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mercredi 21 juin 2017



Batavia

6 février 1940
209


A sa maman
Enfin, enfin j’arrive à répondre à tes chères lettres et à te donner un peu de mes nouvelles. Cette lettre est donc uniquement pour toi, pas pour la famille, car j’ai une terrible envie de bien chnätsche (papoter) seulement entre nous deux.
D’abord, il me vient à l’idée que je ne t’ai pas encore remerciée pour mon agenda 1940 que j’ai bien  reçu en son temps et que j’ai entamé comme d’habitude, toujours en pensant bien à ma petite Rötteli ! Il y a encore quelque chose dont je dois te remercier mais je ne me rappelle pus quoi peut être que cela me viendra encore à l’idée.
Hier j’ai reçu ta 229 du 21 janvier, elle a de nouveau passé la censure à Calcutta, c’est pourquoi elle a eu du retard. Je crois qu’il vaut mieux à l’avenir ne plus écrire en suisse allemand, car cela pourrait retarder notre correspondance, vu qu’on ne peut pas s’attendre à ce que la censure comprenne ce patois, à moins qu’il s’y trouve aussi des Suisses ! Il y a une lettre de moi que vous ne devez pas avoir reçue, car tu ne m’en as jamais parlé. Elle contenait un agrandissement d’une photo de moi prise à Batoe, là où je brode sur la terrasse avec un mouchoir noué sur la tête.
Aujourd’hui j’ai enfin fini de coudre à la machine le trousseau du baby. Maintenant il ne reste plus que quelques petites choses à broder, et la plupart des choses sont déjà lavées et joliment rangées dans les tiroirs. Dimanche j’ai fini d’arranger le berceau définitivement. 
le berceau

Il est ravissant, et vous en aurez des photos. Ce soir nous avons été chez une pauvre femme qui fait des abat-jours, car j’aurai deux lampes dans la nursery, et je les fais faire les deux avec la soie de Banely qui me reste encore du berceau. La chambre est si jolie que j’y vais bien 20 fois par jour pour l’admirer !!! Tout y est ivoire et bleu ciel, sauf le fanion suisse que tu m’avais une fois envoyé avec les écussons de tous les cantons. J’en ai fait une petite poche pour mettre une brosse ou n’importe quoi. Enfin, vous aurez beaucoup de photos de la chambre, ayez encore un peu de patience.
Oscar a maintenant commencé de faire des agrandissements, les premiers qu’il a fait ont assez bien réussi, cela lui donne du courage et de l‘enthousiasme pour aller de l’avant. Il s’installe une chambre dans notre réduit à bagages !!! Hier soir il a été chez les van Schaik (la sœur et le beau-frère de Mr. Engelhart) jusqu’à minuit, à faire des essais dans leur chambre noire. Moi je n’ai pas été avec, je préférais rester ici à la maison à pétouiller. Autrement ces van Schaik sont bien gentils pour nous, on dirait qu’ils veulent prendre la succession des Engelhart dans notre amitié. Une des filles qui a 19 ans et étudie pour architecte de jardin, vient souvent chez moi pour m’aider à arranger mon jardin, elle plante, elle commande, elle travaille comme un cheval. Moi je la laisse faire, je suis bien contente qu’elle s’en occupe. Ce n’est que quelques mètres carrés, mais on peut tout de même en tirer parti. Elle va venir demain matin, elle aime bien venir, car après le travail au jardin elle vient causer avec moi. A la maison elle ne peut pas ainsi ouvrir son cœur, les parents, surtout la mère sont terriblement narrow minded en ce qui concerne la jeunesse, alors moi je fais fonction de sœur aînée. Heureusement que cette Hanna est un tout autre genre que le pot de chambre Mies !!! Il me faut naturellement être très diplomatique pour naviguer sans accroc entre les parents et la fille, mais j’aime bien lui aider.
Ce matin j’ai eu trois visites, l’une après l’autre, puis à midi Oscar me téléphone qu’il amenait Mr. Fraay à dîner, et ce soir il est rentré du bureau avec Mr. la Bastide qui a bu une tasse de thé. Cela fait 5 personnes aujourd’hui : tu vois que je n‘ai pas le temps de m’ennuyer !!!! Par Go, j’ai fait la connaissance d’une gentille jeune femme, hollandaise, qui a longtemps été en Suisse, à Genève et Montreux, elle parle bien le français et elle attend son second bébé au mois de juin. Les trois nous nous entendons très bien, et nous voyons souvent, car nous avons toujours beaucoup à nous dire, ayant un sujet commun qui nous occupe. Je me sens de nouveau tellement à la maison ici à Batavia, comme si j’y avais toujours vécu. Dimanche soir, nous avons été invités par les Warren, donc Oncle Maurice et Margot pour aller au cinéma d’abord et ensuite dîner chez eux. Oncle Maurice avait été à la chasse et avait rapporté des bécassines. Comme la dernière fois je les avais tellement aimées, ils nous ont de nouveau invités à venir les partager avec eux. Mais une fois à table, oh, la vilaine surprise, leur cuisiner chinois ne les avait pas fait rôtir !!! Maurice et Margot étaient furieux, ils voulaient chasser leur cuisiner au moment même, car ils s’étaient bien réjouis de me faire plaisir ! Je te dis tout le monde est tellement gentil avec moi et pour moi. De gauche et de droite je reçois des cadeaux déjà.

Rötteli, je dois encore te dire quelque chose et j’espère bien que cela ne te blessera pas et ne te causera pas de désappointement. Vu qu’il y a maintenant déjà une Lena (fille de Eddy et Ans Woldringh, frère de Oscar) dans la famille et que nous trouvons Roseline un peu trop long pour les besoins hollandais, et aussi pour satisfaire à un désir cher à Boili, nous avons décidé de changer quelque peu le nom de fille. Nous allons l’appeler « Rose » tout court, mais officiellement le nom sera « Zilla Rose ». Zilla est le nom de maman Woldringh, et Zilla-Rose sonne mieux que Rose-Zilla. Toutefois dans la vie courante nous aurons une petite Rose. J’espère seulement que tu ne seras pas déçue parce qu’officiellement ton nom sera le deuxième, mais dans la vie elle sera et restera une petite Rötteli. Si c’est un garçon, le nom reste donc Conrad-Louis.
Nous ne ferons pas faire de cartes, vu qu’un certain Padre et une Mothere se chargeront avec plaisir de colporter la nouvelle !!! Nous ne ferons faire des cartes que pour ici, car Boili y tient !
Pendant que j’y pense, il te faudra aussi annoncer la naissance à Mademoiselle (Madame ??) Milly Lenzinger, Kapellenstrasse… à Berne. J’ai reçu une longue lettre d’elle, elle travaille à la Croix Rouge, elle est contente d’être en Suisse, à la maison, mais elle regrette bien les Indes tout de même. Si cela te dit de la voir une fois, alors dis-lui de venir. Enfin, fais comme tu voudras. Tout le long de sa lettre elle chante comme elle voudrait bien encore être à Batavia, maintenant que j’y suis de nouveau ! Oscar et moi avons déjà dit merci au ciel qu’elle n’y soit pas !!! C’est pour le coup qu’on ne serait plus jamais seuls à la maison ! Penses-tu, je ne voudrais même pas avoir Flock près de moi, de peur qu’elle vienne trop souvent déranger notre intimité. Je ne la demanderai pas comme marraine, j’espère bien que tu ne lui auras rien dit à ce sujet. Oscar n’y tient pas, et d’ailleurs il paraît que ce n’est pas nécessaire d’avoir une marraine à un baptême hollandais. C’est autrement que chez nous, alors nous verrons encore cela. Mais s’il y a lieu de demander des parrains, ce sera donc les Charlous. Mais tu sais, ils n‘osent pas donner quoi que ce soit comme cadeau, ce n‘est pas pour cela que nous les demandons ! C’est tout simplement parce que… nous ne les aimons pas du tout !

7 février
Ouf ! quelle matinée ! j’ai cessé d’écrire hier soir parce que j’étais au bout de mon papier et je voulais attendre à ce matin pour recommencer une nouvelle feuille, mais le sort en a décidé autrement. D’abord, à peine que Boili était parti au bureau, j’ai fait le tour de ma maison, et j’ai fait une tourte au maïs. Je les aime bien ces tourtes, elles sont bon marché et comme on n’emploie pas de beurre ni d’oeufs, elle entre dans mon régime et je puis aussi en manger. Après, j’ai essayé de faire de la poitrine de veau farcie, une chose que je n’ai encore jamais eu l’occasion de faire avant. Je me demande si cela sera bon à midi ? J’y étais encore occupée, voilà que Hanna arrive avec des plantes. Elle avait pris un ouvrage avec elle, de sorte qu’elle est restée toute la matinée, heureusement que j’avais aussi à coudre, alors cela allait en même temps, et j’ai de nouveau patiemment écouté ces histoires de jeunesse. On était bien installées, voilà que Annie Elout s’amène avec ses deux gosses (enfants). Cela a été une visite mouvementée, énervée et énervante. Elle parle sans discontinuer, elle saute d’un sujet à l’autre et c’est très fatigant, simplement de l’écouter. Je suis bien contente que nous n’habitions pas trop près l’une de l’autre. En parlant d’elle dans ta dernière lettre tu penses qu’elle n’est pas trop bien éduquée etc, mais tu te trompes, Anne est bel et bien avocate, ayant fait toutes ses études en Hollande. Elle est vraiment très calée, dommage qu’elle soit si terriblement nerveuse.

tisane d'alchémille

alchemillae vulgaire
Le Frauenmänteli Tee (tisane d’alchémille, Alchemillae vulgaris herba, angl. Lady’s mantle, tisane pour maux gynécologiques et féminins)), je le boirai comme tu me l’indiques, sitôt que je l’aurai reçu. Je l’ai  raconté au docteur, alors il a ri et m’a bien permis de le boire, disant que cela ne servait à rien. Alors je lui ai répondu : …says you !!!


Moi aussi j’ai eu du plaisir à lire que Charlot était fatigué de Miss Christen. C’est pour le coup que maintenant je suis certaine qu’il a tout eu, car d’une simple amitié on ne se fatigue pas ainsi !!! Oui, tu as eu bien raison de ne jamais rien dire, moi aussi j’ai déjà souvent fait l’expérience de laisser travailler le temps pour nous au lieu de vouloir mettre les choses au point tout de suite. Le temps guérit bien des choses !!! Et si l’on a la patience d’attendre !
L’autre jour j’ai eu une courte visite de Didi van Mastwyk. Elle m’a offert de la tutoyer ce que j’ai accepté avec plaisir. Elle est plus jeune que moi, elle n’a que 27 ans, mais voilà c’est la femme du directeur. Elle est assez jolie, mais ce n’est pas une dame. Elle a bon cœur, mais pas toujours assez de tact. Tout de même c’est quelqu’un avec qui je puis bien m’entendre, avec un peu de bonne volonté naturellement. Lui est en Europe maintenant, il doit arriver en Hollande ce soir ou demain matin, mais ce n’est pas encore sûr qu’il puisse venir en Suisse, et peut être qu’il viendra mais ne pourra pas passer par Bienne. En ce cas il enverra le petit paquet par la poste. Il n’a que 5 semaines à rester à Europe, et il a tant à faire et tellement de monde à voir !!!
Je ne suis pas convaincue que ce sera un Conrad et je vous prie bien de ne pas être désappointés, car cela me ferait de la peine. Papa W. a aussi déjà écrit que je devais tâcher d’avoir un Conrad et qu’alors il se ferait parrain du gosse !!! Ma foi, j’espère bien que je pourrai satisfaire à vos désirs !!! Oscar, lui, aimerait tout autant une petite Rötteli qu’un garçon, et moi aussi après tout, je serai contente de ce qui arrive, pourvu que ce soit un bébé en bonne santé. Quant à l’évènement, je suis bien calme, je sais que ce sera plusieurs heures très pénibles à passer, mais tant de femmes y ont passé avant moi, que sûrement je saurai en faire autant. J’y pense souvent mais sans inquiétude, je suis calme, confiante et paisible. Je crois que je t’ai écrit dans une de mes lettres précédentes que j’avais été à la clinique faire connaissance avec la sœur (l’infirmière en charge). Elle m’a si gentiment reçue, comme si nous étions de vieilles connaissances. C’est une toute vieille très sympathique et tout le monde me dit comme elle est bonne. Maintenant il ne me reste plus que mes objets personnels à mettre en ordre, un peu réparer ta chemise qui est déchirée par endroits Je vais m’y mettre demain et une fois que je serai prête, je vais faire les deux valises, celle du baby et la mienne de sorte qu’on n’aura qu’à les mettre dans le taxi et filer à la clinique. Je sais d’avance que Boili aura tout à fait perdu la tête, c’est pourquoi je prends toutes mes précautions. Il est bon, courageux et intelligent, mon Boili, mais quand il me voit souffrir, c’est une patte à relaver qui a mal au ventre et qui perd tellement la tête qu’il se met à me gronder !!! sans le vouloir bien entendu.. Heureusement que je le connais si bien maintenant, je suis quitte de m’en faire, et comme déjà dit, je prends mes mesures !!! Une fois que je serai prête avec toute cette couture, je vais encore me mettre à ma correspondance et puis prendre du bon temps, lire de beaux livres etc, pour que je sois bien reposée et fit quand le moment arrivera…

L’autre jour madame Dozy est venue me rendre visite, donc la maman de Minnie, la fiancée de Koo Koningsberger. Elle m’a apporté un joli lien de serviette en argent pour le baby déjà, et un joli petit pantalon. Aujourd’hui j’ai eu une lettre de Ans (sœur de Koo et épouse de Eddy, frère de Oscar) qui me donnait des nouvelles de la petite Linette. Je l’ai donnée à lire à Boili sans rien dire, mais quand il a eu fini, il a aussi trouvé que c’était une lettre un peu superficielle et forcée. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne crois pas que nous nous attacherons beaucoup à eux. C’est autre chose avec cette Minnie Dozy ici, elle m’est très sympathique. Oh, je te dis, je suis en plein dans les connaissances agréables et chacun est tellement bon pour moi.
Ici à la maison je n’ai plus trop de soucis non plus. Kaidi est toujours attentif à me faire plaisir, il travaille comme un cheval, des fois c’est un peu un stämpere (parle trop), mais il faut bien que je l’écoute, vu qu’il n’a pas sa femme ici, ni des amis avec qui parler. Tous les mois j’écris pour lui à sa femme, c’est lui qui dicte, et il raconte toujours comme il est gâté par la njonja (maîtresse de maison). Il envoie régulièrement une partie de son salaire à la maison, et je l’aide où je peux en lui donnant à bouffer les restes, ce qui le rend très heureux. Sur mon initiative, il a aussi pris un carnet d’épargne à la poste et tous les mois il va y mettre 25 cents, ce qui le rend très heureux, car grâce à ce système, il se voit déjà grand propriétaire de champs de riz dans son village ! C’est une bonne pâte. La petite baboe aussi travaille bien, mais elle a moins bon caractère que Kaidi, elle est moins franche, de sorte que je dois bien la surveiller qu’elle ne me fiche pas de blagues. La koki, c’est une bonne vieille avec beaucoup de bonne volonté, ce qui me fait fermer les yeux quant à son art culinaire par moments. En grandes lignes, mon ménage ne marche pas mal, de sorte que je pourrai m’absenter sans me faire de soucis pour Boili. Je te raconte tout cela pour que toi non plus tu n’aies pas de souci à mon sujet.
Mais maintenant c’est Schluss ! Il est 10 ½ heures, j’ai bien sommeil et Oscar va rentrer dans une demi heure. J’ai juste encore le temps de porter cette lettre à la boîte aux lettres qui est ici tout près.
Oh, je tombe de sommeil.
votre Ge… et son Boili.



lundi 5 juin 2017



Batavia

17 décembre 1939
206


Mes bien chers tous,
Dans deux jours c’est ta fête. Comme je vais penser à toi et te souhaiter tout ce qu’un cœur peut souhaiter à sa Rötteli. Encore une fois, j’espère que tu passeras un aussi beau jour que possible dans les conditions actuelles. Peut être que les CharLous pourront être près de toi, alors je ne doute pas que la fête sera complète.
Nous avons reçu hier ta lettre 225, contenant une deuxième photo de nos trois hommes qui nous sont tellement indifférents ! Tu m’accuses réception de ma lettre 203, mais j’espère qu’entre temps vous aurez bien reçu mes lettres 204 du 16 novembre et 205 du 2 décembre.
Nos meubles sont arrivés ici le trois décembre, et Boili a pris congé du bureau pendant trois jours pour pouvoir m’aider et je dois dire qu’il a travaillé comme un nègre. C’est lui qui a déballé toutes les caisses, c’est lui qui s’est occupé de toutes les installations, telles que discuter avec les électriciens pour le placement des lampes, du gaz, du frigidaire et de toutes les mille et une choses nécessaire quand on installe une nouvelle maison. Je n’ai pas eu à me faire le moindre souci, et le 7 décembre nous avons déjà pu coucher dans notre  nouninouni. Notre djongos Kaidi a aussi été une aide parfaite, il a travaillé tout ce qu’il a pu et m’a aussi aidé où il a pu, toujours content et prêt à me rendre service. Voilà 10 jours que nous sommes dans notre maison et tout, absolument tout est en ordre, installé, organisé et je n’ai plus à me faire le moindre souci. Je puis donc me remettre à ma petite layette d’un cœur tranquille.
J’ai reçu un beau potager à gaz (cuisinière à gaz), dernier modèle avec un bon four. Nous avons aussi un frigidaire General Electrics, tout neuf, qui m’est vraiment d’une grande utilité et qui le sera encore plus quand le baby sera là. J’ai une très jolie petite cuisine, petite, toute petite, mais bien arrangée et Kaidi a tout peint en bleu vif, et j’ai acheté de la belle toile cirée à carreaux bleus et blancs pour les buffets et les tablards. Tu devrais voir comme il y a de l’ordre ! J’ai aussi une petite pantry (garde manger) que j’ai arrangée de la sorte. Si je n’attendais pas le baby maintenant, c’est moi qui ferais la cuisine, car tout est tellement pratique que ce n’est aucune fatigue et ici beaucoup de dames la font elles-mêmes. C’est pas comme dans les grandes maisons de Tjilatjap ou Kediri, où il faut marcher une demi-heure jusqu’à ce qu’on arrive à la cuisine, aussi il m’est facile ici d’avoir le nez partout, ce qui a eu pour conséquence que j’ai déjà engagé ma deuxième koki en 10 jours !
Maintenant que tout est à sa place et  que j’ai trouvé une place pour chaque chose, je me sens bien dans notre petite maison. Elle nous paraissait rudement petite au commencement, presqu’à y étouffer, mais on s’y fait vite et maintenant nous sommes déjà bien habitués. Je suis même contente qu’elle ne soit pas plus grande, cela nous épargne bien des frais et des visites !
Des visites ! J’en ai déjà eu par exemple, et trois hommes les uns après les autres et la sœur de monsieur Engelhart. Le premier c’était le papa de Mimi Hausermann, une connaissance d’il y a deux ans ici, le second Wil Oliemans, nos amis de Tjilatjap, et le troisième Ger Heintzen, le cousin d’Oscar qui travaille aussi à la Banque et qui était de passage ici, venant de Makassar (Sulawesi/Celebes) pour aller à Calcutta, son nouveau champ d’activité.

J’ai eu une journée bien chargée aujourd’hui, mais très agréable. Ce matin très tôt j’ai été chez le docteur avec mon bäbä, car j’ai de nouveau la dysenterie. Il n’ose pas me faire de piqûre en ce moment, alors on va tâcher de faire disparaître les amibes d’une autre manière. Oui, Rötteli, maintenant tu peux vraiment m’appeler « mülbe » (parasite) comme tu aimais tant le faire dans le temps ! Toutefois, il ne faut pas te faire du souci, ici tout le monde a la dysenterie une fois ou l’autre, on s’y fait comme aux autres choses aussi et j’en sais assez maintenant pour me soigner toute seule. Il y a de nouveau beaucoup de choses que je ne peux pas manger, mais par contre il y en a beaucoup d’autres qui me sont permises, et pas des plus mauvaises ! Le docteur m’a pesée aujourd’hui, je fais déjà 66 kg 200, alors qu’en temps normal j’étais toujours environ à 60 kg. Je grossis à vue d’œil, surtout ces derniers jours il me semble. Autrement je me porte bien et maintenant que nous allons marcher tous les soirs au moins une heure, et des fois deux, je n‘ai plus les pieds enflés, la circulation du sang se fait mieux. Je travaille tout le jour, je ne suis pas paresseuse, tu n’as pas besoin d’avoir peur ! Les Hausermann, que nous avons été saluer, ne m’ont presque pas reconnue. Ils ne pouvaient pas assez dire comme j’avais meilleure mine qu’il y a deux ans, surtout mon teint est tellement plus frais, et naturellement je suis plus grasse ! Et le bébé qui bouge, c’est fou ! Je commence à avoir de la peine à me baisser maintenant, c’est que le bidon ne peut plus passer inaperçu ! Oh, nous nous réjouissons tellement, moi je ne peux presque plus attendre de pouvoir le serrer dans mes bras.
19 décembre
Bonne fête, Mamms ! Beaucoup de bonheur, et surtout bonne santé, et que Dieu te protège comme je le prie tous les jours pour vous tous. Déjà depuis 3 jours Boili me réveille le matin avec un muntschi en me souhaitant bonne fête de peur d’oublier le jour même. Alors ce matin c’était vraiment le bon jour et lui aussi te souhaite tout le bon, le beau et le bien. Tu sais, ta dernière lettre me fait beaucoup penser à mon propre temps de communion, cela m’a beaucoup aidé dans ma jeunesse et m’a donné la force de vivre. Peux-tu comprendre maintenant mon chagrin le jour de ma communion quand vous ne vouliez pas venir à l’église avec moi ? Depuis la vie, ses joies et ses soucis m’ont un peu dirigée d’un côté plus matériel, plus terrestre, mais au fond de moi, je suis restée la même, même si je ne vais pas à l’église. Maintenant que nous demeurons à Batavia et assez près d’une des églises protestantes, nous y irons aussi, Boili et moi. Surtout pour les fêtes de Noël, je sens le besoin d’y aller. Je pensais toujours que nous pourrions faire baptiser notre baby par le pasteur Gétaz, mais s’il faut attendre trop longtemps avant de pouvoir venir en Europe, nous le ferons faire ici.
Crois-tu que je puisse demander Flock pour être marraine et l’un des garçons comme parrain ? A moins que Boili ne veille demander quelqu’un de son côté à lui, je ne le sais pas, car nous n’en avons pas encore beaucoup parlé. Il faudra encore que nous nous décidions, afin de pouvoir écrire et régler la chose à temps.
Tu sais, je pense, que Eddy (frère de Oscar) et Ans ont une petite Linette, née le 1er décembre. Leur joie doit être grande, ils nous ont envoyé un télégramme.
J’ai déjà eu du plaisir ce matin. On m’a fait le compliment que j’étais une personne très pratique !!!
Rue de Batavia
J’ai vite été en ville, profitant du taxi de Boili ce matin, et j’ai acheté de la belle soie jaune, pour une couverture de lit. Ici nous n’employons plus de moustiquaire car nous avons toute la chambre, fenêtre et portes avec du treillis anti-moustiques. C’est bien pratique, les gens qui étaient dans la maison avant nous l’ont fait installer, alors nous leur avons repris toute l’installation. Maintenant j’ai une fois le plaisir d’avoir une chambre à coucher tout à fait européenne et j’en jouis. Je veux donc couvrir nos lits, et pour cela j’ai eu la lumineuse idée de défaire la dentelle et de grands entre-deux de dentelles de deux draps de maman Woldringh que Linette m’avait donnés. Ces draps, je ne trouvais jamais le moyen de les employer et la dentelle est faite à la main, au fuseau, en fil écru. Elle est très belle, alors je la couds en longues bandes à travers cette soie jaune, l’effet est ravissant et très riche, et j’ai réussi à trouver de la soie artificielle, lavable, pas trop chère. J’en ferai aussi des rideaux et avec les restes, j’en garnirai le pourtour devant ma table de toilette. Ainsi cela me fera une chambre à coucher superbe et pas trop chère. L’effet est environ celui des rideaux jaunes dans la chambre des garçons à Sutz. Est-ce qu’ils existent encore, ces rideaux ?


Pour la chambre de notre baby, j’ai trouvé ici quelqu’un qui fait très bien le duco, alors je donne tous mes meubles de la chambre des visites pour laquer crème ivoire. J’ai déjà donné mon armoire à linge et une autre armoire de même grandeur, elles sont devenues très jolies. Maintenant je donnerai encore une petite commode. Les murs de la chambre sont aussi crème ivoire et les boiseries brunes. Le berceau sera en rotin, crème également, recouvert de soie bleu ciel de Banely et les rideaux de tulle brodé de maman Woldringh, crème également. 

le berceau
Je ne mets pas de tapis par terre, car il faut éviter tout ce qui peut occasionner de la poussière ou n’importe quoi qui ne soit pas tout à fait hygiénique. Pour le petit bain, je vais acheter une grande seille à lessive que nous peindrons en crème aussi. J’en avais aussi une, moi, n’est-ce pas ? Tu te souviens comme je criais quand tu me lavais les cheveux ? Je me vois encore dans cette seille, et tu avais une de ces grandes brosses à cheveux de Padre que tu lavais en même temps, là dans la cuisine chez Gygax ! Comme le temps passe vite ! Maintenant c’est moi qui aurai bientôt un tel petit « Dräckli » ! Cette perspective me remplit d’un immense bonheur, j’en suis toute inondée. J’ai de temps en temps un moment où j’ai les bleus sans savoir pourquoi, soit que quel qu’un dise quelque chose qui ne me soit pas sympathique ou n’importe quoi, alors cela me vient so  « agheit » (inopinément).
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C’est peut être mieux pour moi dans les conditions actuelles de pouvoir être ici, loin de tout. Mais tu sais, Mamms, tu n’as pas besoin de m’écrire des lettres extra belles vous concernant. J’aime mieux que tu écrives toujours la simple vérité, car je lis attentivement tous mes Journal du Jura de sorte que je puis bien me faire une idée de la situation où vous vous trouvez, des restrictions qui vous sont imposées, des mesures que prends l’Etat, etc. Je n’ai pas encore rencontré de Suisses ici, mais cela viendra.
Oeppis muess i der no sage : Du weisch jo dass me nid gärn got go lädele, das het me nie gärn doh, aber jetuze vrogt me mi alli Samschtig : göi mer e chlei id Stad ? Hesch öppis ds choufe ? U de blybt me de grad so lang stoh wie i wott, bis i alles gseh ha ! I weis jo scho dass das nid so witers cha go aber fer a momänt hani toch freud dra.
Je dois te dire encore quelque chose, tu sais qu’On ne va pas volontiers faire les magasins, mais maintenant On me demande chaque samedi, on va en ville ? Tu as des courses à faire ? Et On attend jusqu’à ce que j’aie tout vu. Je sais bien que cela ne peut pas durer mais pour le moment cela me fait plaisir.
20 décembre
Est-ce que  tu as eu une belle fête, Mamali de mon cœur ? J’espère que oui. J’ai beaucoup pensé à toi pendant toute la journée. Oscar vient de me téléphoner qu’il amènera Mr. van Mastwyk à dîner, ce sera mon premier guest ici dans notre maison pour manger, mais je ne fais rien d’extra. Est-ce que je t’ai déjà écrit que sa femme attendait un baby presque en même temps que moi, ou même quelques mois plus tôt, et au mois d’octobre le baby est mort, il a fallu le lui enlever. C’est déjà la troisième fois que cela lui arrive, et cette fois-ci elle a été bien, bien malade. Ils possèdent un bungalow dans les montagnes, et elle reste là-haut pour reprendre des forces, mais c’est surtout moralement qu’elle souffre, alors il aimerait bien que j’aille quelques jours vers elle. Mais j’ai dit qu’avant de faire une chose pareille, je voulais être sûre que cela ne lui fait pas mal au cœur de me voir ainsi, car dans son état de faiblesse, cela pourrait peut être lui faire plus de mal que de bien. Quand il viendra à midi je lui en parlerai franchement, et si elle le désire vraiment, j’irai pour quelques jours. Je ne la connais pas trop bien encore, et elle ne m’est pas terriblement sympathique, mais j’ai bien pitié et si je puis lui faire du bien, je veux le faire de bon cœur, car je comprends sa tristesse, moi qui attends moi-même cette grande joie Il se peut donc que je parte pour quelques jours au commencement de janvier, si je n’écris pas, tu ne t’en feras pas.
Oscar n’a pas eu le temps de t’écrire pour ta fête, ni pour cette lettre –ci non plus, car Elout est au service et Boili est seul pour tout le travail. Comme il n’y est pas encore depuis longtemps, cela lui donne passablement à faire. Il travaille de nouveau tous les soirs ici à la maison, des fois jusqu’à minuit. Mais j’ai bien soin de lui, je lui fais aussi prendre du Nestrovit, comme moi, car il faut qu’il garde ses forces.
Merci encore mille fois pour ta lettre 225 et labelle photo. Je les regarde pas du tout, tous ces hommes !!! Et quand tu auras celle des trois soldats, je la regarderai encore moins !!! Si tu as l’occasion de te faire photographier, j’aimerais que ce soit de face, tel que celles des garçons en officiers, une grande tête, car je veux les mettre toutes dans un seul cadre dans la chambre du baby. Il faut qu’il sache dass mer no es Rötteli hei !  Je mettrai donc dans un cadre les photos des garçons en officiers, celle du Padre de la mobilisation, où il est au volant avec son sourire, et … s’il y a encore une petite place, alors peut être que j’y mettrai aussi une certaine Rötteli, mais pas au milieu, seulement dans un tout petit coin !!!
Je t’accuse encore une fois réception des photos du pic-nic à Sutz, que j’ai donc toutes bien reçues.
Je savais que le psaume 121 était aussi ton verset de confirmation, Du dûmes Muetti, tu oublies tout, j’en avais pourtant déjà du plaisir à mon mariage, et toi aussi ! On voit que tu portes de nouveau les cheveux longs, cela t’a raccourci la mémoire !!! Est-ce que tu arriveras seulement à te rappeler, dass de no nes Nitzli hesch ? (que tu as une fifille).
J’ai une mauvaise conscience de ne pas encore avoir écrit à mes deux frères-soldats. Je vois qu’on fait tant pour nos piou-pious en Suisse, et moi je n’arrive pas seulement à faire mon devoir de sœur. Une lettre serait la moindre des choses puisque déjà je ne peux pas leur envoyer de paquet ! J’espère qu’ils ne m’en voudront pas trop. Ce n’est pas l’affection, ni la bonne volonté qui manquent, mais jusqu’ici le temps et la tranquillité pour me mettre sérieusement à ma correspondance. Je n’ai encore écrit aucune lettre pour Noël et Nouvel An, ni pour la Suisse, ni pour la Hollande, ni pour ici.
Pendant que j’y pense, je crois que Boili tient à faire faire des cartes pour annoncer la naissance, alors tu pourrais faire une liste à qui je dois en envoyer en Suisse, cela m’épargnera du temps et d’en oublier la moitié. Ici on annonce les naissances par le journal, c’est la manière hollandaise, mais je ne crois pas que cela se fasse en Suisse. D’un autre côté, je n’ai reçu de cartes ni de la Amsy, ni de beaucoup d’autres dont tu m’écris qu’ils ont reçu des enfants, de sorte que je ne me sens pas obligée de faire beaucoup de frais non plus. Enfin, fais toujours cette liste, et on verra.
J’ai de nouveau reçu un cadeau de tante Engel, qu’elle a brodé elle-même, la bonne âme, mais c’est une horreur ! C’est un sac de couchage en flanelle pour les nuits froides, alors elle a brodé dessus le chaperon rouge, mais avec des couleurs impossibles ! Il reste à souhaiter que le poupon pissera bien souvent dessus, afin que ce soit vite usé !!! C’est une bonne âme, mais elle n’a pas plus de goût que je ne sais quoi.
Est-ce que Padre a déjà avisé Köbu Gassmann de ma nouvelle adresse ? Car je tiens bien à recevoir mon paquet de journaux (Journal du Jura), mais je n’ai pas le temps de lui écrire pour le moment, et puis, il faut le faire par avion, et cela revient terriblement cher pour des petites lettres pareilles, le faire par bateau, c’est trop incertain.
Veuille aussi remercier Max pour les Sie&Er et les Illustrés qu’il m’envoie régulièrement. J’en ai beaucoup de plaisir.
J’aimerais aussi que tu écrives à Banely et à la Giggerli, car je ne les ai pas gâtées avec des lettres, et pourtant ce n’est pas à mon affection que cela tient.
Cette lettre ne vous parviendra plus pour Noël. Je te souhaite que vous puissiez le passer tous réunis, même simplement, mais ensemble. Nous, on pensera à vous de tout notre cœur plein de bons vœux aussi. Mais ne vous en faites pas pour nous, je n’aurai pas le heimweh (l’ennui), non, il faut savoir être raisonnable, et pourvu que vous vous portiez bien et que nos prières soient entendues. Il arrivera bien une fois un Noël où nous serons de nouveau réunis, j’espère. Nous ferons un tout petit arbre pour nous deux, et je pense que nous irons à l’église, et le reste de la soirée Boili jouera du piano et moi j’en jouirai. Nouvel An aussi nous le passerons tranquillement ainsi, et peut être bien que j’achèterai une bonne bouteille pour boire à votre santé, à vous tous mes chers, et à l’avenir de nos pays-patries.
Que Dieu vous protège tous, mes bien chers, et notre Suisse, et l’Europe, j’ai aussi tant de pitié pour les Finlandais. Je trouve terrible que tant d’innocents doivent souffrir ainsi, j’aimerais tant pouvoir faire plus pour leur aider, car je ressens bien que nous menons une vie très égoïste ici par rapport à vous en Europe en ce moment. Je tâche de faire du bien autour de moi où je peux, mais je sais bien que ce n’est rien à côté de ce qu’on demande de vous en Suisse. Bien que je n’écrive jamais rien de la situation actuelle, sachez pourtant que nous vivons intensément avec vous.

Mes biens chers, encore une fois tous nos vœux et nos prières pour les jours à venir ……. avec toutes nos pensées affectueuses.

samedi 22 avril 2017




Batoe

6 juillet 1939

A sa maman
Je rentre lundi déjà, car Oma reçoit d’autres visites 3 jours plus tôt qu’elle ne les attendait, alors il faut que je fasse de la place. Mais j’y reviendrai ici, peut être au mois d’août ou septembre. En rentrant j’aurai de nouveau beaucoup à faire pendant quelques jours, voir du monde etc. et je crains que je n’arriverai pas à écrire et alors tu devras attendre trop longtemps. 
Nelly été 1939

Car j’imagine que tu es bien impatiente de savoir la suite de ma lettre précédente ? Eh bien, le schnyder (règles mensuelles) n’est pas encore venu, voilà donc au minimum 12 jours de retard. Cela ne veut encore rien dire, c’est vrai, et pourtant je crois bien que cela veut dire quelque chose car je n’ai encore jamais eu un retard pareil, au contraire il est toujours arrivé plus tôt que plus tard.
Est-ce que tu peux t’imaginer mon plaisir. Peut être que oui, mais sûrement tu ne peux pas te représenter le plaisir de Buby, c’est fou ! Et tu devrais voir l’ange qu’il est devenu, il était gentil avant, mais maintenant c’est un modèle ! Il y a 8 jours aujourd’hui que je lui ai dit que j’étais en retard avec le schnyder et que peut être… ! Alors quand il est revenu pour le weekend samedi passé, il m’a apporté un cadeau ! Devine quoi ? Ce gros fou m’a apporté un livre : Het dagboek van ons Kind ! (Le journal de notre enfant). Un livre merveilleux où il y a de tout concernant les enfants, leur croissance, leur arbre généalogique etc. Un vrai grand journal dans lequel la maman écrit tout ce qui concerne l’enfant, depuis le premier sourire etc. Il y a aussi des pages pour coller des photos ! Cela va jusqu’à la 6ème année. C’est donc le premier cadeau que j’ai reçu et je suis contente qu’il soit de mon Boili, mais est-ce que tu ne trouves pas qu’il était un peu fou d’acheter cela déjà maintenant ?

Weisch, me luegt mi scho a wi wenn i vo glas wär u jede chlynscht wunsch list me mer vo de ouge ab, wenn das gang so blybt de chani ds’fride s ! Du weisch, dass i 2 sehr gueti buecher ha über alles was das geit vo zweene dokter geschribe. I wott die buecher nid läse, wenns de einisch so wyt isch de gseh ni jo de scho wie’s geit, aber är het alles gläse vo a – z sodas er mer gang guète rat cha gä. Findsch das nid schön ?
Gchozet ha ni no nid, aber es isch mer nängisch schlecht u i wo gang so guet het chönne asse, i muess mi jetze forciere à Tisch z’go, es ecklet mi grad alles. D’Oma hie seit, dass es emänt scho das chönnti sy, aber sy wott mer no kei hoffnig mache si seit süsch sygi de d’entuschig z’gross, aber i gloube, dass sy jetze doch o dra gloubt.
Der Bueb het scho langer als zwöi johr sym Atti numme gschribe, un dam mändig wo me wieder furt isch, het me mer am Atti’s letschte brief gforgt, me welli schrybe wenn me zyt heigi ! I ha gseit, aber de muesch no nüt sage vo mir, aber grad äbewott me wäge däm schrybe. I sage der me isch meh as f….sturm. Un dam abe nimmt me mi id d’arme wie nes schys chind u de bout me zukunfts plan u goumet mi bis i yschlofe. Muetti, wenn’s nid so schön wäre, i muessti de gwüss albe einisch lache. Am letschte  Sunntig wo mer sy scheli go spaziere, het me mer alli blüemli woni am wäg lang schön gfunde ha, zämegläse ! U süsch isch me gwüss ful gnue !
Du sötisch gseh wie ni wieder gue uusgseh !  so schöni rosigi backe und Anders brun wie nes negerli. Es geit mer guet, num d bumeli tue mer weh. I dänke dass mer di nächschti wuche zumene dokter gö nach Soerabaya, u wenns de noche isch gangen i de ou nach Soerabaya id Kliniek. Mer hei nid gnue vertroue i dä dokter vo Kediri, u so für ne erschtes mol muess me vorsichtig sy, findsch nid ou ?
Aber gäll Muetti, fo no nid avo lisme, das het no zyt, u i sage der de scho was nötig isch. Eh i cha no nid dänke dass es söttigs glück mer beschiden isch. Du woni der brief vom Vater bercho ha woner schrybt dass d’Ans ider hofnig sygi, do han i no em Bueb gseit : i wett jo gärn dass es mi wär wo ider hofnig isch, aber i ha jetze glehrt z’fride d’sy mit mym los und uf e lieb Gott vertroue, wenn mer de ne chindli dörfe ha, de schickt Er’s de scho, u so lang warten i halt u bi z’fride. U grad 8 Tag druf han i scho e chlyni hofnig dörfe ha, wo gang grösser wird. I cha nid warte bis i dy brief berchume. Du hättisch doch ou freud, oder nid ?

Traduction
"On" = Oscar
Tu sais, « on » me regarde comme si j’étais en crystal et on lit chaque souhait de mes yeux, si cela reste ainsi, je peux être contente. Tu sais que j’ai 2 excellents livres concernant tout ce que cela concerne, de deux médecins. Je ne veux pas lire ces livres, je verrai bien comment c’est, mais il a déjà tout lu de a à z de façon à ce qu’on me donne toujours de bons conseils. Tu ne trouves pas cela gentil ?
Je n’ai pas encore vomi, mais j’ai de temps en temps la nausée et moi qui pouvait toujours manger, je dois me forcer maintenant d’aller à table, tout me dégoûte. Oma ici dit qu’à la fin cela peut bien être cela, mais elle ne veut pas me donner de faux espoirs sinon la déception serait trop grande, mais je crois que maintenant elle en est persuadée aussi.
Le Bueb n’a plus écrit à son père depuis deux ans, et ce lundi avant de partir, On m’a demandé la dernière lettre du père, qu’On voulait lui écrire quand on aura le temps ! J’ai dit, mais ne dis encore rien à mon sujet, mais c’est justement pour cela qu’On veut lui écrire. Je te dis, On est plus que fou. Et le soir On me prend dans ses bras comme un petit enfant et On fait des plans d’avenir et On me surveille jusqu’à ce que je dorme. Muetti, si ce n’était pas si beau, je devrais bien en rire parfois. Dimanche passé pendant que nous nous promenions, On m’a cueilli toutes les fleurs que je trouvais jolies ! Alors que d’habitude On est bien paresseux.
Tu devrais voir comme j’ai à nouveau bonne mine ! de belles joues roses et bronzée. Je vais bien, seulement les seins me font mal. Je pense que la semaine prochaine nous irons chez le médecin à Soerabaya et lorsque le moment sera venu, j’irai aussi à Soerabaya à la clinique. Nous ne faisons pas assez confiance au médecin de Kediri, et pour une première fois il faut faire attention, ne trouves-tu pas aussi ?
Mais n’est-ce pas, Muetti, ne commence pas déjà à tricoter, nous avons le temps et je te dirai de quoi j’ai besoin. Oh, je n’arrive pas à croire à mon bonheur. Lorsque j’ai reçu la lettre du père que Ans était enceinte, j’ai dit au Bueb : je voudrais bien que ce soit moi qui est enceinte, mais j’ai appris à être contente de mon sort et à faire confiance au Bon Dieu, si nous devons avoir un enfant, Il l’enverra bien et j’attends ce qu’il faut et je suis contente. Et juste 8 jours plus tard j’ai déjà un petit espoir, qui devient toujours plus grand. Je ne peux pas attendre de recevoir ta lettre. Tu aurais aussi bien du plaisir, non ?


Il faut encore que je te remercie mille fois pour la belle soie et pour le « si fa ma non si dice… ! » que je vais beaucoup employer de retour à Kediri. Mamms, tu me gâtes toujours terriblement.
Je trouve la soie vraiment belle et je vais m’en faire un très beau déshabillé, maintenant que nous resterons un peu plus à la maison. Ce sera joli pour passer les soirées avec Boili. Si la soie bleue est encore comme cela, et si tu n’en as pas l’emploi, tu pourrais me l’envoyer aussi. Oscar, quand je l’ai déballée a tout de suite dit : voor de wieg ! (pour le berceau). Mais je trouve que ce serait trop luxueux et cela ne peut pas se laver si c’était peut être nécessaire, et puis, j’aime aussi être une belle Ge…, surtout que j’en aurai bien besoin pendant ce temps là. Qu’en penses-tu ?
Ce Hoekman, je ne sais plus si je vous l’ai déjà écrit, a  donc été congédié de la Mexolie, et il a immédiatement pris un bateau pour rentrer en Hollande. Voilà 8 jours qu’il est loin. Nous en sommes bien contents.
Hier soir Oscar est encore vite venu ici. Penses-te, il ne peut pas rester une semaine sans voir et demander comment vont les choses ici !!! Il va revenir demain pour le weekend et lundi matin nous repartirons les deux pour Kediri. Je pense que je reviendrai ici au mois d’août, car Oscar tient à ce que je reste en bonne santé, surtout si….
Nous ne disons encore rien à personne de tout cela, seulement la Oma ici le sait maintenant, mais sans cela ce doit rester un secret jusqu’à Noël, si c’est possible, enfin, jusqu’à ce que cela se voie.
Hier j’ai reçu une lettre de tante Engel. La sœur de monsieur était mourante à Bandoeng, alors ils ont dû y aller en pleine nuit. Maintenant elle se remet de nouveau et tante Engel est rentrée. Boy va rentrer en Europe au mois d’août. Elle m’a écrit qu’il avait l’intention de venir vous voir, et si j’avais un paquet à lui donner pour vous. J’ai immédiatement répondu que je ne donnais pas de paquets, car qu’il était préférable que Boy ne vienne pas vous rendre visite. Que selon les dernières nouvelles que j’avais de toi, tu devais avoir un repos absolu, que tu n’osais recevoir personne, et qu’on devait t’éviter jusqu’à la plus petite émotion. Que pour ces raisons je ne donnais même pas un paquet à Mily (l’ex épouse du consul suisse) pour vous, car je craindrais qu’elle ne vienne l’apporter elle-même au lieu de vous l’envoyer, et cela ne serait pas bon pour toi. J’ai écrit très gentiment, sans qu’ils puissent être froissés, mais aussi très catégoriquement. Ce Boy, maintenant que sa pflunz de sœur est en sûreté ici, il voudrait bien venir chez vous, eh bien, qu’il aille se faire f… D’ailleurs tu n’aurais pas grand intérêt à le voir, car il ne dit pas grand’chose et il ne sait pas beaucoup de moi. Nous avons passé Noël ensemble, et cela je vous l’ai écrit en détails. J’ai aussi dit que Charlot avait commencé une affaire à lui et qu’il était presque toujours loin, et Loulou naturellement de même, de sorte que Boy n’aurait aucune compagnie de son âge. Je pense que c’est le vieux qui insiste pour qu’il vienne vous voir et soigner les bonnes relations, car je crois bien qu’il se fait de l’espoir pour la Mies !!! (leur fille à marier). Avis aux amateurs ! C’est le moment, c’est l’instant… de ne pas laisser passer une chance pareille pour les garçons !!!
Je vous écris cela pour que vous soyez au courant si jamais il vous prenait la fantaisie de leur écrire, ce que je juge peu probable. Il n’y en a aussi aucune nécessité.
Et voilà, je suis au bout de la page et aussi de mes nouvelles pour aujourd’hui. Je pense que tu attends mes lettres avec autant d’impatience maintenant, que moi les tiennes. Soigne toi toujours bien, aie soin de toi, ne gambade pas trop et cela ne fait rien si tu ne m’écris pas, ta santé et ton bien être avant tout.
Toujours all the very best pour vous…. Moi aussi je suis heureuse avec mon Boili, je lui ai encore confié hier soir que des fois j’avais presque peur de mon bonheur. Il a ri et m’a dit de l’accepter tout simplement, et c’est ce que je vais faire.