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mercredi 4 octobre 2017




Batavia
20 juin 1941
pas numérotée

Cette fois–ci j’ai honte pour de bon ! Car hier j’ai reçu, non ce matin, j’ai reçu ta lettre 255 alors que la 256 est en ma possession depuis bientôt 2 semaines. On ne peut jamais rien dire avec ces lettres, les unes prennent très longtemps pour parvenir à leur destination et les autres arrivent relativement assez vite. J’ai aussi observé que tes lettres mettent un temps moins long pour me parvenir que les miennes. C’est pourquoi il ne faut jamais t’en faire, si tu es très longtemps sans nouvelles de nous. D’ailleurs nous avons décidés de vous envoyer un télégramme tous les 2-3 mois pour le cas où mes lettres ne te parviendraient pas du tout. Je te confirme donc notre télégramme… ouf ! je radote comme une vieille femme, mais c’est ainsi quand on écrit une lettre par petits bouts, on ne se rappelle plus ce qu’on vient d’écrire.

Avant hier j’ai eu la visite de Ir. Elle est venue accompagner Bernard à Batavia d’où il s’envolait pour Singapore où il était appelé en consultation. Je vous dis, il a un très bon nom comme médecin et comme vous voyez sa réputation s’étend déjà hors d’ici. Qui aurait cru cela quand il était en visite chez nous !!! Il est un peu plus élégant dans ses manières, mais pas beaucoup et il donne encore toujours l’impression d’être un ours mal léché, mais on le lui pardonne bien car il est extrêmement bon et malgré tout son succès il est resté simple en tout. Moi, je l’aime bien. Ir aussi est toujours très bonne. De ses vacances en Australie et Nouvelle Zélande, elle m’a rapporté un très joli collier fantaisie qui va me faire tout le chic d’une petite robe blanche ; à Conradli elle a apporté une jolie brouette et comme elle ne savait rien pour Oscar, elle m’a donné un immense bouquet d’orchidées pardessus le marché. Comme elle logeait dans le plus bel hôtel ici, elle nous a invités à souper le soir. Nous avons d’abord été au cinéma, puis avons eu un très bon souper, 12 plats ! avec une bouteille de Bourgogne mousseux. Enfin, nous en avons beaucoup joui, seulement j’ai un tout petit peu eu du remords car cela lui est  venu à coûter très cher, car elle a tenu à tout payer, et moi je ne puis jamais le lui rendre. Mais enfin, je me dis que toi, tu le fais pour moi en écrivant à Kitty (la sœur de Ir, en Hollande) de temps en temps, et en me donnant des nouvelles aussi. Ir a bonne mine et tout va bien chez eux, tu pourras l’écrire à Kitty. Ir a aussi eu de ses nouvelles, et entre autre une photo de Kitty et du baby, par l’entremise d’une autre connaissance.
Ne te fais plus de souci pour moi à cause de notre Papali. Je suis entièrement résignée. J’ai bien lu tous les passages de la Bible que tu m’indiques. Moi aussi j’y lis beaucoup tous les matins et j’y trouve une immense consolation et une paix bien heureuse pour toute la journée. Oh, c’est un tel soutien de toujours savoir et avoir ce grand Ami près de soi, autour de soi et en soi. Papali doit aussi être heureux s’il nous voit.
Je suis si contente que vous ayez fait ce tour à Lugano, je me rappelle le « si fa ma non si dice ! » ( ???) je crois bien que oui, et même je revois encore les garçons comme ils luttaient dans leur chambre, le matin de leur 18ème anniversaire. Oui, c’était un bon temps et ensuite les quelques jours que nous avons passé seules les deux et quand mon cœur était déjà rempli de Boili !!!
J’ai bien ri de ce que tu me racontes du Padreli, quand il semait ses vieux timbres devant chez Osci. Mais pourquoi faisait-il cela, est-ce qu’il n’était plus ami avec Osci ? Ce vieil avare, qu’est-ce qu’il fait toujours ?
Je trouve bien triste pour Irma, mais enfin, elle aura au moins été mariée !!! Il y a ici aussi beaucoup de mariages ainsi qui se défont, c’est triste, surtout pour les enfants qui sont toujours dupes. Quand on a la paix chez soi et l’harmonie, on ne peut jamais assez l’apprécier.
C’est aussi pourquoi je dis souvent à Boili quand il a de nouveau une colère au bureau, et il en a beaucoup, qu’il y a bien des gens qui voudraient être à notre place. On a trouvé moyen de ne pas nous donner autant d’argent que d’autres reçoivent. Je ne peux pas tout te raconter, il vaut mieux ne pas écrire à propos de ces choses-là, suffit qu’on cherche à nuire où on peut, heureusement qu’on a pas trop d’influence sur « l’ami aux 4 baisers » (M. de la Bastide)! Tu sais bien de qui je veux parler, hein ? Mais comme Oscar est si souvent retenu loin du bureau par son service, tout comme mes frères, on en profite pour lui nuire et défaire tout ce qu’il a fait, tu comprends. On trouve toujours aussi que Boili ne travaille pas assez, etc, enfin, on peut toujours trouver à redire quand on cherche des poux dans la paille. Oscar a donc beaucoup à supporter et je l’aide comme je peux. La cruche se cassera bien une fois, et moi je remets toutes ces choses-là à notre Seigneur, il ne faut pas chercher à savoir pourquoi il nous envoie ces soucis-là. Je suis bien contente que Boili aussi pense ainsi et tâche de vivre selon ces principes. Pourtant il ne faut pas te faire du souci, l’ami principal est toujours correct avec nous et nous veut du bien, il n’y a pas de doute. Pour le moment il n’y a rien à faire que de laisser aller la cruche à l’eau… ! Il y a partout des conflits pareils, nous ne sommes pas les seuls à en souffrir, et puis pour dire vrai nous n‘en souffrons pas, car une fois à la maison nous sommes bien heureux les trois, d’un bonheur que la malveillance et les chicaneries de l’extérieur ne peuvent pas détruire. Et dire que tout cela dérive de la jalousie !!! (Oscar étant le fils d’un ancien directeur très influent de la Banque centrale pour les Indes néerlandaises).
J’aime beaucoup l’idée que les cendres de notre Papali soient posées dans la grotte, ainsi il ne quittera pas son cher Chalet. Je suis contente que tu aies reçu cet argent de l’assurance, mais dis-moi, est-ce tout ce que tu recevras, ou bien est-ce qu’il te sera encore payé une espèce de rente annuelle ? (l’Assurance Vieillesse et Survivants  n’existait pas encore…)
Ah, si tu pouvais voir ton Conradli en ce moment ! 


Un vrai garçon, il est dans son box, planté sur un petit char en bois grâce à quoi il peut voir par dessus le mur, et il crie tout ce qu’il peut, il dit bonjour en malais aux gens qui passent sur la route.
Il devient garçon, c’est fou, il s’essaie à lancer maintenant et tout ce qu’il peut attraper, il le lance aussi loin qu’il peut. Il déteste quand nous lisons ensemble le journal, Boili et moi, et que nous sommes les deux cachés derrière ces grand bouts de papier, alors il crie et vient frapper dessus, car le petit diable est habitué à ce qu’on fasse attention à lui ! Mogendorff, (excellent ami et collègue d’Oscar) qui était ici hier pour une courte visite, reste encore toujours étonné quand il voit Conradli, parce qu’il est si grand et bien bâti.
Et me voilà de nouveau à la fin de mon papier, mais des histoires je pourrais encore en raconter jusqu’à 100 et retour. Toutefois cette lettre doit partir. Je pense à vous tous, nous nous reverrons un beau jour et ce sera une grande joie. Jusque là patience, confiance et persévérance.

Inclus, quelques photos, qui j’espère vous parviendront. Il y en a 9 pièces.

















mercredi 2 août 2017




Bandoeng

4 décembre 1940
222


Je viens de faire quelques photos de Conradli et je ne veux pas attendre trop longtemps pour vous les envoyer. Nous en avons fait toute une série, mais elles n’ont pas toutes réussi et je ne veux pas vous envoyer les mauvaises. Conradli grandit comme un petit chien.
Vous devriez entendre comme il parle maintenant il dit des phrases entières, c’est tordant Si seulement nous pouvions comprendre ! Cet après midi il nous regardait aussi depuis son petit lit et nous tenait un long discours, alors Oscar lui demande : wat ? (quoi, en hollandais) et Conrad de répéter, w a t ?, alors Oscar s’est dépêché de lui dire un vilain mot et Conrad l’a immédiatement répété, nous avons ri comme des fous. C’est bien Oscar d’apprendre des vilains mots à son fils.
Depuis quelques jours Conrad dit aussi : mamang, mamang, et quand il me voit manger un biscuit à l’heure du thé, il demande : tätätä et tend ses petites mains C’est trop joli…
Ce matin au soleil dans sa box il s’amusait à attraper l’ombre que faisaient ses mains sur le drap. Oh, je vous dis, je ne me lasse pas de le regarder.
Depuis dimanche 1er décembre, il a sa deuxième dent. Il a bien des jours où il est grinche un peu, mais sans cela je n’ai pas à me plaindre.

Ce soir Oscar et moi avons vite été en ville pour choisir un cadeau pour Ir et Bernard pour nous revancher un peu de toutes leurs gentillesses. Oscar est resté en ville car il a une soirée d’officiers et moi je n‘ai pas pu attendre d’être à la maison pour retrouver mon Schnucksibol. Il y avait beaucoup de monde en ville, car c’est la veille de St Nicolas, tout le monde achète des cadeaux et des friandises. Moi aussi, j’ai fait quelques achats, et j’avais du plaisir à être en ville, car Bandoeng comme ville est très européenne et cela me donnait un peu l’illusion du bon vieux temps, mais à un moment donné, je n‘y tenais plus, j’ai sauté dans un taxi et lui ai demandé de me conduire vite vite à la maison vers mon Conradli. La vieille koki était assise devant son box et l’amusait. C’est toujours fête pour elle quand elle a la permission de l’amuser, car elle l’aime beaucoup.
Je crois que je ne vous ai encore jamais raconté de ma vieille koki qui est chez nous depuis le mois d’avril. Elle est toute vieille et n’a plus une seule dent. Elle a passé deux ans en Hollande et puis elle a demandé à ses maîtres de pouvoir revenir ici car elle avait l’ennui. Elle a aussi longtemps travaillé chez des anglais et sait faire la cuisine anglaise à la perfection C’est une petite vieille tout ce qu’il y a de dévoué et toujours gaie et prête à rire. Des fois elle a ses jours de mauvaise humeur, alors je ne vais pas à la cuisine !!! Elle me vole aussi tant qu’elle peut, mais je ferme un œil. Quand elle est en train de rire à la cuisine avec la baboe, je dois toujours penser à Line d’Amérique, quand tu riais avec elle, Maman, et que vous aviez peur que madame B allait arriver (lors du séjour de Rose aux USA). Elle se réjouit déjà que le njotje (abréviation de sinjo, qui veut dire petit monsieur, en malais) vienne à la cuisine lui voler des couvercles de casseroles pour faire de la musique !
Je t’accuse réception de ta lettre 242 ! Pas étonnant que je ne l’aie pas reçue, si elle a fait poche restante dans les affaires de Lälälä (Charlot) pendant plus d’un mois.
Merci aussi pour ta lettre Charlot. Dis donc, pourquoi es-tu allé passer un séjour à Grindelwald ? Es-tu de nouveau malade ? Je croyais que tu avais définitivement surmonté ce mal de poumon. Renseigne moi dans une prochaine lettre Mamali, stpl. Charlot écrit aussi que les journaux en Suisse ne donnent que de rares nouvelles des Indes Néerlandaises. Mes chers, pour une fois c’est la vérité : pas de nouvelles, bonnes nouvelles.  Pour le moment tout va bien ici, mais naturellement, comme vous en Suisse, on est sur le qui-vive ici, on se prépare à toute éventualité. Nous ne connaissons pas encore de restrictions d’aucune sorte, si ce n’est celles des articles importés d’Europe qui font un peu défaut maintenant, mais heureusement que l’Amérique les remplace avantageusement même.
Le 15 décembre nous retournons à Batavia après un beau séjour ici. Vous aurez de nouveau des photos en son temps. Je suis toujours bien occupée avec ma couture, tantôt pour Conradli tantôt pour moi. Avant de partir j’avais reçu un chapeau de madame van Mastwyck, il ne lui allait pas et alors un soir que j’étais là, elle me l’a planté sur la tête et comme il m’allait bien, je n’ai pas fait longtemps pour l’accepter. J’ai couru tout Batavia pour trouver une petite étoffe de même couleur et m‘en suis fait une petite robe très bien réussie, maintenant j’ai un charmant ensemble.
Je me réjouis de recevoir des photos du Chalet dans son nouvel habit. Celle que tu m’as envoyée est si jolie. Il est vraiment beau notre Chalet. Ah, quand nous y serons de nouveau réunis !
C’est bientôt ta fête, comme nous penserons à toi ce jour-là ! Et mon Padreli ? Je pense constamment à toi, même sans le vouloir !!! Car Conradli a encore toujours des mains qui ressemblent aux tiennes et des fois dans un de ses gestes, il me semble te voir faisant le même geste avec tes mains. Et ses mains à lui, déjà maintenant, sont … toujours sales ! Je ne sais pas comment il fait, pourtant je les lui lave plusieurs fois par jour (aussi pour mon plaisir).
Mamali, si tu n’as pas peur de faire le voyage seule jusqu’ici et si la situation et les conditions le permettent, alors tu seras plus que la bienvenue ! Et Padreli, tu ne veux pas venir avec ? Ce serait trop beau, je n’ose pas y penser ! j’aimerais tant que vous puissiez connaître le pays où nous vivons, le pays qui est devenu notre deuxième patrie. Il est beau, vous savez !
Voilà, je vais m’arrêter. Ce Boili n’est pas encore rentré et probablement qu’il ne rentrera pas avant demain matin, quand ils s’y mettent ces hommes … ! Je vais donc aller me coucher sans l’attendre.

Dimanche 22 décembre 1940
C’est affreux, cette lettre est restée en plan jusqu’à présent. J’ai vraiment honte. Pour reprendre ma lettre où je l’ai laissée, je vous dirai que ce soir-là Boili est rentré à 2 ½ heures du matin, me racontant 20 fois la même histoire et m’assurant qu’il n’avait bu que deux choppes !!!
Les derniers 15 jours à Bandoeng ont très vite passé. J’ai été en ville plusieurs fois avec Ir, et aussi Huib ten Cate, et un soir nous sommes sortis avec Ir et Bernard et nous avons dansé jusque tard dans la nuit. Nous avons aussi été à une conférence donnée par un officier venu de Londres, où il s’était réfugié après la capitulation de la Hollande. Sa conférence a soulevé bien des émotions !
Puis le jour du départ est arrivé, le 15 décembre. Comme c’était justement la fête de Boili, je tenais beaucoup à rentrer avec lui en auto pour être ensemble. J’ai demandé au médecin qui a autorisé à prendre Schnucksibol en auto sans autre, et le matin à 6 heures, nous nous sommes levés pour partir. Sur le banc arrière j’avais fait un bon lit pour Schnucksi, en employant tes deux couvre-pieds. Aussi il a dormi tout le long il ne s’est réveillé que sur le sommet du col (Puncak Pass) quand nous avons nous-mêmes pris une tasse de thé au restaurant là. J’en ai profité pour chauffer sa bouillie que j’avais prise avec moi dans une casserole. Après nous avons
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vendredi 30 juin 2017



Batavia

15 avril 1940
212

A sa maman
Il y a si longtemps que je ne t’ai pas écrit, que cette nuit cela m’a empêchée de dormir comme il faut. Et ce matin Conradli s’est déjà réveillé à 5 heures de sorte que je me suis levée et je profite d’écrire en attendant que ce soit le moment de le nourrir. Il pleure et se suce les doigts, mais j’attends tout de même l’heure fixée pour son premier déjeuner, 6 heures, et je ne lui donne pas avant. Il faut être exacte comme une horloge avec ces petits. Tu devrais l’entendre crier, il ameute tout le quartier. Oh, c’est un bonheur sans cesse renouvelé….
Mais voilà, je ne veux pas me perdre dans des considérations pareilles dans cette lettre ci, car j’ai trop peu de temps, elle doit partir à 8 heures tantôt. Il y a 10 jours nous avons enfin reçu votre lettre écrite après réception du télégramme. Nous l’attendions avec une telle impatience.
J’accuse réception de ta lettre 231 qui m’est parvenue à la clinique. Tes lettres viennent toujours à point, juste au moment où j’en ai le plus besoin, soit que j’aie un embêtement quelconque, soit que j’aie un peu les bleus ou que je me fasse du souci pour une chose ou l’autre, voilà une lettre et tout va bien de nouveau.
Je me rappelle qu’à la clinique j’avais justement le cœur gros parce que Conradli pleurait, pleurait, et que les sœurs n’en avaient aucun souci et n’allaient même pas voir ce qu’il pouvait avoir, et moi je ne pouvais pas encore me lever du lit. Quand la soeur a aperçu que je pleurais, elle a souri en disant : on connaît cela avec les mamans de premier né ! Maintenant je suis déjà aguerrie, je laisse pleurer Conradli sans m’en faire.

sortie de clinique

Voilà, il a bu, et je donnerais je ne sais pas quoi pour que tu puisses voir cela.
Vu que je n’ai pas eu le temps de vous écrire, je vous ai envoyé des photos deux ou trois fois de suite J’espère que vous les aurez reçues.

Je me porte de nouveau bien, je me sens aller mieux de jour en jour, et si je ne vous écris pas, c’est principalement parce que les visites ne men laissent pas le temps. C’est fou ce que j’ai eu du monde, la plupart du temps 3-4 personnes par matinée, et pour le lunch, et pour le souper, et pour le thé, de sorte que je n’ai souvent même pas le temps d’aller prendre ma douche. Toutes les trois heures je dois nourrir Conradli et cela aussi prend du temps, surtout que je prends aussi mon temps pour l’admirer et le cajoler et m’amuser avec lui. Il grandit tellement vite. Le lundi de Pâques nous avons eu son premier sourire, nous étions justement penchés sur son berceau tous les deux. J’étais si contente que Boili ait aussi pu en jouir en même temps que moi.

Maintenant il est assez tranquille, quand il a bu il s’endort ou il reste réveillé et commence à découvrir ses mains et à regarder autour de lui. Il pèse 4 kg 125 gr. Il n’est pas gros, mais cela ne fait rien, il a très bonne mine, car le matin à 6 heures, après son déjeuner, nous portons le berceau dehors, Boili et moi, et il y reste jusqu’à 9 heures, après son bain, je le sors de nouveau.
Moi, je continue à avoir bonne mine, j’engraisse parce que je mange tellement et je bois beaucoup de lait. Je ne peux plus mettre une seule de mes robes d’avant et j’ai vite dû en acheter 2-3 de la confection américaine, très bon marché.

Est-ce que je vous ai écrit que pendant que j’étais à la clinique on a volé ma machine à coudre qui était ici dans la chambre donnant sur la rue ? Un après midi que Kaidi a ouvert la maison dans l’attente du retour de Boili, et pendant qu’il était à la cuisine pour préparer le thé, les voleurs ont réussi à enlever la machine comme s’ils étaient des commissionnaires d’un magasin qui doivent venir chercher la machine pour une réparation. La police a tout de suite fait une enquête, mais sans résultat. Des vols pareils sont fréquents ici. En attendant c’est la guigne, car je ne peux pas coudre. Boili en est très content, ainsi je suis quitte de me fatiguer, qu’il dit, mais il faudra bien en racheter une, l’une fois ou l’autre.
Je sais que Mr. van Mastwyk a été chez vous, je me réjouis de le voir, il est maintenant à Calcutta et elle est partie à sa rencontre jusqu’à Singapore. Ils reviendront vers la fin de ce mois.
Maurice et Margot (Warren, jeune frère de la maman d’Oscar) se sont aussi embarqués mercredi passé pour leur grand congé, mais je ne pense pas qu’ils viendront jusqu’en Europe. Margot est Canadienne, de sorte qu’ils resteront en Amérique où elle a toute sa famille. Elle m’a donné un joli petit panier de bébé qu’elle avait elle-même reçu de sa mère pour son fils. Je vais y faire un petit matelas, et nous pourrons ainsi trimballer Conradli avec nous.
C’est que vous ne savez pas la dernière nouvelle. Oscar vient d’acheter une petite voiture, une Opel Kadett. Elle appartenait à Hermann ten Cate, le frère de Ryk et l’ami de Boili. Il avait un urgent besoin d’argent en ce moment, et nous l’a laissée à un prix avantageux. Nous sommes très contents d’avoir une petite voiture de nouveau, car Oscar  dépensait énormément en taxi pour aller et revenir du bureau. Quand v.Mastwyk est ici, il vient le chercher, mais comme il est souvent en voyage, Oscar  doit aller à son propre compte et cela revient très cher. Cette Opel ne mange pas trop de benzine, et cela nous revient bien meilleur marché ; ainsi nous avons l’occasion de sortir. Nous allons régulièrement faire un petit tour entre  5 et 6 heures quand Conradli dort. D’abord ce n’était pas facile de laisser Conradli seul à la maison, mais je dois m’y faire car de sortir un peu me fait aussi du bien.
Mes chers, je ne fais que parler de moi et pourtant mon cœur est plein de vous et de choses vous concernant. Mes chers frères, c’était votre fête le 4, j’ai pensé à vous et je vous ai souhaité combien de bonnes choses dans mon cœur, mais je ne suis pas arrivée à vous écrire encore.
J’ai donc bien reçu ta lettre 232, et je vais y répondre cette semaine. Cette lettre-ci n’est qu’un petit accompte pour que vous sachiez qu’ici les choses vont à souhait. J’espère tant et tant que vous allez bien tous, et je prie pour vous. Nous sommes de nouveau suspendus à la radio depuis les derniers évènements en Norvège et ne sommes pas sans inquiétudes pour le sort de la Hollande. C’est terrible, terrible.
……..