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samedi 26 novembre 2016




Bandoeng

12 avril 1938

à la main
Ma Rötteli
Et mynes Banely
Vous allez être étonnées que je vous écrive depuis Bandoeng, hein ? voilà la raison
Nous sommes venus ici pour les jours de Pâques, dans l’intention de passer 4 jours de bonnes vacances, mais voilà que le samedi soir j’ai eu une terrible diarrhée parce que j’avais trop mangé de fraises et de crème fouettée. Cette fois, Buby a voulu absolument que j’aille voir un spécialiste et pour cela il est reparti seul, me laissant à Padalarang (en hauteur dans les environs de Bandoeng) chez Wimo et Hans van der Lee. J’ai donc été chez le spécialiste le plus fameux des Indes pour les maladies tropicales, et il m’a soumise à un examen très très méticuleux. Il m’a même vidé l’estomac avec un tuyau que j’ai dû avaler. C’était pas gai, mais la seule manière d’une fois savoir pourquoi j’avais mal de temps à autre. Le résultat c’est que j’ai pas tout à fait assez de bile. Ça, ce n’est pas bien grave. Mais j’ai bien une inflammation du colon, de là cette diarrhée. Je suis de nouveau au régime pas trop sévère, mais tout doit être hâché, la viande etc. Mardi prochain, il faut que je retourne chez lui. Il m’a aussi fait des analyses de sang, et il me donnera le résultat, je pense. Il a dit que jusqu’à présent, la pire maladie qu’il pouvait découvrir en moi, c’était mes nerfs. Il veut que je reste à Bandoeng aussi longtemps que possible. Donc j’y resterai encore quelques temps, laissant l’Oscarli seul à Tjilatjap. Avant de partir d’ici, il a acheté un tas de musique, et maintenant il peut jouer tant qu’il veut, il n’a pas de Girly qui le dérange. Il m’a écrit aujourd’hui et m’a envoyé une lettre de Padre, de Charlot et de Max ( !).
Il paraît que ton régime sévère te rend aussi triste. Allons, allons, ça passera, mynes Rötteli. Soigne-toi, mieux tu le fais, mieux tu seras bien et je reprends avec confiance le projet du voyage aux Indes. Bandoeng a un climat merveilleux et il y a tant de vieux couples qui y viennent pour visiter leurs enfants. Je viens de faire la connaissance d’une Allemande, une grand’mère de 78 ans qui est venue toute seule pour visiter son fils. Dans 8 jours elle va repartir en Allemagne. Elle aura été ici 1 année. C’est pour le coup que maintenant je vois la Rötteli et le Bänggu ici. Les sociétés de bateaux ont même fait des billets de 100 jours où l’on ne paye que simple course, ainsi beaucoup d’enfants reviennent passer leurs vacances auprès des parents.
Oscar vient de m’envoyer le chapeau, ton beau petit chapeau. Il m’est un peu trop petit, le tour de tête, mais il me va très bien. Je me réjouis de l’arranger et le porterai avec plaisir. Cara mia, tu me gâtes tellement.
Je viens de recevoir une lettre de mon Buby, si gentille. Il me dit de rester ici encore quelques temps, car il fait de nouveau très chaud à Tjilatjap. Il va faire une tournée  à la fin de la semaine et tâchera de faire un saut jusqu’à Bandoeng, car il veut bien voir sa girlie. Demain je vais de nouveau chez le docteur et je t’écrirai ce qu’il aura dit, dans une prochaine lettre.
Je suis si contente d’être ici où tout le monde est gentil pour moi. Je vois la Mily (ex épouse du Consul de Suisse) très souvent, elle ne sait pas où et comment me faire plaisir. Tu vois, je suis bien entourée, et je suis si contente d’être entre les mains de ce bon docteur.
Voilà.

Bad Nauheim, Allemagne (région de Francfort)




vendredi 16 septembre 2016




Batavia

6 avril 1937


C’est fou comme le temps passe vite, je n’en reviens pas que nous sommes déjà au mois d’avril, Pâques passées et nous acheminant vers Pentecôte.
Nous avons donc été à Padalarang passer les fêtes de Pâques. Il a fait beau, nous avons joué au tennis, le soir on filait à Bandoeng (20 km) au cinéma et puis dansé (à Pâques !). Les matins on jouait au tennis, et pendant tout le temps on jouissait et respirait l’air frais de la montagne. Le plateau de Bandoeng est si beau, entouré des montagnes violettes. Un jour, le samedi de Pâques, en allant à Bandoeng le matin pour lädele (lèche vitrine), nous sommes tombés sur Ir (sœur de Kitty et épouse de Bernard van der Lee) et sa belle-mère. Ir était un peu fâchée parce que je ne lui avais plus écrit depuis bien longtemps et qu’elle m’invite toujours à venir passer quelques temps chez elle, mais cela me dit rien. J’aimerais bien y aller pour l’air frais, mais pour la compagnie, zut, ils sont devenus tellement nouveaux riches (lui est médecin en vogue), ils peuvent se payer tout ce dont ils ont envie, et si je vais là en visite il faudrait aussi me revancher, mais je ne puis pas les avoir. Je suis si contente d’habiter un flat, cela me dispense d’avoir des visites, je ne sais pas combien j’en aurais déjà eues pour passer la nuit ici avant de s’embarquer, et Wies aussi aimerait venir avec la petite pendant que Does (van Tinteren) fait son service, mais zut, il n’y a rien de fait. Cela m’a déjà économisé bien des sous ainsi. Naturellement je chante sur tous les tons mes regrets de ne pouvoir loger personne !!!
Le lundi de Pâques nous avons été nager au-dessus de Bandoeng dans un très joli bain, avec des pelouses entourées de grands cyprès, et de fleurs merveilleuses formant des taches multicolores. C’était vraiment très joli. Ce qui l’était moins, c’était la rentrée, lundi soir, à Batavia. Ouf, cette première nuit avec un air lourd et épais, mais on s’y habitue vite de nouveau. Il faut bien d’ailleurs, mais ils ont quand même de la chance de demeurer là-haut, les van der Lee.  Tout de même ces quelques jours nous ont fait beaucoup de bien et Buby s’est remis au travail avec nouvel entrain. Ce rapport annuel n’est pas encore parti, c’est presque un cauchemar, surtout maintenant que Elout est loin aussi. 
Les Elout sont donc partis vendredi passé. J’ai été chez Annie un matin pour lui aider à emballer, mais zut, je ne pouvais pas faire grand’chose, elle n’avait pas d’organisation, piquait de gauche à droite des objets qu’elle fourrait dans un coffre pour les en ressortir un moment plus tard et les mettre dans une valise et vice-versa. Je viens de recevoir une longue liste déjà de choses que je dois aller chercher pour elle dans sa maison parce qu’elle les a oubliées. C’est fou ce qu’elle se complique la vie et ce qu’elle vit difficilement.
Nous avons le téléphone maintenant. Notre No.5042 Weltevreden. Tous les matins à 6 heures on reçoit des télégrammes et un peu après les cours de coprah et d’huile de Londres, c’est-à-dire, c’est le bureau Anéta, l’agence télégraphique donc, qui nous les transmet directement à réception. Alors Buby commence par téléphoner à gauche et à droite, il achète, il vend, il télégraphie aux fabriques de sorte qu’à 8 ½ heures quand il se rend au bureau, le gros des affaires pour la journée est presque déjà fait. Il doit travailler ensemble avec Wittkopp qui n’est pas facile. C’est un type qui se décide difficilement, qui a le trac de prendre une responsabilité ou plutôt la responsabilité de ses actes. Enfin, Buby en voit de toutes les couleurs avec lui, et cela l’embête car il n’a pas les coudées franches. Enfin, espérons que tout finira bien par s’arranger jusqu’au retour d’Elout. En tous cas c’est une belle chance pour Buby de s’y mettre, mais aussi faudrait le voir, il a toujours la tête pleine d’affaires, presque plus moyen de lui parler d’autre chose. D’ailleurs c’est assez naturel, après quelques temps cela ira mieux, il s’y habituera aussi et prendra plus facilement les choses.
Depuis quelques jours j’ai un pensionnaire. C’est le jeune Seeuwen qui était jeune administrateur à Banjoewangi jusqu’à son congé d’Europe dont il est revenu il y a environ 15 jours. Ils ne savent pas encore où il sera placé, alors en attendant il travaille au bureau ici et aide Oscar. Comme sa femme reste à Soekaboemi (entre Bogor et Bandoeng) et qu’il est tout seul ici, Oscar le prend à dîner chez nous. Nous ne le connaissions pas avant, et c’est ainsi une bonne occasion pour Buby d’apprendre à le connaître. Comme il sera de nouveau administrateur, Oscar aura probablement aussi beaucoup à faire avec lui, de sorte que c’est bien si nous nous en faisons un ami. A moi cela ne me revient pas plus cher, ou du moins presque pas, car je ne fais rien d’extra. Pour Buby c’est un stimulant, vous devriez voir comme il mange mieux ! A part moi, je dois rigoler un peu, sais-tu, il a les mêmes défauts que papa ; quand il y a du monde, c’est lui qui bouffe le plus, c’est comme s’il avait peur qu’il n’y en ait pas assez, non pas directement de cette manière-là, enfin, il mange deux fois plus que d’ordinaire. Ainsi moi je suis contente de chaque visite qui vient.
Dimanche passé nous avons vite été dire bonjour aux van der Stock. Ils avaient un ami en visite et Margot était en train de faire un plat hollandais du stockvish (de la morue).  Ils nous ont invités à rester manger avec eux. Moi j’ai d’abord refusé parce que je pensais bien qu’il n’y en aurait pas tout à fait assez, mais Buby a tout de suite accepté et malgré que je l’ai averti de ne pas trop se servir vu que j’avais encore mon dîner à la maison, une bonne rijsttafel, il a empilé sur son assiette comme s’il n’avait plus mangé depuis des semaines. Margot et moi n’avons pas trop mangé, moi allégant mon estomac, mais une fois arrivée à la maison je me suis fait servir ma rijstaffel et j’ai bouffé come si de rien n’était. Buby, je l’ai obligé à me tenir compagnie et à bouffer aussi, un peu pour le punir d’avoir ainsi mangé là-bas. Il n’en pouvait plus, mais nom d’une pipe, il a tout de même fallu qu’il goûte à la rijsttafel. C’est un miston.
Mes chers, je ne sais pas encore exactement quand la jeune Huguenin arrive. Pouvez-vous me dire par quel bateau elle part, si elle a pris un bateau hollandais. Il y a toujours la liste des passagers arrivants aux Indes dans les journaux, mais naturellement seulement des bateaux hollandais. Je ne voudrais pas la manquer.
Je viens de recevoir cet après midi ta lettre 158. Elle est fameuse et m’a fait un plaisir immense. C’était comme si j’étais avec vous. Comme je suis contente que Nögg ait aussi pu en profiter, même si c’est que pour quelques jours. Je me réjouis d’avoir ce rapport de voyage de Mamms, gare !!! (à Rome).
Oui, je ne t’ai pas écrit régulièrement ces derniers temps, mais je pense que tu ne m’en voudras pas maintenant que tu sais pourquoi. Je me porte de mieux en mieux, je pèse déjà 58 kg et mon appétit est toujours encore énorme. J’aurais encore trois fois une piqûre par mois et puis ce sera suffisant pour une période de trois ans au moins dans le climat de Batavia.
Dimanche prochain j’aurai les van der Stock avec leur ami pour manger de la soupe aux pois avec des gnägi (pieds de porc) et des frankfurterli (saucisses de Francfort). C’est dommage que je ne pourrai pas jouir du festin mais je ne vais pas me charger l’estomac inutilement. Je serai donc raisonnable.
Mamali, tu aurais bien raison de filer à Bruxelles (où habite maintenant Papa Woldringh). C’est une ville jolie et aimable et je crois que Papa W. aura du plaisir à ta visite. Il nous a écrit qu’ils t’avaient invitée et nous prie d’insister auprès de toi pour que tu y ailles. Donc, Rötteli ! C’est mon pauvre Pater. On te délaisse mon vieux, qu’est-ce que tu en dis ? tu t’en fous, hein ?
Je vais cette semaine rendre visite à cette jeune femme de Neuchâtel qui habitait ici au flat avant de partir en Europe pour 3 mois. Maintenant ils ont une maison et elle m’a demandé de venir la voir. Elle va me faire faire la connaissance de la femme du consul suisse qui est soleuroise, paraît-il. J’en serai bien contente, car je désire pourtant me faire un petit cercle de connaissances françaises.
Mes chers, je vous quitte, il est déjà presque 11 heures. ….. all the best…..




dimanche 4 septembre 2016





Batavia

22 mars 1937


D’abord mille mercis et mille fois, de toutes vos bonnes lettres. Elles m’ont rendue bien heureuse, et je regrette seulement que je ne puisse pas vous répondre dans la même mesure. Je pense que Faaather est à Bienne, Loulou à Londres, maman et Charlot en Italie, je ne peux donc pas vous souhaiter de joyeuses Pâques et vous remercier de vos lettres chacun séparément. C’est donc à la maison, au point central, que j’adresse tous mes bons vœux pour de bonnes et joyeuses Pâques. Puisqu’il ne nous est plus donné de voir le fameux Osterhäsli (lapin de Pâques), j’espère que la nature le remplacera en se mettant de la partie pour vous faire sentir que Pâques c’est la belle fête de la résurrection, du printemps. De plus, nous penserons chacun les uns aux autres et bien que séparés, nous serons tout de mêmes unis par la pensée.
Faaatherli, merci de tout cœur pour ta bonne longue lettre. Je sais apprécier l’effort que tu as dû faire pour m’écrire, vu que tu as de nouveau beaucoup à faire, heureusement. Ton optimisme me fait plaisir et je souhaite qu’il s’affirme de plus en plus dans la réalité. Je n’ai jamais cessé de m’intéresser aux différents « clous » (montres) que je voyais exposés, mais combien je vais faire attention maintenant que je sais qu’il y aura de l’Elem (Milex Elem, la marque des Marchand). La Bornéo, Sumatra Handelsmaatschappy, la Borsumy, comme on l’appelle ici, est une des grandes maisons d’ici, importation et exportation. C’est une Société Anonyme. excellente sous tous rapports, financiers, surtout. Seulement fais attention de livrer exactement et sans gaffes. Oscar s’explique la chose ainsi : ce Mizrahie (déjà mentionné dans unelettre antérieure) doit être un client de la Borsumy et il a probablement été lui demander du crédit pour te passer ses commandes. Ainsi la Borsumy a été mise sur tes traces et s’est dit qu’elle pourrait aussi te passer des commandes pour ses autres marchés, notamment à Sumatra et Bornéo, les contrées du caoutchouc qui commencent à revivre. Là on dit que la crise est finie, les gens vont retoucher des tantièmes et ce sera gare la vie et la noce et les dépenses. Bon pour les affaires. Il y a des districts à Sumatra qui, grâce à cette reprise des affaires, ont déjà encaissé tous les impôts pour 1937. C’est une chose qui n’est plus arrivée depuis bien des années, et une fois les impôts payés, les gens se payent du luxe. C’est ainsi que tes commandes s’expliquent. J’en suis bien contente et j’espère que tu pourras garder ce client. Soigne tes livraisons, n’y mets pas de l’à peu près, et surtout surveille bien tes fournisseurs, qu’ils ne te livrent pas n’importe quoi. Fais de la qualité et surtout des mouvements qui marchent malgré le climat. Ici à Java, ce sont les fabriques de sucre qui vont recommencer à moudre, vers la fin de cette année, ce qui va immédiatement donner une reprise formidable à toute la contrée. C’est beau de voir comme le pays se relève, les affaires reprennent et les gens revivent. Donc encore une fois, Faaather, veille à ce que tout soit correct dans tes livraisons et tes relations. Les Hollandais sont forts en affaires, mais aussi méticuleux et implacables.
Quant aux timbres, le gosse (Oscar) va bien t’écrire à ce sujet une fois qu’il pourra s’y remettre. Pour le moment il est occupé à rédiger son rapport annuel, ce qui lui a donné déjà bien des nuits blanches. Il doit le faire tout seul, Elout n’a pas voulu bouger le petit doigt pour lui aider en quoi que ce soit et pourtant Oscar n’a travaillé ici que depuis le mois de juin. Mais c’est égal, il faut qu’il apprenne et fasse voir qu’il a le coup d’œil sur la situation. Voilà bien des nuits qu’il travaille jusqu’à 3-4 heures du matin. Je lui tiens compagnie jusqu’à minuit environ, alors à ce moment je fais comme maman, je vais vite me coucher un peu pour ne me réveiller que quand il vient au lit, la plus part du temps. Tenez-vous les pouces pour qu’il réussisse à en faire quelque chose de bien qui lui vaille des bons points !
Je ne sais pas si je vous avais écrit que je me rendais à Keboemen, voir l’état de mes meubles, parce que les van Tinteren devaient déménager à Banjoewangi, près de Soerabaya. Je me suis donc embarquée pour Keboemen mercredi le 10 mars et j’y suis restée jusqu’au vendredi 19. J’ai logé chez les Engelhart qui, comme d’habitude, ont été charmants pour moi. De là j’allais toujours à Keboemen, mettre ma maison en ordre et voir partir les v.T. J’avais un moment envie de vendre tout le barnum (tous ses effets), mais en les revoyant, j’ai trouvé mes meubles encore si modernes, ils ont encore tellement bonne façon que ce serai dommage de nous en défaire, surtout avec perte. Donc je les ai laissés là bas sous la garde du vieux Röhwer. J’ai tout mis en ordre et arrangé de manière à ce qu’il n’ait qu’à les expédier quand je les demanderai, car maintenant que les E. ne seront plus à Premboen, je ne mettrai plus les pieds à Keboemen, vu que les van Tinteren n’y sont plus non plus.
Je vous avais pourtant écrit que les Engelhart devaient quitter Premboen pour Meritjan, une fabrique qui va moudre l’année prochaine. Mr. E. est remis au rang de simple employé de plantation, c’est un peu dégoûtant, mais il n’y a rien à faire. C’est demain qu’ils quittent Premboen où ils ont passé 18 ans. Toute la contrée les regrette. Il n’y aura plus moyen de se voir facilement maintenant, vu que nous serons à 800 km les uns des autres. Une fois que j’étais prête avec mes affaires à moi, je leur ai aidé à emballer, ils ont un déménagement d’au moins 5 fourgons, c’était fou à voir toutes ces caisses et il y en avait du fourbi à emballer. Bon sang ! Mais j’ai bien appris à organiser un déménagement, je vous en garantis, et cela n’est jamais perdu. De travailler ainsi m’a donné une faim de loup, et mes injections aidant j’ai bouffé, bouffé jusqu’à leur faire peur, comme dans le temps après ma maladie. Tante Engel faisait  faire tout ce que j’aimais spécialement. Bon sang, ce que je mangeais ! J’ai aussi déjà bien engraissé. Je suis presque à mon poids normal de nouveau et je recommence à me porter très bien.
Si c’est possible nous allons passer les jours de Pâques à Padalarang, chez les van der Lee (Ir et son mari le médecin). Oscar s’en réjouit beaucoup, moi aussi d’ailleurs. Nous irons à Bandoeng et profiterons de l’air et du bon climat. Si c’est possible nous voulons quitter ici déjà jeudi soir. Nous allons en train, car nous ne pouvons plus demander un effort pareil à notre chiotte. J’irai rendre visite à Ir en passant. 
Hier dimanche nous avons été invités pour la rijsttafel chez les Endert, le sous directeur de la Banque. Nous y étions avec encore 4 autres jeunes de la Banque et il a fait assez beau. J’avais mis la robe bleue de Tatali pour la première fois et vraiment je crois qu’elle me portera bonheur. C’était aussi justement la fête de Tata hier. Pâques est tellement tôt cette année, c’est incroyable comme le temps file.
Ici il fait une chaleur folle depuis quelques jours. On est continuellement trempé dans son jus, même la nuit et je me réjouis quand le vent aura définitivement tourné à la mousson sèche qui ramènera la température fraiche pour l’été.
J’espère bien que Loulou sera de retour de Londres et qu’ainsi tu ne passeras pas tout seul les fêtes de Pâques, Faaather. C’est bientôt le moment de retourner à Sutz, hein ?
mariage javanais
Les Engelhart, avant de quitter Premboen, ont donné une soirée de cinéma. Nous étions 18 personnes, des connaissances de K. entre autre aussi les Röhwer et Mr. Visser, et Mr. E. a aussi fait tourner le film du Chalet et tout le monde a ri envoyant le Faaather mordre dans les gâteaux à la crème avec des gestes précieux ! Mais tu sais, la Ge… cela ne l’embêtait pas que tout le monde rigole, elle était bien trop contente de revoir la binette de son Faaather, et la Motherlie qui fait la petite bouche en versant le thé comme une princesse.
Pendant que j’étais à Premboen, nous avons été à Djocja une fois, pour assister à la réception de mariage d’une jeune aristocrate javanaise

C’était très intéressant, les époux étaient assis sur une espèce de trône, dans leur parure de noce et n’osaient pas se parler, ni même tourner la tête pour se regarder. La jeune femme était merveilleusement arrangée, il a fallu tout un jour pour la parer. Je tâcherai une fois de vous en envoyer une image, car je ne peux pas la décrire, ce serait trop compliqué.
Je m’aperçois justement que cette lettre ne vous parviendra plus à temps pour Pâques, ce que je regrette infiniment. Mais c’est la faute de ma visite à Keboemen et Oscar n’avait pas le temps de vous écrire en mon absence. En voilà un qui était content du retour de sa Ge… nom d’une pipe !
Mon cher Faaather, encore une fois mes meilleurs vœux pour toi et chacun …
de votre Ge….