lire entre les lignes !!!
Mamali chérie,  je sais bien que les yeux de la Motherlie peuvent lire entre les lignes, mais il faudrait quand même qu’ils lisent aussi SUR les lignes.
Je suppose qu’il s’agit de la photo  où je suis assise, en robe blanche dans l’herbe et que je regarde le paysage. Pendant cette promenade j’ai en effet avoué à Oscar pour la première fois que j’avais senti mon baby bouger. J‘avais déjà eu ce sentiment pendant la nuit, sans bien me rendre compte que cela pouvait être le baby, ensuite pendant cette promenade j’ai de nouveau eu ce sentiment et je l’ai dit à Boili. En effet pendant cette promenade je ne me sentais pas trop bien, j’avais envie de vomir et je me sentais un peu étourdie. Oscar a su dès la première heure mon espoir, quand j’étais en retard de 4 jours avec mon mois !!! Il l’a su en même temps que toi, c’est à dire en même temps que je te l’ai écrit. Penses-tu, l’entente entre nous est meilleure que tu ne te le penses, même dans tes rêves les plus audacieux de mon bonheur. Oscar était un mari parfait avant, mais maintenant depuis que nous avons Conradli, notre amour s’est augmenté d’une tendresse affectueuse telle que je n’aurais jamais osé la rêver dans mes plus romanesques rêves de jeune fille et de fiancée. Maman, quoi qu’il arrive, ne te fais jamais, jamais de souci au sujet de mon bonheur conjugal. Je te l’ai déjà écrit souvent, et je ne peux que te le répéter du plus profond de mon cœur et de ma conscience. Je te dis la pure vérité, car en ce moment cela ne vaut pas la peine de mentir en quoi que ce soit.
Comme notre correspondance risque d’être interrompue pendant longtemps, je tiens à vous répéter que nous nous portons bien. Nous avons de bons amis ici. Notre santé à tous trois est satisfaisante, aussi notre état financier, il n’y a donc pas de soucis de ce côté-là. Nous saurons nous tirer d’affaire comme vous vous préparez à le faire aussi. Pendant que j’en suis aux affaires, j’aimerais te déclarer encore une fois que :
Je vous autorise, maman et papa, à faire usage de mon carnet à la Caisse d’Epargne et qui est en votre possession, quand les besoins de la situation actuelle ou à venir vous y obligeront.
Je sais que ce n’est pas nécessaire de vous le dire ainsi, puisque vous pouvez disposer du carnet de toutes façons, mais autant avoir les choses au point.
Mes bien chers tous, depuis ce dix mai, le jour d’anniversaire de la mort de notre Tatali, nos pensées, notre cœur et notre âme est avec vous en Europe jusqu’à présent plus particulièrement en Hollande. Je ne me fais toutefois pas d’illusions au sujet de notre Suisse bien aimée quoique je prie avec ferveur pour sa liberté et votre salut à tous. Il ne sert à rien d’en parler, nous souffrons avec vous, nous souffrons de devoir rester ici impuissants à vous aider en quoi que ce soit. Je n’ose pas, je ne veux pas penser au pire, je prie pour vous, nous prions pour vous tous les deux. Mes chers parents, mes chers, chers tous, je ne puis dire que cela. Je veux être digne de vous tous, car je sais que vous êtes courageux. Je veux l’être aussi, quoique mon courage doit être d’autre nature que le vôtre. Il s’agit ici de rester calme, maître de soi, même en voyant partout autour de nous des gens qui se laissent aller à des lamentations sans fin. Dans toutes les maisons il y a de l’anxiété soit pour des parents en Europe, soit pour des enfants, tels que les Fraay qui ont leur fils de 16 ans en Hollande. Nous souffrons tous et toutes, mais je tâche de le faire en silence et bien résolue à ne pas me laisser aller au désespoir, tu sauras lire entre les lignes et toi aussi mon cher, cher Paternel, mes parents à qui je dois tant !
Conradli commence à me connaître maintenant. Chaque fois que je me penche sur le berceau il me reçoit avec un large sourire. L’autre jour, la fiancée de Koo Koningsberger était ici et l’a pris sur les bras. Il l’a regardée longtemps puis il a commencé à faire le plus beau « pampu » (moue) du monde, ses coins de bouche rejoignaient son menton pointu ! Alors je l’ai pris dans mes bras et après un court instant il m’a fixée de ses grands yeux, il m’a souri et a dit : euheuheuh ! Aussi pour lui, mes chers, je dois rester forte et je saurai l’être.
Tu n’as pas besoin d’avoir peur pour les petits draps, je ne les lave pas moi-même, et même si je devais le faire, j’aime trop mon Conradli pour faire une chose pareille telle que de lui mettre des petits draps qui ne sont pas tout frais. Vois-tu, ici il faut être doublement attentif à l’hygiène et je t’assure qu’on ne peut rien me reprocher à ce sujet. Conradli pèse maintenant 5060 gr et tout le monde qui l’approche s’exclame : quel bébé sain et bien fait ! Ce ne sont pas des flatteries car je le vois aussi comme il est sain et si normal. Pourvu que je puisse le garder ainsi, c’est ma prière constante et je sais que c’est la vôtre aussi.
Mes chers, je dois vous quitter pour cette fois-ci. Que chacun de vous garde dans son cœur toute l’affection et l’amour que je lui porte. Nous sommes avec vous, nous souffrons avec vous et nous lutterons aussi, bien que la guerre ici ne paraisse pas immédiate, mais c’est moralement que nous lutterons. Ne perdons pas confiance. N’ayez aucun souci pour moi, je suis aussi votre fille, votre sœur, votre nièce et amie.