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mercredi 27 avril 2016




Keboemen

12 août 1935

Oui, voilà les deux années de mariage déjà passées. Déjà ! Elle va vite la vie. Surtout pour les gens heureux. Merci de tout mon cœur pour votre lettre 98 avec tous vos bons vœux qui se réalisent vraiment. Merci pour les grains de sel de papali, les mots de Chaggi et Chüggu (Charlot et Louis).  Cela m’a fait plaisir, cette lettre de famille, car elles deviennent rares les lettres où chacun écrit un bout et c’est à maman que revient la tâche de remplir les deux feuillets habituels. Votre lettre a d’ailleurs été la seule qui soit arrivée à temps avec une lettre pré-anniversaire de papa Woldringh. Les lettres avion n’arriveront que demain, probablement. Mais allons vite aux faits, car j’en ai beaucoup à raconter et il est déjà lundi soir, de sorte qu’il ne reste plus trop de temps.

J’en suis restée à nos vacances à Sarangan. Nous sommes arrivés avec le train jusqu’à Madioen(Madoera), une jolie résidence qui a quelque chose de français, je ne sais quoi, mais il m’a fallu penser au pays de Neuchâtel et de Vaud en y passant. Là, nous attendait l’auto de l’hôtel Lawoe qui nous a conduit à Sarangan en une bonne demi-heure, non sans s’arrêter au pied de la montagne pour remettre nos bagages à des coolies qui les montaient à l’hôtel, parce que la pente de la route était si forte qu’elle ne permettait pas à l’auto de les transporter avec nous. Quand ce fut fait, nous repartions pour aussitôt attaquer une grimpée qui m‘a fait pousser les hauts cris. Bon sang, j’ai fermé les yeux, pendant que Buby riait, mais je vous dis, j’avais l’impression d’être à la foire de carnaval, sur l’un ou l’autre des Grands Huits ou Tobogan ou engin à émotion. C’était formidable, figurez-vous que nous avons grimpé 1500 m en trois km au plus, Oscar dit que c’est plutôt 2 km, mais je vous écris trois pour éviter d’exagérer. Tout de même c’était comme si on montait à Chasseral (sommet du Jura suisse) en ligne droite. Fou ! 
Hotel Lawoe
Photo Javapost

Une fois arrivés, nous avons un peu été déçus à la vue de l’hôtel qui était plein de gosses, une vraie pension de famille, mais à la longue on en a été très contents, car la nourriture était excellente et abondante. Aussi le service était assez soigné, un djongos pour 2 chambres. Nous avions une des chambres les plus simples, une petite chambre de bain avec wc, ensuite la chambre à coucher, meublées simplement mais propre et une voorgalery vitrée très gentiment arrangée. La vue était magnifique et me faisait penser à Macolin (au dessus du lac de Bienne). Ce sont des Allemands qui ont cet hôtel, comme d’ailleurs presque partout. Tous les hôtel de Sarangan sont en mains allemandes, des soldats retenus pour une raison ou une autre pendant la guerre. Dommage qu’il n’y ait pas plus d’hoteliers suisses qui s’expatrient, cela me semble une assez bonne affaire ici. Nous avons eu des Apfelstrudel, et un tas de mets allemand, c’était heimelig. Toujours des légumes frais, entre autre aussi des asperges fraiches, cultivées à Sarangan même, mais elles n’avaient pas trop de goût, dommage. Là, j’ai bouffé, mes chers, j’ai bouffé, c’était presque une honte. Mais cet air me donnait un appétit terrible. Il y avait de la salade à chaque repas, alors j’ai demandé une petite assiette spéciale, comme Faaather le dimanche, n’ayant plus de place sur ma grande assiette, et là j’empilais une pyramide de salade. Tout le monde me regardait, mais cela m’était parfaitement égal et ne m’a pas empêchée de jouir de tout ce que j’avalais, et deux trois jours après, presque tout le monde m’a imité avec l’assiette à salade ! Je crois que l’hôtelier devait être content de me voir décamper ! C’est tout de même autre chose quand la cuisine européenne est faite par un Européen, ces baboe-koki, cela n’apprend jamais les finesses de notre cuisine. L’hôtel a 20 chambres seulement, toutes réparties en pavillons. La prochaine fois nous irons au Grand Hotel qui n’est pas beaucoup plus cher et offre un public plus varié. Nous avons payé Fl. 8.-, pour les deux par jour. Cela fait environ Frs. 17.--, ce qui n’est pas bon marché, mais il fallait compter avec la haute saison des vacances scolaires.

 Sarangan Lake
Photo Nelly

Sarangan est unique. Le village est bâti au bord d’un petit lac qui s’est formé dans le cratère d’un volcan éteint, de sorte que l’on peut baigner, ramer, faire un peu de voile et surtout des excursions, des ascensions, des promenades dans des forêts profondes, tantôt encore vierge, tantôt ressemblant tout à fait à nos forêts jurassiennes aux sapins plantés en lignes droites. Nous avons passé toutes nos matinées dans ces forêts. Tous les matins nous étions debout à 7 heures, buvions notre café avec un petit pain, nous faisions notre toilette et allions déjeuner. A 8 ½ heures nous étions déjà en chemin, munis de nos appareils de photos, de jumpers, lunettes fumées, chapeaux et un petit plan de la contrée, et nous allions à l’aventure, marchant où bon nous semblait, mais presque toujours nous grimpions jusqu’à la limite des forêts, là où se trouvaient les pâturages couvrant les pentes du Lawoe, le plus haut volcan de Java avec le Smeroe, 3400 m. 
vue depuis le lac
(photo Javapost)
L’année passée nous avions été avec John et Jans sur l’autre côté du Lawoe, à Tawangmangoe, ce que je vous avais raconté. Nous revenions toujours vers 1 heure, affamés et sainement fatigués au commencement, par la suite on était bien entrainé et on aurait pu faire les plus grandes excursions, mais hélas, il fallait partir. Après le lunch, bien rassasiés, nous allions nous étendre à l’air, sur la terrasse devant notre chambre, sous des sapins et restions couchés jusqu’au thé, après quoi nous repartions pour une petite promenade autour du lac ou au village, ou encore, Buby jouait au tennis. Le soir nous allions toujours nous coucher tôt, ainsi nous n’avons pas pris part aux « social evenings » au salon et pas fait de connaissances non plus, mais c’est compréhensible, vu que nous  n’avions que 8 jours là-haut. Là aussi, nous en avons eu 100% pour notre argent. Mes chers, vous auriez dû voir nos mines resplendissantes et comme nous avons encore bonne mine. Je ne peux cesser de me regarder dans la glace, tant mon image me fait plaisir. Buby est bronzé comme un nègre, moi j’ai plutôt rapporté des joues rouges comme si j’étais constamment fardée. Et une joie et un entrain de vivre, de travailler, une légèreté de caractère, un contentement, un bonheur, un bien être fantastiques. Vous aurez des photos de Sarangan aussi. Nous voulons tâcher d’y aller avec Anne et Frans l’année prochaine, ou peut être y passer Noël !
Nous sommes partis de là, le samedi après-midi pour Solo, où nous avons reçu un cordial accueil de nos chers patapouffes John et Jans, qui nous ont fêtés tant et plus avec des liqueurs et du vin, tellement que nous avons eu les 4, non surtout nous deux, Buby et moi, deux très bonnes chiques ! John aussi en avait son compte, il n’y a eu que Jans qui a gardé la tête à sa place, ma bonne chère Jans. Nous ne devions que passer la soirée là, et voulions profiter d’être ensemble, mais John et Jans craignaient une famille qui voulait venir en visite. Alors comme j’avais attrapé un rhume juste le dernier jour à Sarangan, John m’a installé sur leur chaise longue, avec une couverture etc. dans leur salon. Les visites sont venues, mais à ma vue elles n’ont eu aucune envie de rester, et nous nous sommes tordu les côtes une fois seuls. Il n’y a que John pour se tirer d’affaire !
Et maintenant la grrrrrande nouvelle !
Derrière la maison, dans la cour, John avait, avait….. devinez quoi ? Une petite Fiat, two-seater, modèle 509, peinte en rouge vif et noir qu’il était chargé de vendre pour Fl. 350.-. Nous en avons offert 150.- et le lendemain matin, en l’examinant mieux, 200.- vu qu’il y avait déjà un amateur qui offrait autant. Le 7 courant, juste le jour de notre mariage, John téléphone qu’il s’est présenté 2 amateurs pour Fl. 250.-, mais que John s’était assuré la priorité pour nous, si nous voulions mettre ce prix. Il a tout à fait démonté la voiture, l’a essayée, nettoyée et rafistolée et nous a assuré qu’elle valait bien Fl. 250.-. Nous nous sommes mis à compter et recompter nos maigres économies depuis Soerabaya sans pouvoir prendre de décision. Vous savez qu’il y a longtemps que nous avons décidé l’achat d’une voiture, toutefois nous comptions toujours y mettre Fl. 150.-, comptant, mais alors il se serait agi d’une Ford ou d’une cariolle de ce genre, marchant 1 :7 ou 8. Ce genre de chiottes sont très bon marché ici, tandis que les petites voitures ne demandant pas beaucoup de benzine sont plus recherchées. Cette Fiat marche 1 :13 ce qui n’est pas mal, qu’en pensez-vous Chauffeurs Marchand ? 
Fiat 509, 1935
photo internet

A la fin, et surtout parce que c’était justement le jour de notre mariage nous avons décidé de la prendre, en payant Fl. 150.- comptant et le reste en 4 mois. Nous pourrions payer comptant Fl. 200.- vu que je les ai, mais j’aime autant qu’ils m’apportent les intérêts à moi qu’au vendeur. La voiture, avec impôts, assurance et tout ce qui s’en suit, nous coûtera Fl. 10.- par mois, bien compté, et la benzine alors à volonté. C’est là qu’il faudra montrer de la volonté. Nous savons parfaitement que ce sera difficile, mais nous allons risquer l’aventure. Cela nous remet presque à notre premier mois de mariage, vu que cela demande toutes nos économies, sauf Fl. 100.- auxquels nous ne touchons pas. Nous avons aussi pris cette décision parce que les fabriques ont fait quelques bénéfices jusqu’à présent. Les frais généraux sont couverts pour toute l’année, et ce que nous gagnerons maintenant peut être compté comme bénéfice, mais ce sera employé pour acheter des stocks de coprah, afin de ne pas être pris au dépourvu pendant la saison de pluie, et de pouvoir ainsi tourner sans trop d’interruptions. La situation n’est pas encore brillante, mais elle est meilleure que l’année passée, et Buby a bon espoir, Moi, j’ai encore de temps en temps un peu de souci au sujet du risque que nous prenons d’acheter cette chiotte ainsi, mais zut, nous pourrons toujours la revendre s’il le faut. Nous aurons la réponse du vendeur vers le 18 août, nous saurons seulement alors si oui ou non nous pouvons compter dessus. Qu’en dites-vous, mes chers ? Trouvez-vous que nous sommes trop téméraires ? Maintenant que l’on paye l’impôt sur la benzine au lieu d’un impôt sur la voiture, les petites chiottes au roulement économique sont très demandées et cela restera. Et une deux place avec un petit porte bagage derrière pour les valises et une place au besoin nous dispensera d’inviter qui que ce soit, ce qui se fait souvent par politesse ici. Je me demande ce que vous en dites ?
Le 7 août Wies est arrivée avec la petite, dans une voiture neuve Stream Line qu’ils ont prise à la place de leur vieille Chevrolet.  Ils ont amené Nieburg avec eux, le jeune comptable d’ici qui est maintenant à Tjilatjap. J’ai donc eu tout un petit monde pour souper, heureusement que Wies avait pris du pain avec. J’avais deux poulets, des pommes allumettes et de la belle salade de Premboen, ensuite on a mangé du pain avec un tas de choses, telles que sardines, foie gras etc. Van Tinteren et Nieburg sont repartis à 10 heures. Le jeudi matin nous avons été saluer la Rickshaw, parce que Röhwer a été le patron de v.T. en son temps à Kediri. Là la petite était très grinche, et en rentrant elle n’a pas voulu manger, le soir elle avait de la fièvre, et le médecin a constaté un léger mal de gorge. Il a fallu la tenir au lit pendant tout le temps, ce n’était pas facile et Wies a été très inquiète. Does (donc v.T.) est revenu de Tjilatjap tous les soirs. Malgré cet ennui, nous avons beaucoup joui de cette visite. Le samedi, le 10, le soir nous n’avons donc eu que les Engelhart. La soirée s’est bien passée, à part ma montagne de sandwiches inutilisés, mais la bowle était très bonne et le petit hors d’œuvre apprécié. La Stimmung aussi était passablement bonne, on s’est raconté des Witz.
Les Engelhart, pourtant, qui le matin même m’avaient envoyé des fleurs en quantité suffisante pour en inonder toute ma maison, et des légumes de toutes sortes, deux immenses paniers, ont dû nous annoncer une mauvaise nouvelle. Mr. E. était donc administrateur de Premboen, et depuis 20 ans dans l’affaire, a été remis au titre de simple employé et il doit quitter sa belle maison et aller demeurer dans une plus petite, une toute petite maison sans jardin. Cela pour économiser les impôts sur la grande maison soit disant, mais les E. ne se font plus d’illusions et pensent que c’est le commencement de la fin, que Premboen ne tournera plus et sera une ruine sous peu, ainsi que tant d’autres fabriques de sucre ici. C’est leur magnifique jardin qu’ils regrettent le plus. Cela nous fait tant de peine pour eux, la fin de ce mois ils doivent avoir quitté leur maison, vous pensez ce que cela donne à faire et madame qui n’est pas encore bien remise de sa malaria, elle est encore très faible. Ils ont quinze de grandes chambres et maintenant ils doivent habiter une maison plus petite que la nôtre ici. Je vais aller souvent à Premboen, ce mois-ci, et leur aider autant que possible, surtout moralement. Pour mon anniversaire (10.08.) Madame E. m’a donné un beau  coussin qu’elle a peint elle-même, et des petits vases que nous avons peints ensemble, et toutes ces fleurs, vous devriez voir cela, j’en ai partout partout. Des v.T. j’ai reçu une belle cuillère en argent de Djocja, des jolis mouchoirs de Tootal, et des boutons avec une barrette de ceinture assortie pour une robe. Le clou comme cadeau de fête a de nouveau été le présent de papa Woldringh qui m’a fait parvenir un billet de Fl. 50.- pour mon propre usage.

Vois-tu, maintenant que j’ai Anne à Soerabaya, et que nous aurons une chiotte (je vois la figure de Faaather chaque fois qu’il lit ce mot, beau entre tous !) ou plutôt la puce comme je l’ai immédiatement baptisée, je pourrai bouger un peu plus.
La première chose que j’ai faite le jour de ma fête cela a été d’embrasser mes trois chères Guege. J’ai sauté du lit et j’ai plaqué quelques bons baisers sur vos frimousses qui me souriaient et me souhaitaient bonne fête. J’ai pensé à vous comme vous aussi avez bien pensé à moi en ces jours-ci. Ils ont été si heureux.
Vous ai-je écrit qu’à Soerabaya j’ai découvert un magasin d’horlogerie suisse, un nommé Pfister, chez lequel j’ai été porter mes montres à rhabiller. J’ai voulu parler Bärndütsch, mais diable je ne le sais plus et lui non plus, on tombait toujours dans le hollandais. Sa femme est de la ville de Berne,  quand je lui ai dit que je venais de Bienne, j’ai ri. Je me suis informée un peu, ils ne vendent que du Cyma qui est excessivement bien introduit ici, et du Mauthe parce que c’est le seul qui puisse concurrencer tant soit peu le japonais. Au surplus ils vivent surtout de rhabillages. Parce que j’étais Suisse, il m’a fait deux montres pour rien, par contre il m’a compté Fl. 2.50 pour remplacer un ressort, le prix fixe ici pour ce rhabillage-là.
Dans 15 jours nous aurons peut être la visite de John et Jans, qui amèneront la puce, peut être ! Ensuite un peu plus tard, la visite du Frank van der Stock, le jeune homme qui nous a attendu au bateau à notre arrivée à Batavia, il fait un tour à travers Java pour ses vacances et passera une à deux nuits ici. Le 31 août, si tout va bien, nous irons peut être à un bal masqué à Tjilatjap mais seulement si nos finances sont très bonnes. Nous n’avons pas une envie folle d’y aller, mais les v.T. nous invitent tellement que peut être nous irons un peu pour eux, pour être avec eux. Vous voyez qu’il se passe toujours quelque chose ici, de sorte que le temps passe comme un voleur.

Votre Ge……

samedi 23 avril 2016





Keboemen

17 juin 1935

Ta chère lettre, est seulement arrivée cet après midi, un retard dû aux nouveaux règlements probablement. Ce soir nous avons été informés par radio que le prochain courrier par avion sera aussi en retard, parce que le mécanicien est subitement tombé malade à bord. L’avion a atterri à Bagdad et attend là un remplaçant, de sorte que nous aurons probablement 2 courriers en même temps dans 10 jours environ.
Mamali, j’ai été si contente de recevoir une lettre, parce qu’il faut que je t’avoue, j’ai été inquiète plus ou moins pendant toute la semaine. Je suis bien contente d’apprendre que tu vas mieux, c’est surtout ton écriture qui nous a donné cette assertion, mais il faut encore bien te soigner.
C’est décidé maintenant, les Engelhart commenceront leur voyage en avril prochain, ainsi tu as encore le temps de te soigner, car ils ne repartiront qu’après un séjour de 6 mois en Europe. Oh, quand je t’aurai ici ! Mais suffit, cela  c’est un petit rêve que l’on garde tout gentiment pour soi, tout au fond de son cœur.
Savez-vous que nous allons recevoir un deuxième petit chien ? Un même que Tipsie, mais un mâle, il reste chez les Engelhart encore jusqu’à notre retour de Soerabaya.
Nous avons un peu changé nos plans. Je ne sais pas si je vous l’ai déjà raconté dans ma dernière lettre mais nous avons décidé d’aller passer quelques jours dans les montagnes après nos 2 semaines de service. Nous allons maintenant ne pas sortir tellement à S. c’est à dire ne pas nous payer des soirées trop chères dans les dancings de là, ni trop de petits soupers et de parties de plaisir comme nous en avions l’intention. Nous nous ficherons une bosse de cinéma et nous irons flâner le soir, s’asseoir sur les boulevards (cela ne coûte pas cher) nous ferons sûrement aussi très vite des connaissances. Oscar a écrit aujourd’hui à un premier lieutenant qui a étudié avec lui à Delft et qui demeure à S. Nous avons reçu ce soir l’offre du Simpang Hotel, un hôtel qui appartient à la Banque, un des premiers hôtels de S. Ils nous demandent Fl. 4.-, par personne par jour, alors qu’une pension que nous avait recommandée Elout nous demande Fl. 4.50 !!! Nous attendons encore deux autres offres, et ensuite nous déciderons, mais je crois que ce sera le Simpang. Je m’en réjouis, car il est placé au centre de la ville et puis un bon hôtel, c’est déjà tout un bout de jouissance. C’est là que les Meyenringh ont habité tous ces mois, et ils en ont été très contents. C’est peut être par leur recommandation que nous avons un prix pareil, je ne sais pas. Il y a quelques jours j’ai reçu une photo de madame M. avec quelques mots en réponse à une lettre que je lui avais écrite. 
lac de Sarangan

lac de Sarangan
Ils ont passé quelques temps à Sarangan, dans les montagnes. Ce doit être un endroit merveilleux au bord un petit lac de montagne dans lequel on peut se baigner. C’est là que nous avons l’intention de finir nos vacances. Demain madame Engelhart me donnera des renseignements quant aux hôtels etc, car naturellement ce devra être bon marché. Mais j’aime mieux dépenser notre argent ainsi, en soignant notre santé, que de le dépenser à faire la noce qui ne laisse souvent qu’une gueule de bois. Nous sommes pourtant des enfants sages, pas ? Mais j’ai le sentiment que je vous ai déjà une fois raconté tout cela, peut être dans ma dernière lettre, je ne sais plus.


Je ne vous écrirai pas une très longue lettre, ayant encore à finir une petite robe que je veux porter demain. Elle est en tussor, genre chemisier, avec une amusante cravate en tabralco carreaux bleu-blanc. Je l’ai eue coupée et faufilée en un peu plus d’un matin, et c’est mon type qui l’a cousue pour 75 cents. Il m‘en a aussi cousue une autre, qui va un peu moins bien, mais c’est ma faute, car je ne l’ai pas essayée assez exactement. Samedi soir, non vendredi, Buby a préparé ses paperasses militaires et moi j’ai coupé une robe, par terre, sur le tapis, d’après une des deux moulures que tu m’avais envoyées, tout au commencement. La robe est très réussie, elle me va très bien, surtout la couleur qui me flatte énormément, une sorte de bois de rose. Cela fera un très joli ensemble d’après midi avec des accessoires noirs. Il me reste maintenant encore tous les raccommodages à faire, j’ai encore un turbin fou, et le temps va si vite.
Mardi passé j’ai de nouveau eu un beau jour à Premboen. Mr. Engelhart m’a fait visiter toute la fabrique (pour la cane à sucre, à l’arrêt). Elle est immense, elle a bien la superficie de notre jardin du Chalet, et des machines, des machines. Il y a entre autre 18 immenses chaudrons, qui ont la hauteur de notre maison ici, non ce ne sont pas des chaudrons mais des chaudières à vapeur. Ensuite ils ont 6 batteries de centrifuges de 8 centrifuges chacune et les meules pour presser la cane à sucre ! 
chaudières

meule ou presse
Jamais je ne m’aurais imaginé cela aussi formidable, et dire que tout est fermé et ne travaillera peut être plus. Il y a bien quelques fabriques qui recommencent à planter et la récolte est pour 1936, mais Premboen n’en est pas, parce qu’elle est trop éloignée de la côte. Il s’en est gagné de l’argent dans le temps, dans les bonnes années, ha ! et dépensé aussi.


Je pense que vous devez avoir reçu les photos maintenant, tu dois en avoir du plaisir de nouveau. Je peux bien m’imaginer comme tu les étudies à la loupe !
Mes chers, j’arrive à la fin, Buby a déjà fini ses deux feuillets (à la main, il a moins à écrire pour les remplir !). Portez-vous bien. Mamali soigne-toi, n’est-ce pas ? Mon Faaather, tu me fais plaisir quand tu la gâtes. Je suis si contente que vous ayez des gens sympathiques au Chalet, cela rendra votre séjour tellement plus agréable. Une chose qui me fait bien plaisir, c’est de lire que le Chalet est maintenant bien en ordre, une chose rare de notre temps !!!
Mes chers chéris, mes meilleures pensées, toujours votre……